« Éducation : l’acte le plus politique » - France Catholique
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Le journal de la semaine

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« Éducation : l’acte le plus politique »

Après les manifestations des lycéens, les violences du 17 octobre. Quelles réponses apporter à la crise ? Membre du comité d’Esprit de patronage, le Père Vincent de Mello défend une éducation qui enracine et éveille au bien commun.
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© Nuit des patros

Que révèlent les manifestations lycéennes, puis les émeutes du 17 octobre ?

Abbé Vincent de Mello : J’y vois le résultat dramatique d’une jeunesse en friche. Sans éducateur ni éducation, l’enfant, livré à ses pulsions, redevient un enfant sauvage. Ces violences signent l’acte de décès de Jean-Jacques Rousseau ! Ces désordres et ces saccages révèlent, au-delà de leur scandale, le manque d’enracinement des jeunes. Beaucoup ne savent plus ce qu’ils doivent à leur pays, à leur histoire. On leur a appris à se considérer comme des victimes, ce dont profitent ceux qui excitent leur colère, non sans démagogie. Il faut reconnaître aussi que le discours de nos dirigeants n’a pas vraiment de quoi les enthousiasmer… Leur colère trouve ainsi des causes et des cibles, sans que soient abordées les blessures les plus profondes dont ils souffrent.

Quelles sont ces blessures ?

Depuis plusieurs décennies, notre regard sur l’enfant a changé : il est devenu la variable d’ajustement du désir des adultes – un objet de satisfaction inscrit dans un « projet parental ». Nous sommes passés de l’idée que nous avions des devoirs envers lui – à commencer par l’éduquer – à celle que nous avions « droit à » lui. Les enfants reprennent le même langage : nous aussi, nous avons des droits ! Leur réaction nous renvoie à nos propres errements, à nos égoïsmes. Les adultes ont cessé d’assumer leurs responsabilités à leur égard.

Fait nouveau, la violence s’est aussi retourné contre les enseignants…

J’admire ceux qui tiennent encore ! Leur tâche est rude. Mais il faut admettre aussi qu’une partie des enseignants ont contribué à déconstruire l’autorité dont ils ont besoin pour transmettre. À force de vouloir descendre de l’estrade, à force de faire de l’enfant l’artisan de son propre savoir, ils ont sabordé l’institution… et en subissent malheureusement aujourd’hui le retour douloureux. Plus largement, les adultes offrent aux enfants l’image d’un monde fracturé. Pour retrouver notre capacité à les éduquer, il est indispensable de rétablir la confiance entre les enseignants, les éducateurs et les familles. Juste avant cet entretien, des parents de jeunes « grévistes » m’ont appelé : ils souhaitent renouer le lien avec leurs enfants et organiser une table ronde où ceux-ci pourraient s’exprimer, avant que je prenne la parole. Des parents ne savent plus comment « tenir » leurs enfants, beaucoup sont dépassés. Des mères seules se débattent pour les éduquer. La culture de la victimisation exacerbe le conflit entre les générations, quel que soit le milieu. Nous devons donc accompagner les parents autant que les enfants.

Que peuvent apporter les patronages, dans ce contexte ?

L’acte le plus politique qui soit, c’est l’acte d’éducation : il construit une cité et son avenir. Les patronages y contribuent, parmi d’autres acteurs. Ils ne peuvent pas résoudre cette crise profonde – je ne crois pas que nous ayons encore touché le fond – mais nous pouvons déjà travailler au monde d’après. Un patronage est une communauté à l’échelle de l’enfant, une « famille de familles » rassemblée autour d’une paroisse. On y noue des amitiés réelles, loin des écrans, et l’on apprend à progresser ensemble. Le bien commun y devient une expérience vécue.

Comment redonnez-vous des repères aux enfants ?

Du CP à la terminale, les enfants peuvent rester dans le même lieu et y écrire une histoire. Cette continuité consolide leur identité. Nous leur réapprenons à s’engager dans une relation où chacun compte. Quand l’un d’eux est absent, il manque aux autres. Nos exigences de ponctualité et de régularité prennent alors un sens. Par le jeu, l’entraide, par la prière aussi, les enfants découvrent qu’ils ont besoin les uns des autres. Nous tissons ainsi une communauté humaine et spirituelle.

Quelle place le Christ occupe-t-il dans cette éducation ?

La foi se transmet en la vivant et en la traduisant en actes. Il ne suffit pas d’asseoir les enfants autour d’une table pour faire du catéchisme. Nous prions ensemble, demandons au Seigneur de nous accompagner et lui confions ce que nous portons. Nous apprenons à réfléchir sous son regard. Chaque mois, une maxime nous guide. Par exemple, avec celle-ci : « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir », nous montrons que le Christ a donné sa vie et veut que notre joie soit parfaite. Nous demandons aux enfants : quel est le plus bel acte d’amour dont vous avez bénéficié ? À partir de leur expérience, nous approfondissons cette question et la relions à l’œuvre du salut.

Ce renouveau peut-il aussi servir la mission de l’Église ?

Je le pense. L’intérêt que suscitent aujourd’hui les patronages est impressionnant. Il en existe environ trois cents en France. Esprit de Patronage en accompagne près de deux cents. Face à la désertification chrétienne, évêques et prêtres cherchent à renouveler la vie paroissiale. Beaucoup dépensent de l’énergie… mais il faut surtout des œuvres qui en produisent, comme les patronages. Au patronage, les adultes donnent aux jeunes les moyens de s’occuper des plus petits et leur confient très tôt des responsabilités : ils deviennent les moteurs de la communauté. C’est une chaîne de transmission. Dès le départ, nous préparons la relève. C’est enthousiasmant de les voir prendre soin des autres. Le patronage est une école de responsabilité dans l’Église.