Dans le jardin - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Dans le jardin

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« L’invocation à la paix » qui a eu lieu dans les jardins du Vatican en cette soirée du dimanche 8 juin 2014 est l’événement le plus extraordinaire que l’on ait vu depuis longtemps.

La sérénité de ces deux heures méticuleusement programmées ferait oublier le caractère proprement incroyable de l’occasion. Les journalistes sont en peine de qualificatifs et même d’explications. L’acte ne rentre dans aucune catégorie connue. Les participants eux-mêmes ne sauraient dire ce qui s’est exactement passé. Les descriptions de la surface des choses sont plates, quasi insignifiantes. Comme si l’on regardait ceux qui ont une vision que par définition les observateurs ne voient pas. Quasiment aucun mouvement. Rien ne se produit. Puis chacun rentre chez soi.

L’acte posé par le pape François est sans précédent à l’époque moderne. Il est totalement inédit. En visite en Terre sainte, un pape invite ses deux hôtes, le président de l’Etat d’Israël et le président de l’Autorité palestinienne, à se rendre à Rome pour prier ensemble avec lui pour la paix. On croit à une invitation de pure courtoisie qui sera honorée longtemps après.

Et deux semaines plus tard ils sont là. Ni l’un ni l’autre ne passent pour être des pratiquants dans leurs religions respectives, juive et musulmane. Ni l’un ni l’autre ne sont vraiment en position de « faire » la paix. Président de l’Etat d’Israël est une fonction symbolique. Shimon Peres est arrivé au terme de son mandat. Le président palestinien est lui aussi plus ou moins en bout de course. Tout ceci est secondaire. Nous sommes dans l’ordre de la symbolique, non pas au sens que cela ne serait que pour la forme, mais au contraire où c’est la forme qui résume tout.

L’important est que l’événement ait eu lieu, que par l’effet de surprise, il marque les esprits, même s’il laisse chacun sans bien comprendre; aucune explication ne saurait en épuiser le sens. Les intervenants sont eux-mêmes dépassés. Ils n’ont pas bien compris ce qu’ils faisaient là. Ils ont essayé de voir quel intérêt ils pouvaient y trouver, quel risque aussi de refuser. Calculs humains, mais qui sont o combien petits par rapport à l’événement lui-même qui les entraîne bien au-delà de leur condition mortelle.

On peut dire ce que l’événement n’était pas : une médiation diplomatique, un dialogue interreligieux, un office œcuménique, un procès canonique. Il est plus difficile de le définir positivement. C’est une complète innovation dans l’ordre des relations internationales.

Le Pape est chef d’Etat souverain. Il est reçu comme tel en Palestine et en Israël par les chefs d’Etat de ces trois pays. C’est donc à eux qu’il rend l’invitation. Il n’a pas invité leurs premiers ministres, ni leurs responsables religieux, le grand Rabbin ou le grand Mufti. Il reçoit ces présidents certes au Vatican, mais dans « sa maison », dans son jardin, pas dans son bureau ni dans la basilique St-Pierre. Il faut même aller plus loin dans la déclinaison : ce n’est pas le Saint-Siège qui les reçoit, ce n’est pas non plus l’Eglise catholique. C’est le Pape. Il faut aller encore plus loin : ce n’est pas le Pape, un parmi les délégations des confessions, catholique romaine, orthodoxe, juive et musulmane qui faisaient cercle autour du jardin et s’exprimaient les unes après les autres. Il n’était pas l’un de leurs représentants mais celui qui les avait tous conviés. Il était le Pape assis entre les deux présidents, l’homme en blanc entre deux complets veston sombres. Il était clair que c’était lui qui présidait, lui qui avait eu l’idée de l’événement, qui l’avait conçu et mené jusqu’à son terme quoi qu’on puisse en penser ici et là. Il est allé là où il l’a voulu. Non pas les deux présidents face à face ou les deux présidents d’un côté et le Pape de l’autre avec le Patriarche ou d’autres religieux. Non, l’ordonnancement des sièges était tel que le Pape présidait l’assemblée avec un président de chaque pays de chaque côté de lui !

C’est là le côté rigoureusement extraordinaire de l’événement. La papauté, ou plus exactement le Pape, d‘un seul coup, un coup de maître, un coup de l’Esprit, se place au centre, se situe d’emblée au cœur du sujet, et quel sujet, le Proche-Orient. Alors que les chrétiens y sont marginalisés, que leur influence est rejetée à la périphérie, entre juifs et musulmans, ou sunnites et chiites, le Pape les fait rentrer dans le jeu, rappelle qu’ils comptent, et leur donne de nouvelles raisons d’espérer contre toute espérance. Lui, le modeste, l’humble, le faible, comme eux, a osé l’inimaginable, l’impossible, l’inaccessible, et il a réussi. Parce que c’est lui le Pape et qu’il est à Rome, chez lui.

Le procédé est spécial à ce type particulier de situation de nature existentielle que représente la Terre sainte, trois fois sainte, du monothéisme (au singulier).

Il n’est pas reproductible tel quel pour n’importe quel conflit sur la planète. Comme tel, il ne saurait même être répété. La nouveauté est ce qui constitue l’événement. Le pape François n’a pas créé un « modèle ». Il ne va pas non plus, comme certains le redoutent déjà, en faire un mode habituel d’intervention et de gouvernement. Rien ne serait pire que de le commémorer chaque année, de l’institutionnaliser, donc de le figer. Le Pape donne à réfléchir. Il va au-delà de ce que l’on appelle « la diplomatie religieuse ». Il l’utilise celle-ci mais la transcende par sa dimension authentiquement spirituelle et universelle. Aucune diplomatie ne saurait se passer de réflexion et d’imagination. A ce titre, il a ouvert une voie – ou il l’a redécouverte. Personne ne peut y être indifférent.

http://www.reussirmavie.net/pape-priere-invocation-pour-la-paix-vatican/