« J’ai décelé le langage de l’Esprit Saint dans les cœurs » affirme l'évêque de Saint-Denis - France Catholique
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Le journal de la semaine

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« J’ai décelé le langage de l’Esprit Saint dans les cœurs » affirme l’évêque de Saint-Denis

Monseigneur Étienne Guillet, évêque de Saint-Denis, a accompagné Léon XIV durant ses quatre jours en France. Il discerne les fruits spirituels de ce voyage apostolique.
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© Vatican Media

De retour à Rome, Léon XIV a tiré un bilan élogieux de ce qu’il a vu en France lors de sa visite en parlant de « renaissance » pour l’Église en France et le pays. Partagez-vous son analyse ?

Mgr Étienne Guillet : Léon XIV apporte-t-il la renaissance ou a-t-il servi de catalyseur pour rendre visible la soif spirituelle que de nombreux Français expriment ? Sans doute les deux ! La réussite de son séjour en France ne doit rien au hasard. Elle entre en résonance avec les aspirations des Français à revenir à la source, et cette source, le Pape nous encourage à la trouver et à nous y abreuver : c’est le Christ. Durant ces quatre jours de grâce, j’ai décelé le langage de l’Esprit Saint dans les cœurs et les âmes : la paix, la joie, le goût de l’unité que j’ai fortement ressenti au Stade de France, le désir de s’engager chez les jeunes, et le courage, l’audace de témoigner. La paix et la joie qui demeurent depuis comme un parfum qui dure, sont bien la marque de l’Esprit Saint.

Vous avez accueilli le Saint-Père pour la veillée au Stade de France le 25 septembre. Vous parlez d’un « moment très chrétien ». Pourquoi ?

J’accompagnais à la veillée 1 500 jeunes de Seine-Saint-Denis dont 60 catéchumènes sur les 300 venus rencontrer Léon XIV. Quand tous ont vu le Pape, j’ai constaté dans leurs regards qu’ils l’accueillaient vraiment comme le successeur de Pierre. J’ai vu le visage de la foi qui donnait à cette soirée un esprit de famille. Ils ne venaient pas du même quartier ou de la même ville, parfois pas du même pays, mais l’esprit de communion était palpable. Certes, j’aurais aimé que la Tunique d’Argenteuil soit mieux mise en valeur… C’est une icône magnifique de la Passion du Christ. Elle a cependant suscité de longs moments de silence, ce qui n’est pas rien quand ce silence est observé par 80 000 personnes ! J’étais assis à côté de Léon XIV et je peux vous assurer qu’il était plongé dans la prière tout en étant très ému. Auparavant, il a été très sensible à l’histoire de la sainteté en France. Ce pape américain a été nourri par l’histoire des congrégations françaises, je pense notamment à celle des Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus fondée par sainte Madeleine-Sophie Barat, qui ont fait œuvre d’éducation au XIXe siècle en Amérique (cf FC n°3950). Il a été bouleversé par le dernier tableau où l’on voyait les saints de France poser leurs mains sur les épaules des jeunes présents devant l’estrade pour signifier une chaîne ininterrompue de sainteté. C’est à ce moment-là que Léon XIV a lâché son texte pour clamer : « Vous êtes les saints de France. » Était-ce improvisé ? En tout cas, le Pape a magnifiquement actualisé la vocation universelle à la sainteté.

Que retenez-vous de son adresse aux évêques à Lourdes ?

Je retiens tout d’abord que nous avons un Pape porté par l’Esprit Saint car son voyage était harassant avec quatorze prises de parole en quatre jours, qui plus est dans une langue qui n’est pas la sienne, et jamais il ne s’est départi de sa profonde attention aux autres et de sa gentillesse. Ensuite, à Lourdes, j’ai retenu les paroles du Saint-Père nous demandant d’être courageux dans les débats publics, surtout lorsqu’il s’agit de défendre la vie de son début jusqu’à la fin. Nous avons tous été sensibles au fait que le Pape nous invitait à nous inspirer de son ton : ferme mais doux et plein de bonté. Si nous voulons, nous évêques, être plus présents et plus engagés dans les débats publics, il nous faut adopter le ton juste de Léon XIV dans notre quête de Vérité.

Comment envisagez-vous la renaissance de l’Église en France portée par Léon XIV dans votre diocèse où les catholiques sont minoritaires ?

Je l’envisage comme une nouvelle Pentecôte. Nous vivons un paradoxe : la sécularisation continue de progresser dans notre société mais les nouveaux catéchumènes bousculent les codes. J’ai vu lors de la veillée au Stade de France des jeunes issus des quartiers populaires heureux de s’inscrire dans une tradition de sainteté. Aurions-nous imaginé cela il y a 30 ans ? Certes, l’Église en Seine-Saint-Denis est minoritaire, mais elle est engagée, inventive et bien vivante. Sur 1,7 million d’habitants dans le département, seuls 25 000 sont des catholiques pratiquants, mais l’institution catholique vit à travers ses associations, ses écoles, ses maraudes. Cependant, pour méditer plus longuement sur les fruits spirituels de cette visite papale, j’ai décidé de prendre comme thème de réflexion, celui de Léon XIV pour sa visite en France : « Pour qu’ils aient la vie » auquel je rajoute : « En abondance ». Les jeunes qui étaient au Stade de France vont méditer sur les textes du Saint-Père. Nous allons aussi multiplier les écoles de prière, les temps de récollection et de retraite. Nous allons insister sur les temps de formation chrétienne car il faut être capable intellectuellement de rendre compte de l’Espérance que l’on porte en soi. Léon XIV a parlé de la conversion des cœurs mais aussi de la conversion de l’intelligence durant son voyage. Beaucoup de nos jeunes n’auront pas les moyens de partir aux JMJ à Séoul en Corée du Sud en août 2027, alors nous réfléchissons à des pèlerinages qui pourraient leur donner le goût de la prière et de la formation. Enfin, lorsque Léon XIV a évoqué les vocations au Stade de France, il a été acclamé. Je compte beaucoup sur la fécondité du foyer vocationnel que nous avons ouvert à Saint-Denis le 1er octobre. Il s’agit de la maison Saint-Rustique du nom du prêtre et compagnon de saint Denis qui mourut martyr avec lui au IIIe siècle. Située au sein de la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc, elle accueille deux jeunes en cette rentrée. Mon diocèse compte 100 prêtres dont 12 seulement sont diocésains. Il est important d’avoir des vocations issues de nos quartiers populaires.