Chez les Petites Sœurs des Pauvres, veiller avec amour jusqu'au bout - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Chez les Petites Sœurs des Pauvres, veiller avec amour jusqu’au bout

Reportage. Depuis leur fondation par sainte Jeanne Jugan, au XIXe siècle, les Petites Sœurs des Pauvres prennent soin des personnes âgées pauvres jusqu’au terme naturel de leur vie, comme c’est le cas à la Maison de l’avenue de Breteuil, à Paris.
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Dès l’entrée, le patron de la maison accueille les visiteurs : saint Joseph, protecteur des mourants, est aussi celui de la congrégation. Sur sa statue est accrochée une image… de pots de confiture ! « Ici nous vivons de la Providence et de la quête : nous demandons à notre gardien de nous donner tout ce dont nous avons besoin pour vivre ! », explique dans un éclat de rire Mère Caroline-Emmanuel, Mère Supérieure de la maison. Bienvenue à Ma Maison, avenue de Breteuil, où, malgré la souffrance, la joie résonne comme une douce mélodie à tous les étages. Cet après-midi, la responsable de cet Ehpad pas comme les autres va rendre visite dans leur chambre à quelques personnes en fin de vie, ayant reçu le sacrement des malades le matin même. Dans le couloir, des notes de musique et des chants s’échappent de l’atelier musical en cours. Arrivée au deuxième étage, Mère Caroline-Emmanuel frappe doucement à la porte de Mme R. De sa chambre sortent également des notes de piano, accompagnées du rire de Sœur Stella, venue lui dire bonjour. Atteinte d’un cancer à l’œil qui l’a rendue aveugle, Mme R. évoque d’une voix faible et douce le sacrement qu’elle vient de recevoir : « J’avais besoin que Dieu me donne de la force et du courage, pour me préparer à la fin de ma vie… » À propos de sa vie à Ma Maison, elle témoigne : « Je ne pourrais pas être mieux ! » Ce qu’elle apprécie le plus ? « Le rire et la joie ! Et puis, toutes les activités proposées sont très distrayantes, même si je ne participe pas à tout. Je sens beaucoup moins mes épreuves ici. » Outre la maladie, Mme R. a perdu son mari et un de ses fils. « La prière m’aide beaucoup : on n’est jamais seul avec Dieu. Je n’ai absolument pas peur de la mort ! », témoigne-t-elle avec un sourire paisible.

Deux jeunes Sœurs professes pénètrent discrètement dans la chambre. Elles suivent des cours de théologie et vivent en même temps auprès des résidents. Au côté de Sœur Aline, des Philippines, Sœur Marie-Élisabeth, du Kenya, témoigne : « L’hospitalité, c’est notre quatrième vœu : nous nous donnons totalement au service des personnes âgées, en particulier dans l’accompagnement des mourants. Nous les veillons jour et nuit, jusqu’au bout. C’est très important pour ces personnes en fin de vie de savoir que nous sommes près d’elles. C’est là où le Seigneur nous attend », explique avec une grande douceur la professe. Cette veille d’amour auprès des mourants est une spécificité de la congrégation. « Cette présence est le sommet de notre vie de Petite Sœur, confirme la Mère. Nous présentons à Dieu cette âme que nous avons accompagnée durant sa vie. Humainement, c’est un arrachement mais c’est aussi un accomplissement car nous savons où elles vont. » Avant de sortir de la chambre, les trois Petites Sœurs plaisantent avec Mme R., qui rit comme une enfant.

Guidées par sainte Jeanne Jugan

Quelques mètres plus loin dans le couloir, Mère Caroline-Emmanuel pénètre dans la chambre de Mme J., étendue dans son lit, et s’assied près de la vieille dame très fragile, qui a reçu elle aussi le sacrement des malades le jour-même. Elle prend sa main et lui parle doucement à l’oreille. Voyant son état de faiblesse, la prieure confie qu’elle prévoit de repasser la voir en fin de journée… « C’est l’amour qui permet de connaître chacun personnellement et de savoir ce qui lui fait plaisir, pour lui offrir des petites attentions personnalisées, pour prendre soin d’elle », explique la Mère.

Pour cela, les Sœurs ont une guide sûre : sainte Jeanne Jugan (1792-1879), leur fondatrice. « Nous nous demandons tout le temps ce qu’elle aurait fait à notre place à cet instant. Nous sommes venues ici pour accomplir à sa suite « l’humble service » qu’elle nous a enseigné. « Il faut tout faire par amour », disait-elle. Pour cela, nous puisons notre force dans la vie communautaire et la prière, en suivant Jésus, qui est passé devant nous en donnant sa vie. »

Dans le couloir, deux aides-soignantes discutent devant leur chariot. Entre deux éclats de rire, elles racontent à la Mère Supérieure les soins des pieds et des mains qu’elles viennent de faire à plusieurs résidents. Rien de surprenant dans cette maison. « Nous prenons soin de tout l’être ici : corps, âme et esprit », confirme Mère Caroline-Emmanuel. Les personnes en fin de vie demandent une grande qualité de présence : si chacun joue son rôle en utilisant ses talents du mieux qu’il peut, elles se sentent bien. »

Diane, l’une des deux aides-soignantes, s’estime privilégiée de travailler dans cette maison : « Je me sens chez moi ! Avant de venir ici, j’ai travaillé dans un service de gériatrie, où les gens mouraient seuls dans leur chambre et où on n’avait pas le temps d’avoir des contacts avec eux. C’était très dur. Ici, c’est très différent ! » Une différence dont témoigne la Mère Supérieure, qui constate que les personnes meurent « paisiblement » dans cette maison, où tout est mis en œuvre pour bien les accompagner les personnes, afin qu’elles ne souffrent ni moralement ni physiquement, notamment grâce à l’équipe mobile de soins palliatifs qui soigne la douleur. « Une personne très bien entourée, aimée, accompagnée et soulagée de ses douleurs ne demande pas à mourir. » Ici, jamais personne n’a demandé l’euthanasie et les Petites Sœurs espèrent qu’il en sera ainsi à l’avenir.

« Dans la plénitude de vie jusqu’au bout »

En redescendant au rez-de-chaussée, la Supérieure se rend à l’« atelier de la joie », pour vérifier les derniers préparatifs de la fête des 100 ans de Mme H., qui aura lieu le lendemain. Elle retrouve Véronique, la responsable du service animation. « Les loisirs aussi sont au service du bien-être et de la joie des personnes, assure-t-elle, dans un grand sourire. Cela fait partie de l’accompagnement. Pour cela, il faut bien connaître les gens, pour créer un lien avec elles. » Les activités ne sont donc pas secondaires dans cette maison. « Elles contribuent à permettre aux gens d’être dans la plénitude de vie jusqu’au bout : c’est le meilleur moyen de les aider à se préparer à la mort », assure Mère Caroline-Emmanuel.

Chaque soir, avant d’aller se coucher, la Mère passe dans chaque chambre, pour voir si elles ne manquent de rien. « Nous essayons de faire tout le bien que nous pouvons, en équipe, jamais seules, pour répondre à l’invitation de notre fondatrice qui nous a dit : « N’oubliez jamais que le pauvre, c’est notre Seigneur ». »