Le bicentenaire de l’Argentine - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Le bicentenaire de l’Argentine

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Peu remarqué en France, le bicentenaire de la naissance de l’Argentine rappelle que, une trentaine d’années après les États-Unis, les colonies espagnoles ont aussi entamé un processus qui a coupé les liens politiques avec la métropole — le même phénomène se produira avec le Brésil portugais. On peut dire que, contrairement à ce qui se produira au XXe siècle en Algérie et en Afrique du Sud, la prise de pouvoir par les descendants des Européens arrivés au fil des générations aura été couronnée de succès. Toutefois, il convient de noter une différence majeure : ceux-ci étaient généralement devenus majoritaires par rapport aux populations amérindiennes indigènes, dont le réveil ne se produira que bien plus tard, à notre époque, et encore de façon partielle.

D’autres facteurs joueront. D’abord, les Britanniques soutiendront les colons, car leur intérêt économique voulait que ceux-ci ne soient plus soumis au régime de l’exclusif qui les contraignait à ne commercer qu’avec la mère-patrie. Ensuite, les bouleversements survenus dans l’Europe de la Révolution et de l’Empire auront apporté deux données nouvelles : l’idée que les peuples doivent décider eux-mêmes de leur destin et le remplacement de Ferdinand VII d’Espagne par Joseph Bonaparte. Ce coup d’État qui chasse les Bourbons amène une sorte de vide du pouvoir, qui facilite l’établissement d’autorités qui, en Amérique du Sud, doivent décider par elles-mêmes de tout.

Voilà qui explique les attaques britanniques de 1806 (Reconquista) et de 1807 (Defensa). Elles sont brillamment repoussées par les créoles commandés par le Français Jacques de Liniers (1753-1810), nommé comte de Buenos Ayres et vice-roi de La Plata. Au service de l’Espagne depuis 1774 et établi sur place depuis 1788, cet ancien chevalier de Malte maintient habilement l’équilibre entre le pouvoir madrilène, les grandes familles argentines et les colons récemment arrivés. Il refuse de servir le roi Joseph, malgré la demande transmise par un ancien émigré, le marquis Claude de Sassenay (1760-1840), envoyé par Napoléon. Mais, en porte-à-faux vis-à-vis de ses anciens compagnons créoles qui lui reprochent à la fois ses origines françaises et sa réserve à l’égard de leur volonté de couper les amarres avec Madrid, il va être fusillé par eux. En effet, une véritable junte insurrectionnelle s’est mise en place le 25 mai 1810, avec un drapeau dessiné par le général Manuel Belgrano reprenant les bandes bleues et blanche des cocardes alors arborées.

Enfin, on n’oubliera pas cette particularité du pays, qui, sous forme de proverbe, note que « les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas et les Argentins des bateaux ». Cela permet de comprendre pourquoi tant d’Argentins portent aujourd’hui des noms originaires de tous les pays d’Europe — phénomène par exemple évoqué dans le premier tome d’une récente bande dessinée, La corde, de Frank Giroud et Marianne Duvivier, parue aux éditions Dupuis. On citera aussi cette maxime du poète diplomate mexicain Octavio Paz (1914-1998) : « Les Argentins sont des Italiens qui parlent espagnol et se prennent pour des Français ».