Qu’appelle-t-on une règle de vie ?
Abbé Laurent Spriet : C’est un emploi du temps spirituel, composé des bonnes habitudes essentielles pour structurer et nourrir notre vie spirituelle. La règle de vie est en quelque sorte la colonne vertébrale de notre vie de chrétien. Elle en est également la béquille, pour nous tous qui sommes blessés par les conséquences du péché originel et qui en avons conscience ! Elle nous donne les moyens d’avancer vers la sainteté, dans une question de réalisme spirituel : sans repères, sans buts, nous ne pouvons pas progresser, nous sommes comme des feuilles mortes portées par l’eau, qui ne peuvent pas remonter le courant, comme doivent le faire les chrétiens. Pour comprendre à quoi sert une règle, il suffit de regarder comment nous vivons notre Carême. Si on part en se disant simplement : « je ferai des efforts », on ne fait rien. Tandis que si l’on se dit le mercredi des Cendres : « je ne boirai pas de vin sauf le dimanche, avec la grâce de Dieu que je vais demander », alors on risque d’y arriver. Avoir une règle de vie, c’est se donner des objectifs précis de progression et prendre les moyens de les réaliser.
Est-elle réservée à une élite ?
Absolument pas, c’est pour tous les croyants, quel que soit notre état de vie ! En effet, la sainteté n’est pas réservée aux religieux, comme l’a bien rappelé le concile Vatican II : « L’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité [c’est-à-dire à la sainteté] s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quel que soit leur état ou leur forme de vie. » Beaucoup de chrétiens d’ailleurs suivent une règle de vie sans le savoir : décider de prier matin et soir, d’aller à la messe tous les dimanches… Avoir une règle nous aide à progresser dans notre fidélité à l’Évangile, nous met en tension vers la sainteté.
Cela consiste en quoi ?
À Domus Christiani, elle est présentée aux couples sous la forme d’un « menu », avec des propositions pour nourrir la vie spirituelle, chaque jour, chaque semaine, chaque mois et chaque année. Tout le monde peut s’en inspirer, pour construire sa propre règle. On peut choisir, par exemple, de prendre un temps quotidien de prière personnelle, de prière entre époux, de prière en famille ; participer à la messe, en plus du dimanche ; se confesser chaque mois ; faire une retraite annuelle en couple ; prendre un temps de relecture en couple une fois par mois ; prier le chapelet ; faire un signe de croix au réveil ; dire l’angelus, le bénédicité avant le repas ; préparer la messe dominicale, faire l’examen de conscience du soir, etc. L’Introduction à la vie dévote, de saint François de Sales, est un excellent guide pour bâtir sa règle adaptée à notre état de vie : la vie spirituelle des époux et des familles doit être organisée en fonction de nos obligations.
Cette règle de vie doit donc être reliée à notre devoir d’état ?
Oui, c’est absolument essentiel, comme l’expliquait saint François de Sales, en donnant à ses filles spirituelles une règle de vie correspondant à leur état de vie, pour vivre la sainteté dans le monde. Rappelons que le « devoir d’état », ce sont les devoirs liés à notre état de vie (célibataire, étudiant, lycéen, couple marié, prêtre, moine, évêque, etc.). Saint François de Sales soulignait déjà en son temps que bien des baptisés se trompaient sur leur chemin de sainteté : « Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre : ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu’ils produisent des fruits de dévotion [de sainteté], un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion [sainteté] doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l’artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la [jeune] fille, par la [femme] mariée ; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion [sainteté ou vie spirituelle] aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. […] serait-il à propos que l’évêque voulût être solitaire comme les chartreux ? Et si les mariés ne voulaient rien amasser non plus que les capucins, si l’artisan était tout le jour à l’église comme le religieux, et le religieux toujours exposé à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain, comme l’évêque, cette dévotion ne serait-elle pas ridicule, déréglée et insupportable ? Cette faute néanmoins arrive bien souvent ! » (Introduction à la vie dévote).
En quoi la règle de vie permet-elle d’approfondir la vie intérieure ?
Prier seul, en couple, en famille cela aide à développer la vie intérieure de chacun. Jésus a dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Si nous voulons vivre selon l’Évangile, nous devons en prendre les moyens. Nous ne pouvons rien faire en nous appuyant sur nos propres forces. Jésus vient en nous et nous aide à travers la prière et les sacrements : ils doivent avoir la première place dans notre emploi du temps spirituel.
Est-ce nécessaire également pour les familles ?
Oui, c’est essentiel d’avoir des objectifs spirituels, en couple et en famille. Dans les monastères et les couvents, la règle de vie est ce qui structure la vie communautaire. Il en va de même pour un foyer, avec ou sans enfant. C’est plus difficile de tenir dans la fidélité seul : les membres du foyer s’exhortent mutuellement à la vie de prière. C’est vital également pour l’éducation chrétienne : les parents doivent décider ce qui est prioritaire, quelles sont les bonnes habitudes à prendre, pour faire grandir leurs enfants dans la foi. La règle évoluera en fonction de l’âge des enfants. Il ne faut pas être rigide : ce qui compte c’est la volonté de progresser et d’aimer Dieu.
Et pour les personnes âgées ?
En vieillissant, c’est très important aussi d’avoir une règle de vie : cela permet de ne pas s’avachir et se laisser aller, mais de poursuivre son avancée spirituelle vers la sainteté, vers la vie éternelle. Avoir une règle objective permet de faire régulièrement le point sur notre avancée spirituelle, en vérifiant où nous en sommes, voir quels sont les points sur lesquels nous avons besoin de progresser.
Quelle est la place de la formation dans la vie chrétienne ?
Plus on connaît quelqu’un, plus on l’aime : plus on se donne les moyens de connaître Jésus, plus on l’aime. La formation intellectuelle a donc une place essentielle dans notre vie spirituelle, en vue de notre sainteté. Mais également afin de pouvoir témoigner de notre foi, comme le baptême nous y engage : nous devons pouvoir « rendre compte de l’espérance qui est en nous », dit saint Pierre (1 P 3, 15). La formation doit être au service de notre vie spirituelle et missionnaire. Un chrétien ne l’est pas que pour lui : il doit avoir un feu missionnaire.
De quelle manière faire partie d’un groupe de foyers chrétiens aide pour la vie spirituelle ?
Parce que l’union fait la force ! Une réunion par mois permet de faire un bilan d’étape. Par ailleurs, la charité vécue en groupe édifie. Cela aide aussi beaucoup que les couples prient les uns pour les autres, s’entraident. Enfin, la présence d’un prêtre « conseiller spirituel » aide beaucoup à avancer dans la vie de couple et de famille.
Domus Christiani
Depuis 48 ans, cette œuvre est au service de la sanctification des foyers chrétiens. Avec des groupes de rencontre mensuels, elle les aide à bâtir et approfondir leur vie intérieure. Par la vie d’amitié, la fidélité progressive à la règle de vie et leur formation doctrinale, elle a pour vocation d’aider les familles à vivre pleinement leur vocation chrétienne au quotidien, particulièrement dans leur devoir d’état. Elle comprend 150 groupes de foyers. Le grand rassemblement annuel aura lieu à Lyon, les 24 et 25 janvier, sur le thème choisi pour l’année 2026 : « Voici ta mère. »
Informations : www.domuschristiani.fr
