L’incident qui s’est produit au conseil municipal d’Ivry-sur-Seine incite à une réflexion sérieuse du fait de l’importance des enjeux d’une querelle qui n’est pas près de s’éteindre. En deux mots, tout est parti d’un désaccord sur la légalité du port du voile musulman de la part de l’adjointe au maire communiste. Sur le refus de ce dernier d’inscrire dans le règlement l’interdiction du port d’un vêtement religieux, un conseiller municipal d’opposition, appartenant au Rassemblement national, a brandi une croix et récité un Je vous salue Marie, en forme de protestation. Quoi que l’on pense de l’opportunité d’une telle réplique, on est bien obligé de constater que nous sommes en présence d’une mise en scène d’un conflit où sont en jeu les relations du spirituel et du temporel, ainsi que les problèmes particuliers posés par l’expansion de l’islam dans notre pays.
Les difficultés de la laïcité
Tout d’abord, si l’on se veut rigoureux sur la notion de laïcité inscrite dans la loi républicaine, il ne fait pas de doute que l’expression d’une appartenance religieuse n’est pas permise dans une enceinte publique. Qu’on veuille faire une exception au nom d’un supposé « vivre ensemble », voilà qui met en déséquilibre tout un dispositif législatif. La conséquence d’une telle tolérance est d’introduire dans cet espace des confrontations extra politiques. La réaction du conseiller d’Ivry-sur-Seine s’explique dans ce contexte. Et l’on peut craindre du fait de l’extension de l’islam sur tout le territoire que ce type de conflit tende à se multiplier.
La Croix et le Croissant
Faut-il parler de la lutte entre la Croix et le Croissant ? Posé en ces termes, le débat nous entraîne dans une perspective de croisade ou de djihad catastrophique. Il convient de faire tous les efforts pour maintenir un climat pacifique dans le pays et entre tous ses citoyens. Mais on ne saurait faire l’impasse sur des enjeux civilisationnels imposés par une coexistence dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle a toujours été problématique, sinon violente, à travers l’histoire. Et il ne s’agit pas seulement de l’histoire ancienne, mais aussi de l’histoire la plus actuelle. Il suffit d’évoquer le sort des chrétiens d’Orient et de plus en plus des chrétiens d’Afrique.
J’ai déjà ici-même, par trois fois, exprimé ma conviction que le christianisme ne se concevait pas sans incarnation civilisationnelle, qui s’exprime dans les mœurs, la pensée, la littérature, et jusqu’à l’aménagement du paysage. Conçoit-on la France sans le manteau des églises de villages, les cathédrales, le Mont-Saint-Michel et Vézelay ? Vouloir vivre une sorte de pureté de l’Évangile indépendamment de ses réalités tangibles, c’est se vouer à une attitude irresponsable. On oublie trop souvent que la charité n’est pas l’irresponsabilité.
Aux origines de l’islam
Enfin, une erreur majeure consiste à mettre islam et christianisme dans une même catégorie religieuse. L’islam pose des problèmes particuliers, notamment sa méconnaissance de la distinction entre spirituel et temporel. La notion de laïcité lui est étrangère. Par ailleurs, ce qu’on appelle dialogue interreligieux se heurte à son propos à l’absence de sources théologiques communes. Il est pour le moins périlleux d’envisager un dialogue qui ne comprendrait pas un examen rigoureux des origines de l’islam, de la constitution du Coran, de sa prétention à constituer « le sceau de la révélation », qui met le point final à celle-ci en rendant caducs Ancien et Nouveau Testaments. Oui, un incident comme celui d’Ivry donne largement à penser.
