Hormis quelques phénomènes locaux – comme le score inattendu d’Emmanuel Grégoire (PS) à Paris ou le coude-à-coude entre Grégory Doucet (EELV) et Jean-Michel Aulas (SE) à Lyon – la soirée électorale de ce dimanche 15 mars n’aura pas été marquée par de grandes surprises, mais plutôt par la confirmation des tendances lourdes pressenties depuis des mois et confortées à coups de sondages : le RN continue de tracer son sillon et La France insoumise fait le plein dans les secteurs qui lui sont sociologiquement favorables.
Du côté du parti à la flamme tricolore, on ne peut en effet qu’être satisfait avec plusieurs municipalités où le maire sortant a été réélu du premier coup, comme Louis Aliot à Perpignan, David Rachline à Fréjus, Nelson Chaudon à Beaucaire ou Steeve Briois à Hénin-Beaumont. Du côté Insoumis, on peut bien parler d’une percée électorale, avec des scores remarquables dans plusieurs grandes villes comme Lille, Limoges ou encore Toulouse. Le parti de Jean-Luc Mélenchon, dont les outrances n’ont manifestement pas rebuté les électeurs, arrive même en tête dans les deux communes très islamisées que sont Roubaix ou Saint-Denis, emportant cette dernière dès le premier tour.
Projections à l’échelle nationale
Pour les candidats en lice, les enjeux locaux sont bien sûr prégnants, mais aux sièges des partis, dès réception des résultats de ce premier tour, les états-majors n’ont pas tardé à se projeter à l’échelle nationale, avec l’élection présidentielle de 2027 en perspective, et sans doute les élections législatives. « Pour les états-majors des partis, l’élection présidentielle se prépare dans cet entre-deux-tours qui s’est ouvert, dimanche, comme un laboratoire des rapports de force. De quoi poser un paysage, dessiner les contours d’alliances futures. Un paysage qui renoue, beaucoup, avec le clivage gauche-droite, sur fond d’effacement du parti présidentiel, Renaissance », résume Julie Carriat dans Le Monde (16/03).
Au cœur de la réflexion qui s’amorce émerge, plus sensible que toutes les autres, la question des alliances, en particulier pour le PS qui se targue de refuser toute alliance à l’échelle nationale avec LFI, mais qui n’exclut pas des accords dits « techniques ». De même, après avoir conspué semaine après semaine les socialistes, les responsables LFI se sont dits favorables à des accords locaux au nom du « front antifasciste », ficelle aussi indigne qu’inusable. À Toulouse, dès lundi, PS et LFI ont annoncé qu’ils feraient liste commune au second tour. « Il ne faut toutefois pas être dupe des trémolos républicains des Insoumis. Leur véritable souci n’est pas d’empêcher la droite ou le RN de gagner des villes, mais bel et bien de mettre le reste de la gauche dans l’embarras. Ils veulent contraindre les socialistes à se positionner par rapport à eux et à renoncer au « cordon sanitaire » que certains, comme Raphaël Glucksmann veulent instaurer par rapport à eux », analyse Guillaume Tabard dans Le Figaro (16/03).
Les choix qui seront faits n’ont rien d’anodin. L’assassinat de Quentin Deranque par des nervis de la Jeune Garde toute proche de LFI, comme les jeux de mots complotisto-antisémites de Jean-Luc Mélenchon à propos de l’affaire Jeffrey Epstein, ont confirmé la nature dangereuse du mouvement insoumis, prêt à toutes les outrances et tous les mensonges pour faire vaciller le système et paver la voie à l’islamo-gauchisme.
