L’ « Odyssée », récit fondateur de la culture occidentale - France Catholique
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Le journal de la semaine

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L’ « Odyssée », récit fondateur de la culture occidentale

En racontant les aventures d’Ulysse, Homère invente tous les thèmes de la culture occidentale.
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Ulysse et Calypso, Arnold Böcklin, 1883, Kunstmuseum de Bâle (Suisse).

C’est dans l’Odyssée que nous apprenons toutes les aventures d’Ulysse, qui feront les thèmes essentiels de la culture occidentale : la résistance aux tentations de la chair, de l’esprit et des facilités matérielles, la fidélité dans le mariage, le respect filial, l’enracinement et l’attachement à la terre de ses pères.

Le premier mot de l’Iliade est le mot « colère ». Le premier mot de l’Odyssée est « homme ». Non pas l’archétype de l’humain que les Grecs appellent anthropos mais bien l’homme ordinaire et incarné. Il est figuré par Ulysse, qui est aussi « l’homme grec intrépide et savant ». L’Iliade est une histoire de héros et de rois. L’Odyssée est l’histoire de l’homme qui veut simplement rentrer chez lui. Le fil conducteur de ce récit est « la journée du retour », que les Grecs appellent : « nostimon hémar ». Les chants qui illustrent ce désir du retour sont appelés « Nostoï », d’où vient le mot de nostalgie.

Un paradis terrestre

Lorsque commence le voyage du retour d’Ulysse, Homère le décrit prisonnier dans l’île de la nymphe Calypso. La description qu’il en fait a servi de modèle à toutes les narrations enchanteresses de voyages, y compris jusqu’à nos jours par les promoteurs de séjours idylliques. L’île de Calypso est un paradis terrestre, le sable est blanc et fin, la mer verte, les arbres sont en fleurs. Calypso sert à Ulysse, dont elle est amoureuse, les mets les plus délicats et les boissons les plus enivrantes. Enfin, elle se donne au voyageur et lui offre ce qu’aucune agence de publicité n’a jamais offert : l’immortalité. « Tu seras immortellement jeune et immortellement beau auprès de moi, immortellement jeune et immortellement belle dans ce décor de paradis. » Pourtant, Ulysse regarde la mer et pleure. « Dans le fond de son cœur, dit le poète, Ulysse et Calypso, Arnold Böcklin, 1883, Kunstmuseum de Bâle (Suisse).

Les dieux ayant autorisé Ulysse à rentrer chez lui, Calypso exprime alors une immense douleur en se plaignant que les hommes ont, eux, le privilège de mourir, tandis que les immortels sont condamnés à porter immortellement leur souffrance. Elle aide pourtant Ulysse à faire son radeau et, une fois le vent favorable, Ulysse la quitte. Mais Poséidon, qui déteste notre héros, déclenche des naufrages dont le dernier conduit Ulysse dans l’île de Phéacie. Épuisé, il est réveillé par les rires des jeunes filles venues aider la princesse Nausicaa à laver son trousseau de mariage. Sortant du buisson, une branche d’olivier cachant sa virilité, il fait fuir les jeunes filles affolées, à l’exception de Nausicaa qui le ramène au château de son père.
Toujours guidé par son désir du retour, Ulysse a été au fil des aventures abandonné par ses compagnons qui ont cédé aux tentations du voyage oubliant « la journée du retour ». Nous apprenons ces péripéties dans la soirée que le père de Nausicaa, le roi Alkinoos, organise pour Ulysse, après l’avoir fait habiller pour qu’il paraisse comme un prince. Pour honorer son hôte, le roi a convoqué un poète qui ressemble à Homère et qui raconte les aventures d’Ulysse. En entendant ce récit, l’invité se met à pleurer et Alkinoos comprend qu’il reçoit chez lui le héros chanté par le poète.
Refusant d’épouser Nausicaa, pourtant modèle éternel de la douce jeune fille, lui préférant toujours le but de son voyage, Ulysse, l’homme ordinaire, rentre chez lui au péril de tous les périls, viscéralement attaché à sa femme, à sa famille, à sa terre, à son royaume.