Le doute est-il l’ennemi de la foi ? - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Le doute est-il l’ennemi de la foi ?

Qui n’a jamais été troublé dans sa foi ? Une objection, une épreuve, une prière restée sans réponse… Le doute surgit alors, inquiétant : est-il le signe d’une foi qui vacille ?
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© Adobe Stock / Julian

La question du doute peut nous mettre mal à l’aise. Car la foi engage à la fois notre intelligence et notre volonté : elle est adhésion à la Parole de Dieu. Lorsque saint Pierre s’enfonce dans la mer, le Christ lui reproche : «Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté?» La foi est affaire de confiance, ce qui exclut le doute.

Pourtant, il est légitime de rencontrer des difficultés ou de se poser des questions. La foi chrétienne n’est pas qu’une adhésion extérieure, elle engage toute notre intelligence. C’est le propre des sectes, et d’un islam rigoriste, d’instaurer des barrières mentales. On s’interdit toute remise en question. C’est alors paradoxalement le refus du doute qui entrave notre marche vers la Vérité. Le doute est-il permis ?

Doute et question

Soyons clair : se poser des questions n’est pas un problème. C’est même inhérent à l’acte de foi. Fréquemment, le Christ provoque l’intelligence des auditeurs et les mène à approfondir le mystère. C’est alors la foi qui pousse à s’interroger.

Cela apparaît clairement quand on oppose les réactions de Zacharie et de la Vierge Marie lorsque l’ange vient les visiter. Le premier demande : «Qu’est-ce qui m’en assurera? car je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge.» Il doute et demande un signe. Et il sera puni. Tandis que Marie, à l’annonce de l’ange, est «toute troublée». Elle interroge le messager : «Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme?» Elle ne doute pas. Sa confiance dans le Très-Haut n’est pas entamée. Elle est simplement soucieuse de sa virginité et demande très légitimement un éclairage. De la même manière, les milliers de questions que pose saint Thomas d’Aquin dans la Somme ne sont pas des remises en question de la foi.

La foi est un dynamisme, une recherche inlassable du vrai. Face à l’immensité du mystère, il est normal que l’intelligence vacille, perde pied, parce que notre intelligence cherche la clarté. «La foi est une adhésion dans l’obscurité. [Elle] ne suspend pas le mouvement d’une intelligence que seule la pleine clarté apaise» relève le Père Serge-Thomas Bonino, o.p. dans Je vis dans la foi au Fils de Dieu (Parole et Silence). C’est «la foi cherchant l’intelligence» de saint Anselme. Quand on aime, on veut sans cesse mieux comprendre pour mieux aimer, pour s’émerveiller de plus en plus de l’être aimé. « Questionner » sa foi relève alors d’un sain désir d’éclaircissement. On doute, non de Dieu, mais de soi.

Doute involontaire et doute volontaire

Tout autre est le doute, au sens spirituel du terme. Ce n’est pas le simple fait de se poser des questions. C’est un refus de la foi, une indocilité. Car discuter est une chose, refuser d’écouter en est une autre. Pour clarifier les choses, le Catéchisme de l’Église catholique distingue le doute involontaire du doute volontaire.

Le doute involontaire «désigne l’hésitation à croire, la difficulté de surmonter les objections liées à la foi ou encore l’anxiété suscitée par l’obscurité de celle-ci» (n° 2088). On doute alors contre son gré. Parce qu’on est en butte à des difficultés intellectuelles qui nous paraissent insurmontables ; parce qu’on est paralysé par la peur de se tromper, ou d’être trompé ; parce qu’une épreuve a ébranlé la foi de notre enfance… On veut croire, mais comment parvenir à retrouver la foi ? «Je ne puis avoir que de la compassion, écrivait Pascal, pour ceux qui gémissent sincèrement dans ce doute, qui le regardent comme le dernier des malheurs, et qui n’épargnant rien pour en sortir font de cette recherche leurs principales et leurs plus sérieuses occupations.»

Dans le doute volontaire, la situation est tout autre : dans ce cas, on «néglige ou refuse de tenir pour vrai ce que Dieu a révélé et que l’Église propose à croire», résume le Catéchisme (idem). Le Père Bonino fait cette éclairante précision : «Pour qu’il y ait doute, au sens fort, il ne suffit pas que l’intelligence vacille, encore faut-il que la volonté défaille. Il faut qu’il y ait décision délibérée de suspendre son assentiment, de cesser de faire confiance.» Le vrai doute est celui qui est volontaire, choisi, assumé. Il est une indocilité, une forme de révolte. Non pas recherche mais refus de la Vérité. Un péché contre l’Esprit.

Vers une purification

Néanmoins, la frontière entre doute volontaire et involontaire, nette en théorie, n’est pas toujours facile à tracer. Parce que notre cœur est tortueux. Nous dissimulons parfois un refus de la grâce derrière une série d’objections savantes. Nous multiplions les arguments par refus de la Lumière et des changements qu’Elle pourrait apporter dans notre vie…

La foi est alors appelée à une purification, qui peut passer par des « nuits » et des ténèbres, ressemblant extérieurement au doute. Mais cette épreuve est précisément le dépassement du doute. C’est un saut dans la confiance, alors que toutes les assises naturelles de la foi s’effondrent. C’est ainsi que le Père Joseph Langford (1951-2010) confiait, à propos de la longue et douloureuse nuit de la foi de son amie Mère Teresa : «Mère Teresa a choisi de croire, refusant de se détourner d’un éclat qu’elle avait aperçu sous prétexte que des nuages ont recouvert son ciel intérieur. Peu importent les longues heures de sa nuit, elle n’a jamais pensé que le soleil n’existait plus.» Les confidences de la sainte révèlent «la victoire que sa foi a âprement remportée, le triomphe de la lumière de la foi qui brillait même dans la nuit, car “la nuit ne l’a pas saisie” (Jn 1, 5)».