Nouveau record pour le prix du gazole : le diesel dépasse son pic d’avril 2026 à 2,41 euros le litre. Soixante-dix stations dans l’Hexagone proposent un tarif supérieur à 2,70 euros. La faute à la fermeture du détroit d’Ormuz et aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient mais aussi aux taxes : la taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques (TICPE) : 0,59 euros par litre de gazole auquelle s’ajoute la TVA à 20 %. Le gazole à 3 euros le litre ? Ce n’est plus un mythe et cette flambée sans précédent oblige les Français à revoir leurs habitudes. Selon une enquête commandée par l’association Wimoov réalisée par Ipsos BVA, 17 millions d’entre eux sont désormais en situation de « précarité mobilité » et renoncent à certains de leurs trajets, voire à aller travailler ! Pour les ménages les plus modestes, la hausse du coût des carburants conduit à des arbitrages entre transports, alimentation, énergie, chauffage et santé. Et certains font une croix sur des besoins essentiels.
Sur Europe 1 (11/09), l’éditorialiste Vincent Trémolet de Villers rappelle qu’au moment de la crise des Gilets jaunes, en novembre 2018, le litre d’essence était à 1,50 euro : « Si le taux de colère est directement corrélé au prix de l’essence, nous ne sommes pas à la veille d’une révolte mais d’une révolution. […] Pour Paris, la crise de l’essence est théorique mais pour ceux qui ont un besoin vital de carburant, c’est la vérification hebdomadaire d’un appauvrissement inexorable. […] C’est le 1er juillet 2018 que le gouvernement d’Édouard Philippe met en place les 80 km/h et c’est cinq mois plus tard, avec le déclencheur de la taxe carbone, que commence le mouvement des Gilets jaunes. Cette fois, il y a une élection à l’horizon. Marine Le Pen a fait depuis longtemps du prix de l’essence et de l’énergie son cheval de bataille. Si les autres candidats lui laissent le monopole de la France de la bagnole, il y a fort à parier que les citoyens ne se donnent pas rendez-vous sur les ronds-points mais décident d’une insurrection civique dans les urnes. »
Conscient de cette réalité, Emmanuel Macron a réuni le 18 septembre, à l’Élysée, les chefs des partis représentés au Parlement pour évoquer la dégradation de la situation internationale et la crise des carburants. Le président a écarté l’hypothèse d’une baisse des taxes sur les prix de l’essence, affirmant qu’il fallait « d’abord traiter les causes de la hausse des prix qui était due principalement aux conséquences des attaques menées par les États-Unis et Israël en Iran ».
En réalité, la question du pouvoir d’achat « est un motif d’inquiétude pour le gouvernement qui, dans un contexte budgétaire déjà impossible, n’a entre ses mains aucun levier suffisamment lisible pour y répondre » explique Guillaume Tabard dans Le Figaro (17/09). L’exécutif se contentera-t-il de continuer à donner des aides ciblées à certains professionnels alors que désormais tous les Français sont touchés ? Pourquoi une telle paralysie étatique ?
Une « étrange défaite »
Dans Le Figaro (21/09), l’historien Pierre Vermeren donne son analyse, implacable : « La France est frappée par une « étrange défaite » à la fois financière et morale. […] Que comprennent nos dirigeants au-delà du cercle étroit de leurs intérêts personnels et de classe ? Apparemment pas grand-chose puisque le déni leur tient lieu de doctrine […] : que l’on songe aux menaces de troubles civils de plus en plus graves, ou à l’effondrement de la natalité qui détruit la possibilité même de notre État social. […] Notre dette et notre faiblesse industrielle et commerciale nous rendent inaudibles, mais nous continuons de parler haut comme si de rien n’était. »