L'odieuse rumeur égyptienne - France Catholique
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Le journal de la semaine

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L’odieuse rumeur égyptienne

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Deux églises chrétiennes du quartier d’Imbaba au Caire ont été attaquées par des manifestants musulmans, le soir du samedi 7 mai et partiellement incendiées. On aurait relevé 12 morts, dont 4 identifiés comme chrétiens et 6 comme musulmans (pour les autres on saura plus tard), ce qui permet déjà aux autorités politiques de parler d’affrontement « intercommunautaire » (plutôt que de pogroms antichrétiens) et laisse craindre que la répression judiciaire qui va s’abattre sur les 190 personnes arrêtées par l’armée ce soir-là tombera « également » sur des chrétiens et sur des musulmans, comme cela est trop souvent le cas…
Au-delà des titres souvent tendancieux de certains médias, pour lesquels il est toujours bon de suggérer que c’est la religion qui est la cause de toutes les violences, les sociologues et les historiens connaissent bien le mécanisme qui conduit à ces violences. Ici, il s’agit d’une rumeur, stéréotypée et répétée depuis plusieurs années avec quelques variantes : « Deux jeunes femmes coptes qui s’étaient converties à l’islam pour pouvoir divorcer sont retenues de force par leur communauté d’origine dans une église ou dans un couvent… Nous exigeons leur libération » et de faire le siège de différents bâtiments chrétiens jusqu’aux pires débordements…

L’histoire de Camelia Chehata et Wafaa Constantine est déclinée sous des aspects de plus en plus invérifiables et absurdes. Cette rumeur égyptienne avait déjà servi de prétendue « revendication » lors de l’attaque de la cathédrale catholique de Bagdad en octobre dernier… Elle est aussi à l’origine d’une attaque d’église qui avait fait 13 morts dans le quartier des chiffonniers du Caire, le Muqattam, en mars. La rumeur est entretenue par des « salafistes », qui vérifient ainsi sur le terrain leur capacité à manipuler la foule, mais elle peut aussi se nourrir d’elle-même et du seul enfermement mental de populations sans esprit critique. C’est le propre des sociétés archaïques et donc totalitaires. Nous avons connu cela en Occident avec les accusations de meurtres rituels d’enfants qui permettaient à la foule de s’en prendre aux juifs, et avec les accusations de sorcellerie où la justice officielle et même d’Église prêtait la main à l’exécution de femmes innocentes. Cela existe encore et même se développe aujourd’hui dans plusieurs pays, à l’heure d’Internet et de la « révolution arabe ».

Paul CHASSARD

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Différents mouvements coptes avaient annoncé pour le vendredi 6 mai une marche de protestation d’un million de personnes afin de protéger la cathédrale Saint-Marc à Abbasseya. Le vendredi précédent en effet, des milliers de sa­la­­fistes avaient organisé un sit-in face à la cathédrale afin de demander « la remise en liberté » de Camelia Che­ha­ta, épouse d’un prêtre copte censée s’être faite musul­mane pour quitter son mari (le divorce n’étant pas reconnu par l’Église copte). Selon les salafistes, la femme en ques­tion serait prisonnière dans une église ou un couvent et aurait été contrainte à revenir à la religion copte.

« Il faut être prudent et se garder de porter des jugements hâtifs » déclarait le 3 mai à l’Agence Fides le Père Luciano Verdos­cia, missionnaire combonien qui œuvre en Égypte depuis de nombreuses an­­nées. Le missionnaire rappelle que « selon certains analystes, les salafistes ne représentent pas en réalité un groupe très nombreux, mais ils tendent toutefois à se montrer et à faire du bruit ».

Le Père Verdoscia invite en outre à ne pas aller trop vite en besogne, pour conclure que l’Égypte se prépare à un affrontement interreligieux. « Il faut tenir compte du fait qu’en Égypte la sensibilité religieuse a toujours été très forte et ce tant chez les musulmans que chez les chrétiens. Nous le ressentons nous aussi, religieux provenant de l’étranger : on tend à se renfermer dans une sorte de ghetto où l’on vit assez bien et où il est possible de réaliser nos activités. Ce qui se trouve à l’extérieur de notre communauté d’appartenance est vu comme une menace de laquelle il convient de se protéger. Naturellement, l’histoire nous apprend que dans ce genre de contextes, tout peut arriver. »

Agence Fides 03/05/2011