Jeanne d’Arc, « la plus appareillée au cœur de Jésus-Christ » - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Jeanne d’Arc, « la plus appareillée au cœur de Jésus-Christ »

Patronne secondaire de la France, la Pucelle a incarné la sainteté dans la vie militaire, la vie politique et la vie judiciaire.
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Sainte Jeanne d'Arc, miniature.

Sainte Jeanne d'Arc, miniature.

Celle qui suit, dans l’imaginaire français et dans la poésie de Péguy, sainte Geneviève, c’est Jeanne d’Arc. Jeanne arrive 920 ans après la patronne de Paris, dans une situation où le royaume, après un essor prodigieux dû à l’effort capétien, est menacé de mort. Jeanne incarne les possibilités extraordinaires de résurrection de la France. Il est significatif que, lors de la veillée au Stade de France, le 25 septembre, elle ait été la plus applaudie des saints et des saintes présentés à la jeunesse de France. Ses mérites sont si nombreux qu’il est impossible de les résumer dans cette chronique, mais l’on peut insister sur trois caractères particuliers de sa sainteté, rarissimes dans l’histoire des peuples et de l’Église.

Sainte et chef de guerre

Tout d’abord, Jeanne apporte la sainteté dans l’état militaire, car cette sainte est une guerrière. Elle est même chef de guerre, et considérée comme l’un des plus grands stratèges de tous les temps. À 17 ans, elle surpasse Hannibal, César et même Napoléon. Et, mieux que tous ces généraux, elle impose une dimension humaine de la guerre : le respect du prisonnier et du blessé, surtout quand c’est un ennemi ; le respect des populations civiles, des femmes et des enfants ; le respect des lieux et des objets sacrés. Elle purifie l’armée des mœurs dépravées qui l’accompagnaient. Selon la formule de Péguy, « elle met les généraux à confesse » et fait précéder ses troupes par des processions sacrées. Dans la basilique de Domrémy, une chapelle a été consacrée aux soldats de tous les temps et de toutes les armées. C’était un vœu de Jeanne qui aimait vraiment les soldats et a su se faire aimer et respecter par eux, au point de les convertir. Lors de son procès, elle poussa ce cri célèbre : « J’aimais quarante fois mieux mon étendard que mon épée. Quand je chargeais, je chargeais avec mon étendard pour éviter de tuer quelqu’un. Je n’ai jamais tué personne. » 

Jeanne a aussi incarné la sainteté dans la vie politique. Incomparablement plus populaire et plus intelligente que le roi, elle s’est pourtant pliée à ses décisions même lorsqu’elle les considérait comme maladroites ou malvenues. Son humilité l’a empêchée de confisquer le pouvoir pour elle et l’a détournée de toute ambition personnelle. Là encore, cet exemple est unique dans l’histoire.

Enfin, Jeanne incarne la sainteté dans la vie judiciaire, écartelée entre son souci de la vérité et du service du roi et sa volonté de respecter l’Église, même si cette dernière avait le visage de clercs corrompus qui voulaient sa mort. Elle a subi un véritable martyre dans l’Église, par l’Église mais pour l’Église. Les circonstances de son procès l’apparentent de plus près à la Passion de Notre Seigneur, justifiant le vers de Péguy : la sainte « La plus appareillée au cœur de Jésus-Christ ».

Ajoutons que Jeanne, jeune fille, paysanne et soldat, est la figure même du laïc et que l’enseignement de sa vie comme celui de ses formules employées dans ses procès de Poitiers et de Rouen doivent servir de modèles aux laïcs catholiques d’aujourd’hui.

Léon XIV a rappelé dans son discours de Metz que les laïcs se trouvaient « aux lignes avancées de l’Église » et aussi exhorté la jeunesse de France à s’engager y compris dans le domaine politique. On a pu dire que Jeanne mériterait le titre de docteur de l’Église. En attendant que ce titre lui soit conféré, une vraie méditation de cet exemple historique, qui, loin d’être une abstraction, est la contemplation d’un être qui a réellement existé, peut parfaitement nourrir cet engagement.

Jeanne d’Arc. Le procès de Rouen, Jacques Trémolet de Villers, Éditions Perrin, coll. Tempus, 2017, 376 pages, 9,50 €.