A Dublin, Westminster, Deauville ou Varsovie, Barack Obama a délivré le même message : Ne perdez pas confiance. Ensemble, nous restons les plus forts. C’est l’Obama qui vient de triompher d’Osama qui parle, mais pas seulement. Pour lui, ce choc salutaire doit remédier au « déclinisme » ambiant. C’est vrai des États-Unis, mais encore plus du vieux continent. Car la crise occidentale, à commencer par la crise économique, voire la crise démographique, est une crise de confiance. Crise de confiance d’abord dans les dirigeants européens, étriqués, frileux, écrasés sous l’aisance et la confiance en soi de leur mentor. Au G8, ils n’existaient même pas, passaient pour des figurants. Seule la Reine à Buckingham peut encore bluffer Obama.
Crise de confiance dans les capacités ensuite : militaire, économique, financière, intellectuelle et culturelle, et finalement morale. Bilan rapide :
Militaire : la crise libyenne a inauguré un nouveau partage du travail parce que, pour une fois, Français et Britanniques ont été d’accord pour agir vite, et Obama pour que les Américains soient en retrait, en soutien. C’est la clé d’une OTAN rééquilibrée entre ses deux piliers transatlantiques. Il faut en tirer les conclusions. Obama a demandé à Londres de ne pas laisser ses moyens de défense descendre en dessous d’un certain seuil de crédibilité. C’est aussi valable pour la France. Car il n’existe aucune alternative.
Économique et financière : États-Unis et Europe se partagent les présidences des deux grandes institutions internationales, Banque mondiale et FMI. Et alors ? On a beau dire que leur part respective dans la production, le commerce, la démographie, les réserves de change, recule régulièrement, d’abord ce recul est lent, d’autre part il dépend de critères statistiques éminemment variables, enfin l’ensemble — combiné — reste dominant. L’enseignement d’Obama est de cesser de raisonner comme si les États-Unis ou l’Europe étaient seuls au monde. Ils sont ensemble, dit le Président. Ils ont des myriades d’alliés à travers le monde, comme le montre leur capacité à forger des coalitions. Lula-Singh-Zuma, ou Chavez-Ahmadinejad, n’ont pas encore construit quoi que ce soit qui ressemble à une alliance. Certains craignent qu’Européens et Américains trustant toutes les places de direction, les « Émergents » ne soient poussés à s’organiser entre eux, ou se voient poussés à se regrouper autour de Pékin. C’est parfaitement illusoire. Les meilleurs économistes et financiers de ces pays ont d’ailleurs été formés en Europe et aux États-Unis ou ont travaillé dans ces institutions internationales. Qui sont les principaux rivaux de la candidature française au FMI : un Turc et un Israélien. Et personne n’a pu aligner une femme qui fût de surcroît présidente du plus grand cabinet d’avocats d’affaires installé à Chicago. Avec elle, qui va nous faire croire que l’on regrettera DSK ?
Ce qui nous conduit au point suivant : intellectuelle et culturelle. Il faut se méfier de ceux qui glorifient le soft power, ce sont ceux qui ont perdu le hard power. Mais en l’occurrence, pourquoi ne pas être fiers, en tant que Français, si on s’étonne que ce sont le plus souvent des Français qui sont proposés par les Européens pour les grands postes internationaux ? On se lamente suffisamment, et avec raison, des retards en matière de recherche pour ne pas un instant se féliciter de la qualité intellectuelle de nos élites, un petit cocorico bien dans le ton d’Obama, mais assorti du bémol de la faiblesse morale de certaines d’entre elles. Ce n’est en tout cas pas le cas de Christine Lagarde, d’une exceptionnelle envergure et tenue, et parfaite connaisseur du milieu américain.
— –
http://chaunu.fr/dessins/monde-pour-le-fmi-lagarde-aurait-le-profile-ideal
