En fait, il n’y a pas eu de grosse surprise au premier tour des élections pour l’Assemblée nationale. La principale caractéristique provient de l’importance de l’abstention, qui a frôlé les 43 %, chiffre le plus élevé pour une législative sous la Ve République. Faut-il en déduire un désintérêt pour la chose publique ? peut-être vaudrait-il mieux parler de lassitude, après une campagne présidentielle qui avait fortement démarré dès 2011 ; en outre, il semble évident que les partis politiques eux-mêmes n’ont pas vivifié cette consultation, dominée par l’absence de Nicolas Sarkozy, qui avait si longtemps occupé le devant de la scène, tandis que François Hollande se maintenait dans sa posture en retrait de président « normal ».
Les responsables de l’Ump ont pu afficher leur contentement qu’il n’y ait pas eu de « vague rose » — encore que les projections pour le second tour donnent la majorité au Ps et à ses alliés. En revanche, le Front national, dans la version rajeunie de Marine Le Pen, semble s’être bien incrusté dans le paysage politique. Jean-Luc Mélenchon en a fait les frais qui avait cru pouvoir s’opposer efficacement à elle à Hénin-Beaumont : il n’a même pas recueilli le nombre de voix nécessaires pour se maintenir au second tour. La verve populaire servie par une authentique culture, tout comme le soutien intéressé du parti communiste, qui avait préféré ne pas tenter un accord avec les socialistes, n’auront servi à rien.
Laminé apparaît le MoDem de François Bayrou, qu’une partie de ses électeurs n’a toujours pas compris. Les écologistes accrochés aux socialistes ne dépassent guère les 5 % et ils éprouvent quelques déboires dans des situations locales où les élus comme le maire de Lyon Gérard Collomb ont préféré soutenir avec succès un dissident plutôt que de favoriser un « Khmer vert » qui ne les avait jamais ménagés — en l’occurrence Philippe Meirieu, le créateur très controversé des Iufm.
Il faut noter que le chef du gouvernement et cinq ministres — Laurent Fabius, Victorin Lurel, Delphine Batho, Bernard Cazeneuve et Frédéric Cuvillier — ont été réélus dès ce premier tour ; mais il faut signaler que Ségolène Royal se trouve dans une situation difficile face à un candidat socialiste dissident qui entend se maintenir au second. À droite, comme ce n’est pas la déroute, on peut prévoir que l’emporteront notamment, sauf accident, François Fillon, Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, Éric Woerth, Benoist Apparu, Jean-Louis Borloo et Xavier Bertrand.
Il apparaît enfin révélateur que François Hollande ait fait savoir qu’il réfléchissait à une réforme des institutions concernant le calendrier électoral, le financement des campagnes et les conditions requises pour l’élection présidentielle, notamment la question des parrainages. Cela pourrait aussi présenter l’avantage, comme à l’époque de François Mitterrand, de donner plus de visibilité à Marine Le Pen au détriment de la droite traditionnelle.