« Dans la ligne des autres documents que Rome a pu produire sur l’IA, Léon XIV est attentif à différencier l’intelligence artificielle de l’intelligence humaine. Il ne faut pas commettre l’erreur d’assimiler les deux. L’IA n’a pas de corps, pas d’émotion, pas d’expérience. Quant à son apprentissage, il ne s’agit pas d’une forme de croissance intérieure comme l’est l’apprentissage humain.
Spiritualité eucharistique
Le grand risque de l’IA, pointé par Léon XIV, est celui de la déshumanisation. Parce que l’intelligence artificielle donne l’illusion d’être en relation avec une vraie personne, le danger est de ne plus rechercher l’altérité mais de s’enfermer en soi-même face à cette fausse personne. En réaction, le Pape propose une « hygiène de l’attention », qui permette à chacun de se ménager des espaces sans intelligence artificielle afin d’étudier de manière approfondie et de profiter du silence pour croître en liberté intérieure. Il faut donc apprendre à jeûner d’IA ! Du point de vue spirituel, Léon XIV met en avant la « spiritualité eucharistique » comme réponse à cette déshumanisation. Par l’Eucharistie, nous formons en effet un seul Corps : le Corps du Christ.
Dans cette encyclique, Léon XIV nous montre qu’accepter que notre intelligence ne soit pas aussi rapide que celle de la machine – qui n’est, à proprement parler, pas une intelligence, mais un programme qui traite des données – peut être un moyen de grandir en humanité. C’est là qu’intervient la doctrine sociale de l’Église : l’homme ayant été créé par Dieu, l’Église doit protéger sa dignité inhérente, y compris dans ses fragilités qu’il ne faut pas chercher à éradiquer.
L’appel final à la Vierge Marie – qui fait partie du genre littéraire de l’encyclique – a beaucoup de sens puisque Marie est mère de l’Église. Léon XIV met en garde contre le transhumanisme, qui cherche à dépasser l’homme. Or, le vrai dépassement n’est pas le transhumanisme, mais la divinisation de l’homme par la grâce de Dieu. Et la Vierge Marie est l’exemple par excellence de cette humanité portée auprès de Dieu, comme le montre son Assomption. »