Léon XIV, le fils d'Augustin dans les pas de saint Benoît - France Catholique
Edit Template

Le journal de la semaine

Edit Template

Léon XIV, le fils d’Augustin dans les pas de saint Benoît

Les appels lancés par Léon XIV à Metz trouvent un écho particulier chez saint Benoît. Méditation de Dom Marc Guillot, Père abbé du monastère bénédictin Sainte-Marie de La Garde (Lot-et-Garonne).
Copier le lien

© Jean-Baptiste Delerue / diocèse de Paris

Surprise ! Durant ses vacances d’été, Léon XIV décide de visiter certains lieux emblématiques de la spiritualité italienne. Parmi ceux-ci, Subiaco, où Benoît vécut en ermite avant de fonder les communautés qui donneront naissance au monachisme bénédictin ; et l’abbaye du Mont-Cassin, berceau de l’Ordre et l’un des phares de la tradition chrétienne occidentale. Ces deux visites papales, en un sens, préludaient au discours de Metz : « L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. » Cet hommage a été remarqué, mais en réalité, c’est toute la prédication du Saint-Père en France qui a résonné à plein avec les grandes intuitions bénédictines. En prenant comme fil rouge quelques sentences du Prologue de la Règle de saint Benoît, tâchons de le montrer…

 « Qui est celui qui désire la vie  et souhaite de voir des jours heureux ? »

Quel que soit notre état de vie, l’appel que Dieu lance à chacun a toujours pour fin de proposer le vrai bonheur. En syntonie avec cette certitude, Léon XIV nous exhorte ainsi : « Ayez de l’audace ; ayez confiance en Jésus qui veut faire de vous ses plus proches amis : Il ne vous décevra pas et sera toujours à vos côtés ; votre vie sera merveilleusement belle et féconde. » Pour emboîter le pas, inspirons-nous de l’exemple des saints. Eux ont centré toute leur existence sur le Christ et ardemment désiré voir les jours heureux de la vie éternelle. Bien plus, explique le Pape : « Les saints ont changé le cours de l’histoire, faisant passer beaucoup de personnes de la souffrance à l’espérance ; car ils ont d’abord changé leur propre cœur, en le transformant à la lumière de la foi. »

 « Si tu veux jouir de la vie véritable et éternelle, détourne- toi du mal et fais le bien »

La conversion est au centre de tout. Elle seule rend apte au vrai bonheur et à l’épanouissement intérieur. Or, souvent tentés d’oublier l’horizon de l’éternité, nous optons parfois pour le péché, « le repli sur soi, ce refus de Dieu qui nous enferme dans nos obscurités ! ». Voilà pourquoi, Benoît – et Léon à Lourdes – nous convient à la pénitence qui « est une œuvre suscitée par l’amour en solidarité avec le genre humain : amour pour Dieu dont on veut réparer la blessure de son Cœur causée par nos péchés ; amour pour tous nos frères les hommes qui n’entendent pas cet appel à la conversion et que leurs fautes entraînent vers la mort. »

Concrètement, reprenant les mots de saint Paul, le Pape nous dit : évite, tends, combats. Évite l’orgueil, la vanité, la violence, la cupidité, « des sentiments qui saisissent et qui possèdent » ; avec Dieu, tends vers le meilleur et le bien, pour rester libre intérieurement ; combats, « en t’engageant à vivre selon l’Évangile en tant que disciple de Jésus ».

 « À mesure que l’on progresse dans la foi, le cœur se dilate… »

Oui, il faut prendre hardiment les moyens indispensables à la fidélité. Saint Benoît en compte trois : la formation permanente, la digne célébration de la liturgie, l’art de puiser à la source de l’amour infini de Dieu dans la prière et le recueillement. À maintes reprises, Léon XIV est revenu sur ces fondamentaux. Outre le besoin « d’approfondir les fondements de la foi et de la prière chrétienne, d’être correctement formés d’un point de vue biblique et théologique, de découvrir toujours davantage la richesse de la doctrine ainsi que les différentes dimensions de l’agir moral chrétien lié à la profession de foi », le Pape nous encourage à être « les héritiers conscients des Pères et des Saints de l’Église qui, au fil des siècles, nous ont transmis la signification profonde et la beauté de la liturgie, en témoignant toujours d’une grande humilité face au Mystère célébré ».

 « … on court dans la voie des commandements de Dieu… »

Ceci posé, saint Benoît insiste sur le fait qu’il existe une preuve imparable de notre fidélité à Dieu : l’attention, l’amour et le soutien concret offert à toute personne. Voilà pourquoi « on aura toujours égard à la faiblesse des vieillards et des enfants », « on prendra soin des malades avant tout et par-dessus tout », « ce sont les pauvres surtout et les pèlerins qu’on entourera le plus d’attentions parce que c’est principalement en leur personne que l’on reçoit le Christ ». Toutes ces injonctions bénédictines sont aujourd’hui relayées par les nombreux appels de Léon XIV au sujet de la dignité de toute personne humaine, de la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion, du rôle irremplaçable des malades au cœur de l’Église, du mépris ou du rejet à priori des pauvres et des étrangers. Or, « il n’y a de vie en abondance que là où la limite de chacun s’ouvre à la présence mystérieuse des autres, en qui c’est l’Autre par excellence, le Dieu de la vie, qui se fait proche. »

 «… rempli d’une douceur ineffable de dilection »

« Dilection » rime avec « mission » ! Car la sagesse bénédictine, quand elle s’abreuve à l’amour de Dieu, conduit au service de la mission. En voulons-nous une preuve ? La civilisation chrétienne elle-même est redevable, et ce dès ses origines, au rayonnement monastique. De façon similaire, toute vie chrétienne, « héritière d’une longue et belle histoire sainte en France », doit laisser déborder sa foi en Jésus-Christ pour abreuver et combler les personnes rencontrées, pour « apporter l’espérance là où règnent le découragement et la sécheresse spirituelle ». Or, « pour opérer ce renouveau de l’espérance, il n’y a qu’une “feuille de route”, toujours la même : faire connaître et aimer Jésus-Christ, authentiquement, avec passion, encore et encore… ».