Je ne pense pas être original — car je sais que c’est le cas de plusieurs d’entre vous, et surtout de prêtres français, pour qui c’est encore plus légitime — en vous confiant que j’ai reçu hier, au siège du journal, par courriel, SMS, sur Instagram, téléphone, quelques beaux messages de solidarité, venus parfois de très loin : anciens amis, improbables cousins, abonnés ou non, complets inconnus, chrétiens ou non, qui ont peut-être même trouvé le nom « France Catholique » par Google ou les « pages jaunes » et qui, bouleversés par ce qui s’était passé en ce sinistre matin du 26 juillet à Saint-Etienne du Rouvray, voulaient partager avec quelqu’un un mot d’encouragement, un désir de prière, un cri de rage devant l’impuissance des politiques, contre Hollande, contre Obama, etc., un cri d’amour pour la France et/ou pour l’Eglise.
A tous j’ai cru devoir répondre que le père Jacques Hamel avait connu la plus belle mort possible pour un chrétien et qu’il fallait s’en réjouir, qu’on pouvait peut-être même espérer qu’il soit proclamé martyr de la foi, pourquoi pas dès les JMJ en cours ?!!! A certains, j’ai pu faire remarquer quelques coïncidences providentielles avec les fêtes et les lectures de ces jours qui m’avaient marqué ou qu’on m’avait déjà fait remarquer… 1
La teneur de ces messages, qui font chaud au cœur, c’était un « merci d’exister », « merci d’être La France Catholique », l’un de mes correspondants m’a dit : « C’est la France catholique qu’on assassine »…
Cependant, la joie et la fierté de cette reconnaissance — en plein accablement devant les crimes commis et, plus encore en considérant tous ceux que l’on voit venir inexorablement — sont tempérées par notre sentiment d’indignité et par notre faiblesse à tout point de vue… Nous ne somme pas « La » France catholique, qui serait visée par une haine absolue et diabolique, nous ne sommes ici que les héritiers, très inférieurs, aux fondateurs d’un ancien et beau journal qui porte en effet, ce très beau nom que nous sommes les seuls à porter de « France Catholique ».
Cela dit, comme la vie continue, avec son lot de taches à ras de terre, et que nous préparons le bilan annuel de notre société de presse, on voit bien que celui-ci va être mauvais. Pourquoi ? Parce que beaucoup de nos fidèles amis sont morts, très naturellement du fait du grand âge et de la maladie, cette dernière année. Et que bien peu de nouveaux lecteurs sont venus combler les rangs laissés vides. C’est un peu comme dans certaines églises où l’on célèbre la messe du matin comme aimait à le faire, chaque jour, le père Jacques…
Dans ces circonstances, je me donne l’impression de la sagesse et je tente de m’excuser moi-même en répétant qu’on ne nous a pas promis l’éternité sur terre, ni à nous ni aux œuvres que l’on nous a confiées. Cependant, c’est, pour le coup, un grand sentiment d’échec, ressenti chaque jour et chaque année surtout en cette de période, que les chauds compliments et les beaux messages de solidarité, ou les magnifiques échos des JMJ, ne font à vrai dire qu’amplifier, de voir ainsi ce journal devenu une chose si fragile 2, si peu considérée, donnant si peu envie à des catholiques – ou non ! – de s’y abonner en nombre et de faire vivre quelque chose de la France éternelle, donc catholique, par un acte de solidarité un peu plus matériel, un peu plus réaliste parce que c’est nécessaire aussi, du moins je le crois et l’espère.
Je ne veux pas « récupérer » plus le martyre du Père Jacques et du paroissien qui reste entre la vie et la mort. Sans doute cela « ne se fait pas ». Je ne m’y serais d’ailleurs pas risqué sans vos réactions, qui ont toutes pris notre nom de « France catholique » comme premier prétexte. Notre désillusion est si peu de choses par rapport aux grands chambardements actuels, au drame de ce Proche Orient vidé de ses chrétiens. Il y a tant de choses plus importantes à faire que de maintenir en vie ce qui n’est qu’un média. Enfin, vous le savez, pour le moment, nous sommes encore là. A très bientôt.
Frédéric Aimard,
directeur de France Catholique
Pour aller plus loin :
- Psaume : ( Ps 58 (59), 2-3, 4-5ab, 10-11, 17, 18 )
R/
Dieu, mon rempart au temps de la détresse !
.
Délivre-moi de mes ennemis, mon Dieu ;
de mes agresseurs, protège-moi.
Délivre-moi des hommes criminels ;
des meurtriers, sauve-moi.
.
Voici qu’on me prépare une embuscade :
des puissants se jettent sur moi.
Je n’ai commis ni faute, ni péché, ni le mal, Seigneur,
pourtant ils accourent et s’installent.
Auprès de toi, ma forteresse, je veille ;
oui, mon rempart, c’est Dieu !
Le Dieu de mon amour vient à moi :
avec lui je défie mes adversaires.
.
Et moi, je chanterai ta force,
au matin j’acclamerai ton amour.
Tu as été pour moi un rempart,
un refuge au temps de ma détresse.
.
Je te fêterai, toi, ma forteresse :
oui, mon rempart, c’est Dieu,
le Dieu de mon amour.
© AELF, Association Épiscopale Liturgique pour les Pays Francophones
- Ainsi devons-nous suspendre notre parution en août faute d’équipe suffisante. Il y a pourtant une actualité dense qui mériterait que nous puissions rester sur le pont !
