La tendre affection des papes pour Notre-Dame de Lourdes - France Catholique
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Le journal de la semaine

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La tendre affection des papes pour Notre-Dame de Lourdes

Depuis les apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous, les papes témoignent au sanctuaire de Lourdes une immense sollicitude. Et lui ont accordé de nombreuses faveurs. Récit de relations empreintes d’une tendresse réciproque.
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Le pape Jean-Paul II au sanctuaire Notre-Dame de Lourdes en 1983 . © Ireneed - Wikimedia Commons

Ce n’est pas à Lourdes que commence cette histoire, mais à Rome. Et à Paris. Le 8 décembre 1854, en la basilique Saint-Pierre, Pie IX proclame solennellement le dogme de l’Immaculée Conception. Le Pape confirme ainsi les mots que la Vierge Marie a demandé à Catherine Labouré de faire frapper autour de la médaille dont elle a elle-même montré la disposition, le 27 novembre 1830, dans la chapelle de la maison-mère des Filles de la Charité : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. »

Parmi les missions confiées à la Catherine Labouré, Marie a demandé que soit ouverte la chapelle où elle est apparue, promettant de nombreuses grâces à ceux qui s’approcheront de l’autel. Or la supérieure a toujours refusé de l’ouvrir. De guerre lasse, Catherine Labouré a l’audace de suggérer à la Vierge d’apparaître ailleurs. Quinze jours après, le 11 février 1858, l’Immaculée Conception apparaît à Bernadette Soubirous, à Lourdes.

L’évêque de Tarbes, Mgr Laurence, reconnaîtra quatre ans plus tard que la Vierge Marie est bien apparue à la jeune bergère des Pyrénées, et que le signe de cette apparition se trouve dans les guérisons obtenues par une eau que la petite jeune fille a fait surgir sous ses doigts. Il proclame le miracle à sept reprises au regard des critères établis par le pape Benoît XIV, à propos de guérisons survenues entre 1858 et 1861.

Indulgence plénière

À Lourdes, les travaux de la chapelle demandée par la « belle Dame » commencent en la fête de la Maternité de Marie, le 13 octobre 1863. Moins d’un an plus tard, le curé Peyramale se rend à Rome où l’entourage de Pie IX regrette qu’il n’ait pas apporté de l’eau de la grotte de Massabielle pour le Pape qui est alors malade. En mai 1870, le Saint-Père accorde une indulgence plénière à tous ceux qui visiteront la chapelle de l’Immaculée-Conception – première d’une longue série d’indulgences accordées tout au long de l’histoire des sanctuaires de Lourdes.

Mais la guerre de 1870 entraîne la chute du Second Empire, la proclamation de la République française et l’entrée des troupes de Garibaldi dans Rome. Ce jour-là, 20 septembre 1870, Pie IX se constitue prisonnier au Vatican (la crise ne sera résolue qu’en 1929, grâce aux accords du Latran).

à Lourdes, on prie pour la France envahie par les troupes de la Prusse. Au lendemain de l’apparition de Pontmain, le 17 janvier 1871, les combats cessent mais la France entre dans une guerre civile puisque la Commune est proclamée le 19 mars. Il faudra attendre que l’ordre soit rétabli pour ouvrir la chapelle de l’Immaculée de Lourdes au culte, le 15 août, en la fête de l’Assomption, tandis que le Pape demande aux évêques de réactiver les pèlerinages.

La Vierge convoque les malades

En octobre 1871, un curé des environs de Beaune, l’abbé Victor Chocarne, venu en pèlerinage avec un ami, célèbre la messe du Rosaire dans la chapelle du Rosaire de la chapelle de l’Immaculée-
Conception de Lourdes. Il comprend que la Vierge convoque à Lourdes les malades. Qui est malade ? La France. Comment intéresser la Vierge au sort de la France ? En faisant ce qu’elle demande, c’est-à-dire en organisant des processions ou pèlerinages. Et il voit sous ses yeux défiler toutes les bannières des sanctuaires mariaux de France. Bouleversé, il se confie au responsable du pèlerinage de Lourdes, le Père Sempé. Séduit par l’idée, ce dernier en parle à son tour à son évêque qui acquiesce à ce projet, lancé le 8 décembre 1871 par un comité de femmes dirigé par Marguerite de Blic.

L’idée consiste à réunir à Lourdes deux représentants de tous les sanctuaires mariaux de France pendant quatre jours, du 5 au 8 octobre 1872. Cette «Manifestation de Foi et d’Espérance de la France» réunira 70 000 personnes le 7 octobre pour la fête du Rosaire, et 300 000 personnes sur trois mois, dans un lieu qui n’a aucune infrastructure pour accueillir les pèlerins venus de la France entière.

