L’histoire fit grand bruit en Champagne : on raconte que des émissaires de saint Bernard, venant réformer le monastère déluré de Boulancourt, dans l’ancien diocèse de Troyes, apprennent qu’à quelques lieues de là, dans une dépendance de l’abbaye, vit un groupe de femmes. Soupçonneux et mécontents, ils s’y rendent en hâte.
Or, à leur grande surprise, ces jeunes filles, sous la houlette d’Émeline, vivent une vie très édifiante. Jeûnant trois jours par semaine, se privant de pain pendant le Carême, portant le cilice et marchant pieds nus, elles prient en toute occasion, sont joyeuses et font l’admiration du voisinage ! Émeline est à leur tête, plus observante qu’elles toutes. Elle meurt en 1078.
Problème : saint Bernard n’était pas né en 1078 ! Il naît en 1091. Ce ne peuvent pas être ses émissaires qui arrivent à Boulancourt à cette période. D’autre part, on parle d’une Émeline et d’une Asceline, qui vivent dans ce monastère au temps de saint Bernard. Or ces bienheureuses sont ses parentes – ce qu’il ne pouvait ignorer en envoyant ses légats ! Et, à l’époque, le monastère de Boulancourt n’est pas décadent. Il a, à sa tête, un saint abbé du nom de Goswin. Cette Émeline-là meurt exactement un siècle après la première, en 1178.
Étymologie
Ce n’est pas une variante d’Émilie. Son étymologie est germanique amal « travail ». On pense à un dérivé d’Amélie qui donne aussi Ameline.
Pensée spirituelle de saint Bernard
« C’est vraiment du miel que tu as trouvé, en trouvant la sagesse. Pourtant n’en mange pas trop pour ne pas la vomir d’écœurement. »
Courte prière de saint Bernard
« Faites-moi, Seigneur, me déprendre des mauvaises habitudes. »