« Le salut des âmes doit toujours être la loi suprême de l’Église. » Cet impératif du Code de droit canonique – le droit de l’Église – prend une actualité cruciale quand, en commission des finances de l’Assemblée, présidée par un député de La France insoumise, la totalité du financement public de l’enseignement privé sous contrat vient d’être rayé d’un trait de plume. Au total, 9 milliards d’euros versés par l’État au titre de la liberté de l’enseignement viendraient ainsi à disparaître, condamnant les écoles catholiques à fermer des classes ou à demander aux familles de les financer elles-mêmes, comme dans le hors-contrat.
Certes, le pire n’est pas certain. Le texte doit encore être examiné en séance publique par les députés, au sein d’un budget national au sort incertain en l’absence de majorité à l’Assemblée. Mais pour certains, ce coup de semonce sonne comme une véritable « déclaration de guerre ». En matière d’éducation, la confiance entre l’Église et l’État est un équilibre fragile qui risque fort d’être rompu, entraînant un possible retour à la guerre scolaire de 1984.
Vigilance sur la laïcité
Alors que les évêques français réunis à Lourdes ont consacré une large part de leurs travaux à l’école catholique, nul doute que résonnent encore les paroles fortes de Léon XIV à l’épiscopat en septembre dernier : « Je vous invite à faire preuve de vigilance pour défendre la liberté et les droits de l’Église à évangéliser, à éduquer à la vraie liberté et à pratiquer publiquement le culte (…). Personne ne doit donc s’étonner des occasions offertes au sein de tout établissement catholique de rencontrer Jésus-Christ et d’entendre sa Parole. » Les mêmes évêques, au passage, ont aussi réfléchi à la manière dont les établissements catholiques de soin pourront rester fidèles à leur foi, sous le régime d’une loi qui autorise le suicide assisté et l’euthanasie. Là encore, la liberté reste précaire…
Pour autant, il ne faudrait pas considérer que ces légitimes revendications de l’Église sont corporatistes ou communautaristes. Au contraire. Si les catholiques s’engagent au nom de leur foi dans la société, à l’école, dans les hôpitaux ou ailleurs, c’est pour le bien de tous. À l’approche du souvenir de l’armistice du 11-Novembre, comment ne pas garder en mémoire ces 2 949 prêtres diocésains,1 571 religieux, 1 300 séminaristes et 375 religieuses qui ont versé leur sang pendant la Grande Guerre pour apporter un soutien spirituel ? « Je n’oublierai jamais, écrit un aumônier en 1914, les effusions de ces pauvres soldats me sautant au cou après une réconciliation de dix, quinze, vingt ans, ou le rayon de joie qui illumine les pauvres mourants quand, sur les champs de bataille ou sur les brancards, je leur ouvre le Ciel au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »
Face au risque d’indifférentisme religieux, en France et dans le monde, la fameuse exclamation de saint Paul – « Malheur à moi si je n’évangélise pas ! » – reste une pierre d’achoppement. Lors de sa visite en Algérie, en avril 2025, Léon XIV s’adressant au petit troupeau de catholiques avait réaffirmé cette mission essentielle de l’Église : « La première tâche des pasteurs, ministres de l’Évangile, est donc de rendre témoignage à Dieu d’un seul cœur et d’une seule âme devant le monde, sans que les préoccupations ne nous corrompent par la peur, ni que les modes ne nous affaiblissent par le compromis. »