Christianisme aux États-Unis : du nouveau à l’Ouest ! - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Christianisme aux États-Unis : du nouveau à l’Ouest !

Jusque-là athées ou agnostiques, de plus en plus d’intellectuels anglo-saxons se tournent vers le christianisme, dont ils admirent les beautés et la cohérence. Un mouvement qui nourrit l’espérance.
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© Adobe Stock / Pricha.RT

On évoque souvent avec une certaine nostalgie les périodes de rayonnement intellectuel, esthétique et spirituel, où la foi catholique séduisait les esprits brillants, apparaissant à la fois comme une avant-garde culturelle et comme le parti de l’intelligence. Ce fut le cas, en France, alors même que le laïcisme faisait rage : « L’Européen le plus moderne c’est vous, Pape Pie X », s’exclamait Apollinaire dans l’ouverture d’Alcools (1913). « À la fin tu es las de ce monde ancien […] Seul en Europe tu n’es pas antique ô Christianisme […] La religion seule est restée toute neuve la religion / Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation ».

Ces années-là (1880-1930) virent un grand nombre de conversions d’écrivains et d’artistes, de Claudel à Cocteau, en passant par Huysmans, Péguy, Bourget, Maritain, Max Jacob et Julien Green. Sans oublier Bergson, le plus grand philosophe français du siècle, et Simone Weil, la plus prometteuse, tous deux fils d’Israël, qui s’avancèrent jusqu’au seuil mais ne le franchirent pas, pour rester solidaires de leurs frères persécutés. L’Angleterre connut le même phénomène à peu près en même temps : pensez à Newman, Chesterton, Knox et même Oscar Wilde, converti sur son lit de mort, à Paris.

Eh bien réjouissons-nous ! Une nouvelle renaissance est en train de poindre à l’horizon. Elle vient du monde anglophone, et singulièrement des États-Unis, où les conversions d’intellectuels se multiplient ces derniers temps.

Il faut d’abord mentionner un certain contexte : il semble que la courbe des idées progressistes – c’est-à-dire les idées d’émancipation radicale – soit parvenue à un point de rebroussement, plus visible encore dans le monde anglo-saxon que chez nous, compte tenu de leur avance en la matière. Quand le monde libéral, en effet, n’a plus rien à proposer à sa jeunesse que la négation de sa propre incarnation sexuée et la haine du patrimoine culturel sur lequel elle est assise, ceux qui ont gardé un cerveau en état de marche sont conduits à de sérieuses remises en question. De toute évidence, le bazardage du cadre helléno-chrétien qui a servi de matrice aux nations occidentales n’a pas été une grande réussite !

Réaction vitale

De là découle un premier mouvement de réaction vitale, qui porte un certain nombre d’intellectuels à rompre en visière avec le libéralisme métaphysique et moral. Sans forcément se convertir au catholicisme, ils en viennent à reconnaître que le christianisme est le seul système de valeurs qui puisse redonner sens et vitalité aux Occidentaux. C’est ainsi qu’on a vu récemment des personnalités très influentes proclamer leur affiliation au christianisme, au moins comme identité civilisationnelle, trésor culturel et code moral. C’est le cas, entre autres, du Canadien Jordan Peterson, psychologue star sur YouTube et critique du wokisme ; d’Ayaan Hirsi Ali, d’origine somalienne, ex-musulmane devenue militante anti-islam ; des Britanniques Douglas Murray, polémiste effaré par l’autodestruction de l’Europe, et Louise Perry, féministe critique de la révolution sexuelle. Tous disent l’importance dans leur réflexion du livre d’un grand historien de l’Antiquité, Tom Holland, intitulé Dominion (2019), qui s’attache à montrer que les Occidentaux dilapident un capital culturel dont ils n’ont pas conscience et qu’ils sont bien incapables de reconstituer.

La conversion des philosophes

Au-delà de ces compagnons de route, qui ne sont pour l’heure que des « chrétiens du dehors », on observe aussi des conversions proprement religieuses, souvent de la part de philosophes. Ce qui mérite ici d’être souligné, c’est le rôle important que joue l’apologétique. On n’a pas idée, de ce côté-ci de l’Atlantique, de la vigueur du catholicisme américain dans ce domaine : le site Word on Fire, patronné par Mgr Barron, évêque d’un diocèse du Minnesota, cumule à ce jour près de 200 millions de vues, ce qui en fait l’un des sites religieux les plus actifs au monde. Or, son contenu doctrinal y est à la fois riche et exigeant. Il faudrait évoquer aussi le site Catholic Answers, qui regroupe de nombreux apologètes de haut niveau. Ce travail d’évangélisation, très axé sur l’illustration intellectuelle du catholicisme, n’est pas sans effet. Nous pourrions parler des conversions récentes de James D. Vance, vice-président des États-Unis (2019) et de Larry Sanger, fondateur de Wikipédia (2025). Mais j’en préfère une autre.

Au mois d’août, un jeune philosophe de Princeton, Joe Schmid, prodige intellectuel qui tenait depuis plusieurs années un blog très suivi professant l’agnosticisme le plus strict, a annoncé sa conversion pleine et entière au catholicisme romain. Or, il discutait régulièrement, pied à pied, avec les apologètes de Mgr Barron et de Catholic Answers. La nouvelle a fait sensation sur les réseaux et n’a pas fini de produire des effets. Tout comme la conversion de Justin le Philosophe [martyr du IIe siècle, NDLR] ou du rhéteur Marius Victorinus, au IVe siècle, la conversion de Schmid lèvera les préventions de nombreux intellectuels réticents.

Schmid explique en détail qu’au-delà des arguments métaphysiques en faveur de l’existence de Dieu – dont il a reconnu la pertinence après des années de discussion serrée – ce sont les « miracles catholiques » qui ont fini de le convaincre. Bien sûr, l’intellect n’est pas tout. Schmid raconte aussi une conversion du cœur. Mais il n’est pas sans intérêt de remarquer l’efficacité de l’apologétique catholique sur les esprits les plus férus de rigueur logique. On entend trop souvent dire, sous nos latitudes, que l’apologétique ne sert à rien, qu’un argument n’a jamais convaincu personne, ou que les miracles sont inutiles. C’est faux. L’Église le sait depuis longtemps, mais Schmid nous le rappelle : « Pour que l’hommage de notre foi soit conforme à la raison, Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés de preuves extérieures de sa Révélation, à savoir des faits divins et surtout les miracles qui, en montrant de manière impressionnante la toute-puissance de Dieu, sont des signes très certains de la Révélation divine, adaptés à l’intelligence de tous »  (Dei Filius, ch. 3).

Il semblerait donc qu’en ces temps troublés, le soleil se lève à l’Ouest. Sursum corda ! Les portes de l’Enfer ne prévaudront pas. L’Américain le plus moderne, c’est vous, Pape Léon XIV !