Aux États-Unis, le dynamisme des influenceurs catholiques - France Catholique
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Aux États-Unis, le dynamisme des influenceurs catholiques

À la suite de Mgr Fulton Sheen, les catholiques américains ont investi les nouveaux médias. Le dynamisme des influenceurs catholiques fait écho au nombre grandissant de catéchumènes.
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© Adobe Stock / rarrarorro

Yeux bleu acier, cheveux impeccablement peignés, grand sourire et col romain, le Père Mike Schmitz lance à la caméra : « La prière ignacienne a changé ma vie et je vais vous expliquer pourquoi. » En moins d’une semaine, ce seront plusieurs centaines de milliers d’internautes qui entendront les paroles de l’un des influenceurs catholiques les plus populaires des États-Unis, dont le podcast cumule plusieurs centaines de millions d’écoutes cumulées.

Si le public répond présent, c’est que le catholicisme américain semble avoir le vent en poupe, comme le confirment les chiffres des catéchumènes qui, à l’image de ceux de la France, bondissent depuis plusieurs années : en 2026, le diocèse de Los Angeles a ainsi vu le nombre d’adolescents et jeunes adultes baptisés à la Vigile pascale augmenter de 139 % par rapport à 2025, tandis que Chicago affiche une hausse de 52 %. Les diocèses plus modestes ne sont pas en reste, comme celui de Duluth dans le Minnesota (+ 145 %), Rapid City dans le Dakota du Sud (+ 96 %), ou encore Fort Worth au Texas (+ 70 %).

Parmi les jeunes de la « Gen-Z » – la génération Z, née entre le milieu des années 1990 et le début des années 2010 –, en particulier dans les campus, la foi catholique exerce un attrait particulier, notamment grâce aux influenceurs, selon une enquête menée par le média EWTN en décembre 2025. Dans celle-ci, le Père Bill Clements, ancien directeur des Centres Newman, équivalents des aumôneries catholiques des universités, disait avoir constaté « un déclic » : « Je pense que les gens en ont assez de la folie ambiante. Ils aspirent à trouver une orientation, le vrai, le bon et le beau. »

Terreau favorable

« Contrairement à la France, les États-Unis sont un espace dans lequel les médias religieux se sont développés avec une prolixité extrême, souligne Blandine Chelini-Pont, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Aix-Marseille. Il existe déjà des centaines de radios et chaînes de télévision chrétiennes, aussi bien locales que nationales, très suivies. Le terreau était favorable à l’émergence d’influenceurs catholiques. »

S’inscrivant dans la tradition ouverte par Mgr Fulton Sheen et continuée par la fondatrice d’EWTN, Mother Angelica, les influenceurs catholiques américains font, pour beaucoup, jeu égal avec leurs confrères « profanes » en termes de qualité de production. Si le contenu des influenceurs les plus populaires est moderne sur la forme, le fond n’en reste pas moins classique, fait d’apologétique, de conseils pour alimenter sa vie intérieure, sans jamais s’interdire de se pencher sur les phénomènes de société comme l’intelligence artificielle.

Pour certains, la présence numérique en ligne ne se limite pas aux réseaux sociaux, mais se double de structures de formation. À ce titre, Mgr Robert Barron, évêque de Winona-Rochester – le diocèse de Mgr Fulton Sheen – est une figure en ligne incontournable. Suivi par 680 000 personnes sur Instagram et plus de 3 millions et demi sur YouTube, le prélat a fondé l’organisation Word on Fire, dont l’objectif est « d’annoncer le Christ dans la culture ». Tout à la fois centre de formation en ligne, média catholique et maison d’édition – proposant Bible, liturgie des Heures, livres pour enfants, mais également de philosophie, d’initiation au thomisme –, Word on Fire figure parmi les éditeurs catholiques américains les plus reconnus.

Les organisations catholiques ne sont pas en reste et investissent le continent numérique : constatant le dynamisme autour de la foi catholique au sein de la « Gen-Z », le lobby conservateur CatholicVote a lancé en janvier 2026 la plateforme Zeale, qui propose un condensé de l’actualité vue par le prisme catholique, ainsi que des vidéos et une sélection de podcasts. À l’image de la majorité du contenu proposé par les influenceurs catholiques américains, ces émissions se caractérisent par le grand classicisme des dévotions mises en avant, présentées avec tous les codes visuels modernes : la vie des saints martyrs, les premiers chrétiens et bien sûr la Vierge Marie, dont l’organisation propose de découvrir comment elle « veille sur ce monde depuis les débuts du christianisme ».

Bientôt en France ?

Un tel modèle est-il transposable en France ? Les influenceurs catholiques américains, notamment dans la liberté des discussions qu’ils engagent avec leurs invités, affichent un rapport décomplexé à la religion, où l’on n’hésite pas à parler de sa conversion. Bien loin de la laïcité à la française, critiquée par Léon XIV lors de son discours à l’Élysée le 25 septembre… « Aux États-Unis, le phénomène ‘conversioniste’ est ancien et certains Américains se convertissent plusieurs fois dans leur vie, relève encore Blandine Chelini-Pont. Ce n’est pas mal vu, au contraire : c’est même un gage de sincérité… Mais bien que ce soit une autre mentalité, nous vivons dans un monde globalisé : ce phénomène finira probablement par arriver en France. »

La veille de l’arrivée de Léon XIV à Paris, quelque 2 500 personnes s’étaient réunies à Saint-Sulpice avec des créateurs de contenu catholique. Si l’ampleur de leur présence en ligne n’égale pas celle des influenceurs outre-Atlantique, leur dynamisme participe d’un même mouvement dont la source est sans doute à chercher dans le « signe de renaissance » évoqué par le Pape le 30 septembre, au retour de son voyage apostolique en France.