Au Sud-Liban, 100 jours de guerre - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Au Sud-Liban, 100 jours de guerre

Le 10 juin marque les 100 jours de la guerre au Liban. Malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 17 avril, la guerre ne s'est jamais vraiment arrêtée au Liban.
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Frappe israélienne à Marjayoun, Sud-Liban. © Adobe Stock / MdMimYouled

Le père Marios Khairallah est curé de Tibnine, tout au sud du Liban. Aujourd’hui, tous ses paroissiens ont quitté la ville, après que celle-ci ait été bombardé à plusieurs reprises. Et si l’église Saint-Georges n’a que, pour le moment, des dégâts superficiels, l’hôpital de la ville, lui a été bombardé. Plusieurs quartiers ont également pris les bombes. Il y a quelques mois, avec le père Marios, nous nous sommes rendus à Yaroun. Ce village mixte, à la fois chiite et chrétien, est situé à quelques centaines de mètres de la frontière israélienne. Il était déjà largement détruit par la précédente guerre. Aujourd’hui, plus personne ne peut aller à Yaroun… Le village fait partie de cette zone « jaune », cette fameuse zone tampon, décrétée par Israël. Une bande de terre, au Liban, vide de tout, dont les habitations ont été détruites au bulldozer, pour éloigner les roquettes du Hezbollah du nord d’Israël.

Le quartier chrétien désormais visé

Avec le père Marios, toujours, nous avions visité un autre ami de SOS Chrétiens d’Orient, Mgr Georges Iskandar, archevêque grec melkite catholique de Tyr. Depuis le début de la guerre, il fait des aller-retours à Beyrouth et malgré les bombes, malgré les drones, il revient dans son archevêché, pour entourer et encourager les 250 familles de sa communauté qui sont restés dans cette grande ville portuaire, que l’armée israélienne a demandé d’évacuer. Le 16 avril dernier, à quelques minutes de l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu, l’aviation israélienne a effectué un raid sur Tyr. Bilan : une trentaine de morts, une trentaine de blessés, et tout un groupe d’immeubles détruit. Le 9 juin, l’armée israélienne demandait l’évacuation de Tyr et de ses 40 000 habitants, sans compter les déplacés. Le quartier chrétien, épargné jusqu’alors, est désormais visé ! Sur les réseaux sociaux, Mgr Iskandar a annoncé, ce 9 juin, rester par les siens. Il écrit : « Notre présence auprès du peuple n’est pas un choix basé sur les circonstances, mais bien une partie intégrale de notre mission et de notre devoir national, humanitaire et spirituel. Nous partageons avec notre peuple ses joies, mais aussi ses angoisses, ses souffrances et ses espoirs. Nous n’abandonnerons pas cette ville, bénie par Jésus-Christ qui a foulé sa terre. »

« Nous n’aimons pas la guerre »

Combien sont-ils les chrétiens du Sud-Liban à être restés dans leurs villages ? Combien sont-ils à avoir fait le choix – quand ils le pouvaient – de rester dans leur maison, autour de leur pasteur ? Difficile de le savoir, tant les communications sont difficiles et les déplacements dangereux. La semaine dernière, un père de famille, dentiste de son état, revenait de Beyrouth. Il était avec ses enfants et rentrait dans son village de Qlayaa, un village chrétien, dont le pasteur, le Père Pierre Raï, a été tué lors des premiers jours de la guerre. Un drone israélien a visé la voiture à ce père de famille, ne laissant aucune chance à ses occupants pacifiques. On peut donc désormais ajouter les noms de James-George, Théodosia et Tony Karam à la longue liste des victimes de ce conflit. Les chrétiens du Sud-Liban payent un lourd tribut à cette guerre dont ils ne voulaient pas ! Il y a quelques semaines, alors que nos volontaires accueillaient des déplacés dans un monastère, l’un d’entre eux, un père de famille, lui aussi originaire du Sud-Liban, leur confiait son souhait le plus cher : rentrer chez lui et vivre en paix. « Nous n’aimons pas la guerre. Nous sommes des gens pacifiques », insistait-il comme, si nous avions des doutes à ce sujet.

Le Christ y prêcha

Et pourtant ô combien est importante, cette présence chrétienne au Sud-Liban. Ne s’agit-il pas d’une terre chrétienne… depuis le Christ, quand Il prêchait à Tyr et à Sidon ? Voilà pourquoi que la guerre se poursuive ou non, que les bombardements cessent enfin, ou non, nous serons toujours aux côtés de l’Eglise souffrante du Sud-Liban. Voilà pourquoi, nous serons aux côtés des familles, des paroisses et des écoles, qui maintiennent et transmettent la présence chrétienne sur cette terre sainte. Il y a quelques jours, de nouveaux pourparlers ont réuni Libanais et Israéliens à Washington. A l’issue des discussions, un cessez-le-feu devait être prononcé. Il l’a bien été. Mais aucune des deux parties n’a fait taire les armes. En attendant, dans le sud, les Libanais souffrent.