« Le christianisme inspire la législation à Monaco » - France Catholique
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« Le christianisme inspire la législation à Monaco »

Léon XIV se rendra à Monaco le samedi 28 mars. Une visite historique pour la Principauté où le catholicisme est religion d’État. Entretien avec l’abbé Christian Venard, délégué épiscopal à la communication du diocèse de Monaco.
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Procession des reliques de sainte Dévote à Monaco, le 26 janvier. © Diocèse de Monaco

Pourquoi Léon XIV a-t-il choisi de se rendre à Monaco le 28 mars prochain ?

Abbé Christian Venard : Il faut replacer cette visite dans un contexte plus large. Déjà, à l’époque de Benoît XVI, le prince Albert II avait invité le pape à venir en Principauté. Cette invitation a été renouvelée à plusieurs reprises auprès du pape François. Lors de l’audience du 17 janvier dernier au Vatican, le prince Albert II a remis au pape Léon XIV une lettre officielle d’invitation. Dans la continuité, l’archevêque de Monaco, Mgr Dominique-Marie David, nommé par le pape François en 2020, lui a également adressé une invitation formelle. Il faut aussi rappeler qu’il s’agit du premier voyage apostolique choisi par le nouveau Pape. Le déplacement en Turquie avait déjà été programmé par son prédécesseur. Ce choix manifeste donc une certaine liberté de Léon XIV, qui n’a pas cédé aux caricatures souvent associées à Monaco – casino et mondanités. Le Pape sait aussi l’importance des micro-États dans le concert des nations. Monaco, par sa visibilité internationale, peut offrir une caisse de résonance à des thèmes qui lui sont chers.

Monaco serait-il un modèle de pays catholique ? Que dit le droit monégasque sur la fin de vie et l’avortement ?

Lors de son accession au trône, le prince Albert II avait exprimé le souhait que Monaco soit « une société modèle et un modèle de société ». Il serait évidemment excessif de prétendre que la Principauté l’est pleinement : comme toute société humaine, elle connaît aussi ses fragilités. Néanmoins, le christianisme continue d’inspirer largement la vie publique, l’action de l’État et la législation. Le 18 novembre 2025, veille de la fête nationale, le prince Albert a exprimé son refus de voir l’avortement légalisé au sein de sa principauté, six mois après l’adoption d’une proposition de loi en ce sens, adoptée à 18 voix contre deux par le Conseil national. Un geste fort sans nul doute remarqué par Léon XIV. En droit monégasque, l’avortement demeure un délit prévu par l’article 248 du Code pénal. Des évolutions législatives ont toutefois eu lieu en 2009 et en 2019. L’interruption médicale de grossesse est dépénalisée dans trois cas précis : si la grossesse présente un risque pour la femme enceinte, si elle est le fruit d’un viol ou s’il est avéré que le fœtus est atteint de troubles irréversibles et incurables. Par ailleurs, la sanction pénale autrefois encourue par la femme ayant recours à un avortement a été supprimée. Concernant la fin de vie, Monaco possède une législation spécifique sur les soins palliatifs. Celle-ci met l’accent sur la dignité de la personne, l’accompagnement humain et des soins palliatifs efficaces. Elle ne reconnaît pas un droit à provoquer la mort et distingue clairement l’accompagnement de toute pratique euthanasique. L’objectif est d’apaiser la souffrance, non d’abréger volontairement la vie.

Le Pape pourrait-il adresser un message à la France depuis Monaco ?

Il faut élargir la perspective. En choisissant un micro-État très médiatisé, situé au carrefour de l’Europe politique et de l’imaginaire mondialisé, Léon XIV s’inscrit dans la logique des voyages pontificaux contemporains : rencontrer une Église locale dans un lieu dont la visibilité dépasse largement le poids démographique. Le passage du Pape à Monaco prolonge ainsi la « grammaire » des voyages pontificaux du XXe siècle : un geste à la fois pastoral et géopolitique, où la présence pèlerine du Pape devient un langage théologique adressé bien au-delà du pays visité. Sans doute le Saint-Père aura-t-il à cœur d’évoquer sainte Dévote, la patronne de Monaco, martyrisée en Corse en 304, et dont la barque qui contenait le corps a échoué sur le rivage de la principauté. Ce serait une façon de réveiller les catholiques de Monaco et d’ailleurs, en leur rappelant la mission de tout chrétien qui est d’être un témoin de la foi. Cependant, Léon XIV n’oubliera pas, j’en suis sûr, de souligner les exigences éthiques liées à la finance et au luxe en Principauté.

La foi populaire tient une grande place en Principauté. Comment l’expliquer ?

L’Église de Monaco s’inscrit dans un patrimoine historique et culturel fortement marqué par le catholicisme. Les grandes fêtes de la Principauté y sont étroitement liées : la fête nationale du 19 novembre commence par une messe et un Te Deum à la cathédrale. La Sainte-Dévote, le 27 janvier, rassemble toute la population autour de la sainte patronne du pays avec des célébrations qui commencent dès le 26 janvier. Les processions du Vendredi saint, de l’Immaculée-Conception ou de la Fête-Dieu participent également à la vie publique. Cette vitalité tient sans doute à la stabilité politique – la même famille régnante depuis plus de sept siècles – et aux influences culturelles italiennes.

Attendez-vous une parole forte du Pape pour évangéliser la société monégasque ?

Oui, d’autant que sur 38 000 habitants, près de 29 000 se déclarent catholiques. Nos sept paroisses et lieux de culte sont forts de 5 000 fidèles, et 29 prêtres diocésains et religieux sont présents dans le diocèse. Mais les défis ne tiennent pas tant à la richesse ou à la sécularisation – relativement modérée comparée à la France – qu’au caractère très institutionnel de l’Église à Monaco. Cette forte intégration dans la vie nationale peut parfois freiner l’élan missionnaire. Beaucoup espèrent donc que la visite du Pape sera l’occasion d’un renouveau personnel et communautaire dans la foi et dans l’élan d’évangélisation.