Secrétaire général de la CGT dans l’usine Stellantis de Valenciennes (Nord), Cédric Brun a rejoint La France insoumise (LFI) en 2017, écœuré par le bilan de la présidence de François Hollande, et bien décidé à en découdre sur le terrain social. Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon lui paraît alors le plus à même de mener le combat. La lune de miel est assez courte. Cédric Brun assiste à l’arrivée de profils nouveaux : des militants réclament de la cuisine halal à la cantine d’ArcelorMittal à Grande-Synthe. Les militants syndicaux qui s’interrogent sur le lien entre ces revendications avec les enjeux sociaux se voient vite taxer de… racisme. Évidemment.
Petits bourgeois de Sciences Po
Après s’être longtemps tu, Cédric Brun décide de sonner l’alarme, notamment au conseil régional des Hauts-de-France où il a été élu en 2021, mais il se heurte à un mur. Face à lui, des militants pour qui la couleur du Grand Soir ne sera pas rouge, mais verte. Et surtout des hommes et des femmes qui n’ont sans doute jamais vu de leurs yeux une chaîne d’usine. « J’ai trouvé des gens qui m’ignoraient. Quand vous avez tenu des luttes, des occupations d’usine, que vous avez fait face au patronat pendant des années, que vous avez donné physiquement dans ces luttes, et que vous avez des mecs, des petits bourgeois, qui sortent de Sciences Po et qui vous expliquent la vie… C’est très particulier », explique-t-il dans Charlie Hebdo (06/10). Le 25 septembre dernier, il fait savoir qu’il claque la porte de LFI et dénonce dans une lettre ouverte « un tournant majeur notamment dans le recrutement de profils inquiétants qui s’apparentent de près ou de loin avec les Frères musulmans ».
Islam-traître
Après le social-traître exécré aux grandes heures du léninisme, voici donc l’islam-traître. La logique est la même. Le déviant est soumis aux insultes les plus infâmantes. Benoît Tirmarche, responsable du groupe LFI à la Région, et Aurélien Le Coq, député LFI du Nord, qualifient Cédric Brun de « militant islamophobe », de « mythomane islamophobe » et l’accusent de « complicité avec l’extrême droite », ce qui revient à « lui coller une cible dans le dos », comme l’explique l’intéressé dans les colonnes de L’Observateur de l’Avesnois (17/10). Un autre député LFI du Nord, Ugo Bernalicis, enfoncera le clou peu après, conspuant « la dérive idéologique de l’islamophobe Cédric Brun ». « Pas de compromis avec le racisme et les relais d’extrême droite » conclut, martiale, la conseillère régionale LFI Élodie Cloez sur le réseau X (06/10).
Mépris de classe
Cette affaire n’a eu aucun écho dans les médias du service public. Lorsque l’on saisit le nom de Cédric Brun, dans les moteurs de recherche de FranceInfo.fr ou de RadioFrance.fr, il n’y a pas une seule occurrence dans les résultats ! À part les médias régionaux, seuls – parmi les « poids lourds » – Le Figaro, CNEWS, Europe 1, Valeurs Actuelles, Le Point, Le JDD, et Atlantico se sont faits les échos de cette affaire. À noter aussi la chronique de la surprenante Sophia Aram dans Le Parisien (12/10), où elle dénonce « l’immense mépris de classe qui s’exerce ici à l’égard des classes populaires en général, et de Cédric Brun en particulier ». Et d’enfoncer le clou : « Les ouvriers et les classes populaires n’ont jamais eu leur place à LFI. C’est d’ailleurs pour cette raison que Jean-Luc Mélenchon et sa secte ont pactisé avec les communautaristes dans une démarche totalement inclusive et bienveillante… envers l’islam politique. »
