Alors que nous sortions de la salle de cinéma et que nous entrions dans le hall, une mère se tourna vers sa fille adolescente et lui demanda : « C’est ça que tu voulais ? » J’ai trouvé la question bizarre. Elle n’avait pas demandé « As-tu aimé le film ? » ou « As-tu trouvé que c’était aussi bien que le livre ? » mais « C’est ça que tu voulais ? » ce qui signifiait : « Est-ce que tes besoins ont été satisfaits ? Tu as eu ta dose ? »
Le film que nous venions de voir était The Fault in our Stars/La faute de nos étoiles, adaptation du roman à succès du même nom pour jeunes adultes ou « nouveaux adultes ». de John Green. Et vraiment, depuis la sortie du livre au début de 2012, La faute de nos étoiles, a servi d’un genre d’héroïne pour les adolescents et les jeunes filles pas tellement adolescentes.
Plus de 10 millions d’exemplaires ont été vendus (et jusqu’à maintenant, en 2014, c’est toujours le livre qui se vend le mieux au Royaume Uni). Le week-end où il est sorti aux Etats-Unis, le film a pris la place du film d’épouvante de science fiction de Tom Cruise, Edge of Tomorrow/Au bord de demain qui était le numéro 1 et il a déjà rapporté plus de 164 millions de dollars dans le monde.
La faute de nos étoiles se passe au 21e siècle. C’est l’histoire de deux jeunes amants dont les étoiles se rencontrent, Hazel Grace Lancaster et Augustus Waters. Ils font connaissance dans un groupe de soutien pour adolescents qui ont souffert du cancer. Elle combat un cancer de la thyroïde ; lui, bien qu’il n’ait pas de cancer à ce moment-là, a perdu une jambe à cause d’un osteosarcoma.
C’est une histoire séduisante, non parce qu’elle glorifie le sexe illicite de l’adolescence, mais surtout parce qu’elle glorifie le genre d’authenticité particulière dont les jeunes audiences raffolent.
Dans le livre, le récit à la première personne d’Hazel Grace est en fait un genre d’hommage à l’ironie doucement détachée de Holden Caulfield dans The Catcher in the Rye/L’attrape-coeurs de J.D. Salinger. Comme Holden, Hazel Grace et Augustus cherchent tous les deux désespérément l’authenticité dans un monde de gens faux. Leurs parents, leurs docteurs, leurs amis, le groupe de soutien pour cancéreux — d’une manière ou d’une autre, ne réussissent pas à leur apporter ce dont ils ont besoin pour donner un sens à leurs morts imminentes et prématurées.
Alors ils cherchent l’authenticité d’abord dans leur idylle, une idylle à laquelle leurs maladies donnent un certain caractère poignant dans sa sentimentalité. Hazel Grace et Augustus tombent amoureux comme le font les adolescents, mais ils s’attachent l’un à l’autre en partie parce qu’ils savent, d’une manière que même leurs parents et leurs docteurs ne pourront jamais savoir, ce que c’est vraiment que d’avoir une maladie mortelle.
Les parents jouent un rôle plus important dans La faute de nos étoiles que dans The Catcher in the Rye, mais cependant, ils ne font que se mouvoir à l’arrière-plan en souriant gaiment pour les soutenir et en leur envoyant des cartes pleines de bons conseils. Dans le film, après que Hazel Grace et Augustus ont passé une après-midi de félicité, il est clair que la mère d’Hazel Grace les soupçonne, mais elle choisit de garder le silence. Elle semble considérer les relations sexuelles des adolescents comme des jeux dans le Jardin de l’Innocence, et le fait que les jeunes amoureux ont tous les deux le cancer rend leur intermède encore plus piquant et angoissant.
Mais ce qui rend The Fault in Our Stars/La faute de nos étoiles plus intéressant que les romans ordinaires pour jeunes adultes c’est la seconde manière dont Hazel Grace et Augustus trouvent l’authenticité : en posant des questions philosophiques au sujet de leur malheur en tant que jeunes gens souffrant de maladies mortelles. Ils veulent tous les deux savoir si la vie et la souffrance ont un sens.
Pendant la session de soutien pour cancéreux où ils se rencontrent pour la première fois, Hazel Grace déclare clairement ce qu’elle pense de ces questions :
Il viendra un temps… quand nous serons tous morts… Il viendra un temps où il ne restera plus aucun humain pour se souvenir que les êtres humains ont jamais existé ou que notre espèce a jamais fait quoi que ce soit. Il ne restera personne pour se souvenir d’Aristote ou de Cléopâtre, encore moins de vous. Tout ce que nous avons fait et construit et écrit et pensé et découvert sera oublié et tout ceci aura été pour rien… Et si l’inévitabilité de l’oubli de l’humanité vous inquiète, je vous encourage à n’y pas penser. Dieu sait que c’est ce que tout le monde fait.
Ce discours se passe pendant le premier chapitre du roman. Vous vous attendez à ce que l’histoire offre un chemin par lequel Hazel Grace transforme sa pensée. Mais cela ne se produit pas. Beaucoup plus tard, pendant une conversation avec l’auteur de son roman préféré, préféré parce qu’il décrit de manière authentique les souffrances du cancer, l’auteur, qui est devenu un alcoolique cynique, demande soudain à Hazel Grace si elle a jamais entendu parler d’Antonietta Meo, petite Italienne de six ans des années 1930 qui est morte d’un osteosarcoma (et a depuis été déclarée Vénérable par l’Eglise).
Hazel Grace dit que non. L’auteur continue :
On lui a coupé la jambe droite. La douleur était insoutenable. Alors qu’Antonietta Meo était en train de mourir de son affreux cancer à l’âge mûr de six ans, elle dit à son père : « La souffrance est comme le tissu : plus c’est solide, plus ça a de la valeur. » Est-ce vrai, Hazel ?
Hazel Grace répond :
« C’est de la foutaise. » Alors, l’auteur s’écrie : « Mais ne voudrais-tu pas que ce soit vrai ? »
Peut-être le souhaite-t-elle – mais ce n’est qu’un souhait. Hazel Grace et Augustus se voient séparés des autres par la « bonne foi » de leurs questions authentiques. Mais leurs questions ne reçoivent aucune réponse adéquate. Pour eux, l’authenticité signifie qu’ils se rendent compte que l’univers ne s’inquiète pas vraiment de nous, que la souffrance n’a pas de sens. Le livre et le roman se moquent tous les deux de la réponse chrétienne à la souffrance. Tout ce qui reste, c’est le souvenir de l’idylle – et ceci seulement jusqu’à l’oubli.
Il est très possible que La faute de nos étoiles/The Fault in Our Stars ait une plus grande influence philosophique sur les jeunes de notre culture que toutes les introductions à la philosophie ensemble. Il faut que nous trouvions de meilleures histoires pour aller à la rencontre de ceux qui, comme la jeune fille que j’ai vue au moment de la sélection des acteurs, viennent à cette histoire parce qu’ils cherchent eux-mêmes l’authenticité. Ce sera une grosse erreur si nous ne le faisons pas.
Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2014/the-fault-in-our-stories.html
Daniel McInerny est philosophe et l’auteur de fictions pour enfants et adultes.
Son site est http://www.danielmcinerny.com
