Faites Carême - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Faites Carême

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Mercredi des cendres, Carl Spitzweg, XIXe s.

En ce moment, le carême bat son plein. Si vous êtes comme moi vous entrez dans cette période, plein de résolution et d’enthousiasme. Ma vie de prière sera plus profonde. Ma pénitence sera plus pure. Mes aumônes seront plus fournies. Et qu’il en soit ainsi pour nous tous !

Mais si vous êtes comme moi, vous savez aussi que le chemin de carême ne se termine pas toujours avec la même ferveur qu’à son commencement. Je me souviens de carêmes – plus nombreux que je n’aime l’admettre – au cours desquels mes plans les mieux établis de jeûne ou de prière programmée on vite avorté.

Je me souviens d’une année, il y a longtemps, où j’ai commencé le carême par une retraite avec un petit groupe de personnes à Rome. Quand nous nous sommes rencontrés pour la messe des Cendres, on m’a demandé de faire les lectures. Lire ou parler en public ne me dérange pas le moins du monde, mais chanter – ça, c’est autre chose. Ce jour-là, j’étais si plein d’un zèle de carême que j’ai décidé d’avaler mon amour propre, de m’humilier et d’entonner l’acclamation de l’évangile. Après tout, je faisais une retraite et c’était le mercredi des cendres à Rome.

Aussi ai-je chanté avec enthousiasme. J’ai chanté à partir de mon diaphragme. J’ai chanté à tue-tête l’Alléluia.

À peu près au milieu de mon triomphant « faux pas » liturgique, j’ai remarqué les expressions embarrassées des visages. Ils ne me regardaient pas. Leurs yeux étaient tous fixés au sol tandis qu’ils se demandaient s’ils devraient répondre ou non. Je n’ai pas eu le courage de regarder vers le prêtre. J’ai terminé la mélodie offensante et suis retourné à mon siège. En un sens essentiellement métaphorique, j’étais mort.

(Je suis sûr – et je veux dire cela de la façon la plus sérieusement théologique – que Dieu s’est beaucoup amusé. Dieu existe en dehors du temps, et je suppose que toutes les choses embarrassantes dont nous pensons qu’elle « seront amusantes un jour » l’amusent tout de suite. Mais j’admets que c’est une supposition de ma part.)

Ce fut pour moi le commencement de carême le plus mortifiant dont je puisse me souvenir. Mais cela a donné le ton à ce qui fut, vraiment, le carême le plus fécond que je puisse me rappeler. L’embarras public, apparemment, peut avoir un effet stimulant sur l’âme.

En ce qui concerne la persévérance dans la pénitence, je trouve que faire appel à d’autres m’aide à me sentir redevable. Malgré l’exhortation du Seigneur à jeûner dans le secret, l’œil vigilant des autres peut parfois nous pousser vers la vertu mieux que notre seule volonté et nos bonnes intentions. Les conjoints sont très bons pour cette sorte de responsabilisation. Les enfants sont encore meilleurs.

Selon mon expérience, les fratries ont une capacité extraordinaire à savoir ce que leurs frères et sœurs ont laissé tomber pour le carême. Ils sont au moins aussi enthousiastes à se rappeler mutuellement leurs faux pas qu’ils sont zélés à respecter leurs propres efforts. Et entendre un enfant de 7 ans commenter avec quelque chose comme de l’innocence, « papa, je croyais que tu avais renoncé à ça pour le carême » est un puissant correctif pour un parent à la volonté faible.

Sauver les apparences ne rend pas justice au vrai but des efforts de carême – Le Seigneur nous en prévient clairement – mais ce n’est pas non plus complètement mauvais. Mieux vaut un effort réussi avec un encouragement extérieur qu’un effort balayé par le vent d’un zèle boiteux à la Pélage, même si les intentions sont pures.

Bien sûr, s’entraider à respecter nos jeûnes, à dire nos prières ou à être vraiment généreux dans nos aumônes n’a pas besoin de tenir de la performance morale. Se soutenir mutuellement dans nos efforts de carême et, ensuite, avoir l’humilité de nous appuyer sur un tel soutien, sont des actes de charité. Le carême est un chemin communautaire autant que personnel. Ou plutôt, il est communautaire justement parce qu’il est personnel.

Les propres efforts prescrits par l’Église, de jeûne et d’abstinence (même les vendredis en dehors du carême) étaient très efficaces quand ils étaient suivis plus uniformément. Cela peut sembler une lapalissade, mais ça ne l’est pas.

Il est plus facile de se comporter d’une certaine façon quand on est entouré de gens qui s’efforcent d’en faire autant. Être « normal », c’est vivre selon les normes – les attentes et les préceptes – de la communauté à laquelle on appartient. Quand les normes de la communauté sont orientées vers le bien, il devient normal de faire le bien.

Donc, entourez-vous d’autres pénitents. Faites à vos amis et à votre famille la faveur de les tenir (en douceur) pour responsables de vous. Et ne vous irritez pas s’ils vous retournent la faveur. Priez avec votre conjoint. Priez en famille. Récitez le chapelet ou un chapelet de la Miséricorde Divine si le temps ou la patience vous manquent. Ce sont de bonnes pratiques, dans ou en dehors du carême. Mais si le carême nous aide à mieux faire ce que nous sommes censés faire de toutes façons, cela ne peut pas faire de mal !

Faites l’aumône ensemble. Faire un chèque à la quête diocésaine du carême est important et bon. Pour la plupart d’entre nous, c’est aussi le moins que nous puissions faire. Planifiez une sortie en famille pour rendre un service. Ou une journée d’aide aux voisins. Trouvez un moyen d’aider directement les pauvres si vous le pouvez. Donnez de votre temps. Donnez de vous-même.

Suivez l’exhortation de Saint Paul aux Thessaloniciens à « nous encourager et à nous soutenir les uns les autres ». Suivez l’exemple de Josué qui n’a pas eu peur de proclamer au peuple : « Ma maisonnée et moi, nous servirons le Seigneur. »

Faites certaines de ces choses. Faites les toutes. En tous cas, faites-en assez pour que cela vous paraisse difficile. Faites-les aussi bien que vous le pouvez. Faites-les même si vous ne pouvez pas les faire bien. Et faites-les avec confiance. Souvenez-vous qu’on n’a jamais surpassé le Seigneur en générosité.

Simplement, attendez Pâques pour chanter l’Alléluia.

Stephen White, traduit par Isabelle

Source : https://www.thecatholicthing.org/2026/02/27/do-lent/