La venue du Pape a été une bénédiction pour la France. Sa parole, si sage et attentionnée, nous a réconfortés. Parmi les nombreux sujets abordés au cours de son voyage, l’enseignement catholique a occupé une place particulière. Au moment où son autonomie et son « caractère propre » sont régulièrement remis en question, les paroles de Léon XIV ont été particulièrement bienvenues.
Inutile de le nier, des responsables politiques, ainsi que des fonctionnaires de l’Éducation nationale, voudraient voir disparaître, ou réduire à peu de chose, l’enseignement catholique. Les contrôles se multiplient : on vise désormais 40 % des établissements privés sous contrat. Bien sûr, le ministère est légitime lorsqu’il veille à ce qu’aucune emprise ne soit exercée sur les jeunes. Mais certains contrôles donnent le sentiment d’une lecture pour le moins tendancieuse des heures de « pastorale ». C’est problématique, car l’État se trouve juge et partie dans la délimitation du fameux « caractère propre » de l’enseignement catholique. Il peut estimer que montrer un épisode de la vie de Jésus constitue une atteinte à la conscience de l’enfant, tout en autorisant l’intervention de drag queens en maternelle… Qui osera s’insurger, quand le ministère de l’Éducation nationale peut très facilement asphyxier financièrement des établissements ?
Mais la méfiance de l’État est-elle fondée ? Les heures de « pastorale » sont-elles vraiment une forme de prosélytisme et une atteinte à la liberté de conscience ?
Ni relativisme…
Pour certains, c’est l’idée même d’enseigner la religion qui pose problème. Hanté par le souvenir des « guerres de Religion », le monde contemporain prône le pluralisme comme unique moyen de préserver la paix sociale. Il faudrait renoncer à l’idée de vérité objective dans le domaine religieux. Car proclamer la Vérité mènerait tout droit à l’intolérance, puis à l’inquisition, voire au bûcher… Parler de sa foi est toléré, si l’on n’oublie jamais qu’elle doit rester une conviction subjective et inoffensive.
Mais le Christ n’a pas dit : « Je suis une valeur, une conviction et un mode de vie. » Il a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). La foi n’est pas qu’une conviction personnelle, c’est la proclamation d’une vérité.
Nous croyons que le Christ est vraiment le Seigneur, qu’il est vraiment ressuscité – factuellement, pas juste « dans notre cœur » –, qu’il reviendra vraiment dans la gloire pour nous juger. Nous comprenons que d’autres ne partagent pas notre foi, mais nous croyons que le message du Christ les concerne, que nous pouvons dire à notre ami : « Jésus reviendra me juger et te juger. Nous aurons à rendre compte de notre vie devant Lui. »
… ni prosélytisme
Mais croire en la Vérité n’implique pas de l’imposer aux autres. Évangéliser, c’est annoncer la Parole de Dieu afin que l’autre y adhère librement et personnellement. Faire du « prosélytisme », au sens où l’entendent généralement les gens, c’est exercer une pression sur l’autre pour qu’il adhère à notre croyance. C’est le manipuler, lui forcer la main ou le menacer. Il est très différent de dire : « Je crois que le Christ est la Vérité, que la plus belle chose qui puisse t’arriver est de le rencontrer et que cette Vérité te rendra libre. Je suis prêt à être moi-même persécuté pour que l’amour du Christ se répande et que tu découvres son Salut » et d’asséner : « Je crois que ceci est la vérité et que tu dois t’y soumettre que cela te plaise ou non. Je suis prêt à (te) persécuter pour que ma conviction se répande et que tout soit soumis à Dieu. »
L’évangélisation n’est donc pas un prosélytisme moins poussé ou qui ne dit pas son nom. Ce sont des actes de nature différente. Les amalgamer reviendrait à confondre l’expression balbutiante de l’amoureux sincère et la séduction calculée du manipulateur exerçant son emprise.
Un équilibre incompris
Il faut donc tenir l’équilibre : l’évangélisation n’est ni une vague proposition pour appartenir à un club, ni une pression psychologique pour faire adhérer à la foi. C’est le témoignage du salut offert à tous par le Christ. Et ce témoignage appelle la libre adhésion de celui à qui on s’adresse.
C’est cet esprit qui anime l’enseignement catholique. Quiconque a été animateur en pastorale sait quel luxe de précautions est déployé pour « rejoindre les jeunes là où ils en sont », pour que le moindre événement soit présenté sous l’angle d’une « proposition respectant la liberté de chacun », pour ne jamais dépasser la simple « invitation », même pour des gestes aussi simples qu’allumer une bougie ou écrire une intention de prière anonyme. Nous voulons donner le meilleur aux jeunes, mais sans empiéter sur leur liberté.
C’est pourquoi les paroles de Léon XIV ont été d’un tel réconfort, alors qu’elles devraient relever du bon sens : « Je voudrais simplement évoquer […] l’enseignement catholique, dont le “caractère propre” se trouve ces temps-ci remis en question. Il est heureux que les établissements d’enseignement catholique soient largement ouverts à ceux qui ne partagent pas notre foi. Cet accueil généreux et respectueux de la liberté de conscience de chacun est prometteur d’une grande fécondité pour tous, pour la société et pour l’Église elle-même. Pour autant, l’enseignement catholique ne peut, en aucune manière, renoncer à son projet éducatif, un projet centré sur le Christ qui vise le développement intégral de la personne humaine dans toutes ses dimensions : spirituelle, culturelle, intellectuelle, morale et sociale. Personne ne doit donc s’étonner des occasions offertes au sein de tout établissement catholique de rencontrer Jésus-Christ et d’entendre sa Parole. Moins encore, aucun élève ne devrait se trouver marginalisé dans sa classe, simplement parce qu’il croit en Jésus. »
Les combats ne disparaîtront pas par magie, mais quelle joie de nous sentir compris et soutenus !
Pour aller plus loin :
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