Pie IX se réjouit de ce mouvement. Il donne de l’argent, n’envoie pas de légat pour le représenter mais en promet un pour le couronnement de Notre-Dame de Lourdes.

Ce couronnement se déroule en 1876 en présence du cardinal Guibert, archevêque de Paris, légat du Pape qui consacre la chapelle élevée au rang de basilique mineure, quatorze ans après la reconnaissance des apparitions. La même année, Pie IX envoie à Lourdes une rose d’or, en hommage à l’Immaculée Conception, premier de nombreux cadeaux envoyés par le Pape à Notre-Dame de Lourdes par l’intermédiaire des pèlerins italiens.

Mais la chapelle de l’Immaculée-Conception se révèle rapidement trop petite. Pour les vingt-cinq ans des apparitions, le 16 juillet 1883, Léon XIII – qui a succédé à Pie IX – envoie le cardinal Desprez, archevêque de Toulouse, poser la première pierre d’une église dédiée au Rosaire. Le 1er septembre suivant, il publie une première encyclique consacrée au Rosaire dans laquelle il déclare le mois d’octobre mois du Rosaire pour l’Église universelle, rappelant qu’à Lourdes la Vierge a dit son chapelet avec Bernadette. Il en écrira une seconde à l’occasion de la Consécration de cette même église, en 1901, dans la période délicate que traverse la France à l’occasion des lois sur les associations qui visent particulièrement les congrégations religieuses. Léon XIII croit fermement que «la France sera sauvée par la sainte Vierge et par le Sacré-Cœur, par Lourdes et Montmartre. Une nation qui a ces deux manifestations de l’amour du Ciel ne peut pas périr. Mais elle deviendra la plus grande des nations.»

Le Souverain pontife souhaite qu’un Congrès eucharistique international se déroule à Lourdes en 1899, pour remercier le Seigneur des apparitions mariales qui se sont déroulées particulièrement en France tout au cours du siècle qui s’achève. Devant l’affluence des pèlerins, à partir de 1879, Léon XIII accorde la possibilité aux prêtres de célébrer à Lourdes une messe votive de l’Immaculée Conception chaque samedi. En 1890, il accepte qu’une messe et un office propres à Notre-Dame de Lourdes soient écrits et utilisés dans la province d’Auch, puis dans toute la France – possibilité qui sera ensuite étendue à l’Église universelle.

En 1902, recevant à Rome un pèlerinage de médecins, Léon XIII les invite à présenter aux évêques les dossiers de guérison les plus sérieux pour que, dans le contexte de la montée de l’anticléricalisme en France, les évêques prononcent officiellement le mot de miracle. C’est ainsi qu’entre 1907 et 1910, 23 évêques reconnaîtront 28 miracles.

En 1904 a lieu le 50e anniversaire du dogme de l’Immaculée Conception. à cette occasion, Pie X, qui vient d’être élu sur le trône de Pierre, publie l’encyclique Ad diem illum laetissimum dans laquelle il souligne la grâce associée au pèlerinage de Lourdes : « Pie IX, écrit-il, n’avait pas plus tôt déclaré de croyance catholique la conception sans tache de Marie que, dans la ville de Lourdes, s’inauguraient de merveilleuses manifestations de la Vierge, et ce fut, on le sait, l’origine de ces temples élevés en l’honneur de l’Immaculée Mère de Dieu, ouvrage de haute magnificence et d’immense travail, où des prodiges quotidiens, dus à son intercession, fournissent de splendides arguments pour confondre l’incrédulité moderne.»

En 1908, pour les 50 ans des apparitions, le Pape accepte que soit ouvert le procès de béatification de Bernadette (la jeune bergère sera reconnue bienheureuse en 1925 et sainte huit ans plus tard).

Un congrès consacré au règne social du Christ

En 1911, Pie X parle de Lourdes comme d’un sanctuaire qui «rayonne à la face de l’univers catholique tout à la fois comme le centre du culte marial et comme le trône le plus glorieux du mystère eucharistique» : le Pape est impressionné par le nombre très important de messes qui y sont célébrées chaque jour, auxquelles s’ajoutent la procession eucharistique et l’adoration nocturne effectuée par les fidèles au cours de leur pèlerinage.

Un deuxième Congrès eucharistique international a lieu en juillet 1914, consacré au règne social du Christ. Il s’achève la veille de la déclaration de guerre, suivi le 20 août par la mort du pape Pie X. Ses cinq successeurs, Benoît XV, Pie XI, Pie XII, Jean XXIII et Paul VI ont tous fait un pèlerinage à Lourdes avant leur élection.