À première vue, il ne semble pas difficile d’être catholique. Aller à la messe le dimanche. Prier. Garder les commandements. Aimer les autres. Ça semble plutôt facile.
Les gens aiment la facilité – c’est l’adjectif-clef dans toute publicité de nos jours : des repas faciles, des programmes faciles, des paiements faciles, une installation facile. L’insinuation est claire : ce qui est difficile est indésirable, déplaisant, inutile. Quelle personne saine d’esprit voudrait passer des heures à préparer le dîner, à compléter une tâche sur l’ordinateur ou à assembler un nouveau gadget quand cela peut être fait facilement en un rien de temps ?
Mais si nous grattons un peu sous la surface, être catholique n’est pas si facile. Aller à la messe chaque dimanche durant mes 70 ou 80 années de vie, même par temps épouvantable et quand je suis en voyage ? Prier – qui a du temps pour cela ? Garder les commandements – je n’ai tué personne mais suis-je réellement passible du jugement et de l’Enfer, comme l’a averti Notre Seigneur, si je me mets en colère contre mon frère ou si je le traite d’imbécile ? (Matthieu 5, 22) Je n’ai pas porté de faux témoignage, mais dois-je également m’abstenir de me moquer et de calomnier ? Aimer les autres – même le voisin insupportable, le conducteur imprudent, le type déjanté qui hurle dans le métro ?
Être chrétien signifie être disciple de Jésus-Christ. Il a négocié un pacte avec nous : « Si quelqu’un veut être avec moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix journalière et qu’il me suive » (Luc 9, 23). Et quelle récompense dans cette vie pour L’avoir suivi ? « Vous serez haïs de tous à cause de mon nom » (Matthieu 10, 22)
En ce qui concerne les commandements du Seigneur, l’adjectif facile n’est pas le premier qui vient à l’esprit.
Pourtant je vois le mot « facile » décliné dans le marketing catholique : des applications faciles, des étapes faciles pour prier, des moyens faciles pour incorporer la foi dans nos vies. « Facile » a un cousin, « simple », qui est utilisé dans la même optique. « Suivez ces étapes faciles et vous deviendrez saint en un rien de temps – c’est aussi simple que cela ! »
Alors apportons une clarification : le principe général du catholicisme peut être facile à comprendre – suivre Jésus – mais en pratique, être catholique, c’est à dire suivre Jésus comme Il nous commande de le faire, c’est difficile. Très difficile. Et nous devrions le savoir et l’accepter. Car si nous vivons notre foi sans lutte ni défi, nous ne la vivons pas correctement.
Si nous sommes honnêtes sur ce point, laissons-nous entendre aux catholiques et convertis éventuels que notre foi est indésirable, déplaisante et inutile ? Si être catholique n’est pas facile, n’y a-t-il pas au moins de la joie ou du plaisir à l’être ? Y a-t-il quelque vérité dans la fameuse chansonnette de Hilaire Belloc :
Où brille le soleil catholique
Règnent toujours rires et bon vin rouge
Du moins je l’ai toujours trouvé ainsi
Bénissons le Seigneur !
Nous pouvons faire accepter qu’être catholique est à la fois dur et joyeux en faisant référence au monde du sport pour une comparaison imparfaite. Il est extrêmement difficile de bien jouer au golf. Ce fait n’a pas découragé les 48 millions d’Américains qui ont joué au golf en 2025 et leurs résultats montrent que la plupart dégustent. L’angoisse, les jurons, la mauvaise humeur qui résultent d’une mauvaise frappe de balle se produisent plus fréquemment que le triomphe, la joie, les congratulations. Chacun sait que le golf n’est pas facile. Pourtant les joueurs persistent. Le jeu est difficile. Très difficile. Cependant ils l’aiment.
La foi n’apporte pas le frisson d’excitation que procure le sport, qui émoustille énormément. La foi est tout d’abord affaire d’intelligence, ou plus familièrement de connaissance du cœur. Les pratiques requises par la foi – prier, assister à la messe et recevoir les sacrements, faire de bonnes actions – satisfont le cœur et l’esprit à la façon d’un bon livre ou d’un beau coucher de soleil. « Satisfaire » est le mot juste. Les sports émoustillent. La foi comble.
Nous n’accomplissons pas le dur travail d’être catholique en raison du cliché : « Si ce n’est pas difficile, cela ne vaut pas le coup de s’y mettre ». Nous le faisons parce que c’est ce que Dieu demande de nous. Il se peut qu’il n’y ait pas de joie sur le moment – la prière peut être aride, porter les fardeaux des autres peut être extrêmement pénible. Et, par définition, il n’y a pas de joie dans le fait de souffrir. La joie est de type méditatif, elle nait de savoir qu’en faisant ces choses nous entrons en union avec le Dieu qui nous aime. Nos sens peuvent bien ne pas être émoustillés, mais nous savons que Dieu comble nos besoins spirituels quand nous Lui offrons ces tâches difficiles.
Et la joie ouvre le chemin à l’amusement. Il peut être drôle, après coup, de se remémorer les coups foireux d’un parcours de golf. De même, il peut être drôle de se rappeler les difficultés et les échecs de la vie de catholique. « Je suis tombé endormi en priant le rosaire la nuit passée ; j’ai demandé à mon ange gardien de le finir pour moi ». « Je suis allé me confesser et j’ai été si énervé par l’attente que lorsque mon tour est venu, j’avais un péché supplémentaire à ajouter à ma liste. ». Je me suis senti si sale après avoir vu ce film que je désirais boire un verre d’eau bénite ».
Un tel amusement ne se partage qu’avec des frères catholiques qui « s’efforcent d’entrer par la porte étroite » (Luc 13, 24). Car la difficulté, la joie et l’amusement coexistent et se confortent l’un l’autre quand ils sont réunis par un amour commun. C’est le cas pour le golf. De même pour la vie de famille. C’est aussi le cas pour la vie catholique, qui offre plein de bonnes choses au-delà des difficultés, lesquelles génèrent joie et amusement – mais ce sera pour un autre article.
L’union de Dieu avec l’homme dans le Christ génère un autre mystère : l’Union de la Croix, des rires et du bon vin rouge, tout cela au sein de l’unique Église de Dieu.
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David G Bonagura, Jr., traduit par Bernadette Cosyn
Source : https://www.thecatholicthing.org/2026/09/20/being-catholic-hard-and-joyful