Le philosophe danois Soeren Kierkegaard (1813-1855) rappelle avec sagesse que « nul ne revient de chez les morts. Nul n’est venu au monde sans pleurer ; nul ne vous demande quand vous voulez entrer, quand vous voulez sortir » (Diapsalmata). En ce qui concerne tout ce qui semble déroger au cours naturel des choses, l’Église a toujours été extrêmement prudente, regardant les phénomènes apparemment surnaturels comme pouvant venir aussi bien du Malin que de Dieu, de l’imagination humaine ou de la fausseté d’un esprit fragile. Ce qui a trait à la mort appartient à Dieu et nul homme ne peut révéler ce dont est constitué l’après, pas même celui qui est revenu à la vie grâce à un miracle attesté, comme Lazare (Jean 9, 1-44). Ce dernier – entre le moment où il revient à la vie terrestre grâce à Jésus, et le moment où il est mis à mort par les Juifs qui décident de l’éliminer au temps de la Passion de Notre-Seigneur (Jean 12, 11) – ne donne aucun témoignage sur ce qu’il aurait expérimenté durant ces jours où son corps était déjà avancé dans la corruption, comme si cela avait été effacé de sa mémoire par Celui-là même qui lui avait redonné le souffle vital.
Pas une expérience de la mort
La théologie catholique demeure discrète et sage, ne voulant pas extrapoler en utilisant l’imagination pour remplacer ce que la raison ne peut nous livrer. En revanche, elle précise que les critères médicaux de « mort cérébrale » ne sont pas suffisants pour déterminer si quelqu’un est vraiment mort car l’union corps-âme de la personne humaine n’est pas réductible à une certaine activité du cortex cérébral. L’expérience de mort imminente n’est pas, comme son nom l’indique, l’expérience authentique de la mort mais l’expérience d’un état qui serait en suspens alors que l’âme se sépare du corps tout en ayant la possibilité de retourner à son état antérieur – état représenté par Jérôme Bosch sur son panneau Visions de l’au-delà, aux Galeries de l’Académie de Venise.
L’Église reconnaît ce phénomène surnaturel, s’intéressant surtout au fait que la personne concernée change souvent radicalement de vie ensuite grâce aux visions reçues, visions de lumière, avant-goût du Paradis, ou bien au contraire de ténèbres, porte ouverte sur l’Enfer. Elle met en garde contre les simplifications et contre l’assimilation de l’expérience de mort imminente avec la mort à proprement parler. La première est sans doute une grâce accordée à certains pour se préparer pleinement à la seconde en convertissant leur manière d’être. Dieu, admirable pédagogue, utilise différentes méthodes pour révéler sa justice et sa miséricorde. Nul ne peut nier les fruits qui en résultent, sans pour autant négliger l’essentiel de la foi, qui ne repose pas sur les miracles sensibles mais sur la reconnaissance pleine et entière de la Résurrection du Christ.