Au cœur de la cathédrale de Beauvais, en pleine restauration - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Au cœur de la cathédrale de Beauvais, en pleine restauration

Le 25 septembre, Léon XIV a rappelé qu’une cathédrale n’est pas une simple « enveloppe de pierre à admirer » mais « vit du mystère sacré qui y est célébré ». Alors qu’elle vient de fêter ses 800 ans, la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, avec son chœur gothique le plus haut du monde, est en pleine restauration. France Catholique vous emmène visiter ce chantier hors norme.
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© Paul Dutot

Il est 11 heures, la visite commence. Une dizaine de personnes s’installent dans l’ascenseur de travaux qui monte, cahin-caha, le long des échafaudages de la façade est de la cathédrale. À son bord, Alice Capron Valat, architecte du patrimoine et maître d’œuvre de la restauration, accompagnée d’une dizaine de membres de l’association Beauvais Cathédrale, qui gère le fonctionnement du bâtiment. Direction la charpente et le toit, en pleine restauration.

« Après la dépose de la couverture en plomb du toit, les combles ont été entièrement découverts. Aujourd’hui, l’équipe de charpentiers est en train de s’installer », explique la spécialiste, qui coordonne les travaux. Les visiteurs sont saisis d’admiration en découvrant, au-dessus de leurs têtes, à portée de main, l’immense et fascinante structure de bois, vieille de 800 ans, qui présente un entrelacs de poutres gigantesques. Ici, tout est démesuré. Beauvais n’est pas une cathédrale comme les autres. Elle abrite le plus haut chœur gothique du monde : 48,5 m de haut ! Notre-Dame de Paris en mesure 12 de moins. Autre particularité de cette vieille dame fatiguée : sa nef n’a jamais été achevée.

La fièvre des hauteurs

En 1225, lorsque le chantier de construction d’une nouvelle cathédrale gothique est lancé, les bâtisseurs ont voulu construire un chœur qui dépasse celui des autres cathédrales. Achevé en 1260, celui-ci s’effondre en partie dès 1284… La reconstruction, aussitôt lancée, est achevée en 1347. Mais la guerre de Cent Ans et la Grande Peste arrêtent net le chantier, qui ne reprendra qu’au XVIe siècle. Après l’immense transept, au lieu de poursuivre par la construction de la nef, les bâtisseurs sont repris par la fièvre des hauteurs et élèvent une tour-lanterne surmontée d’une flèche de 150 mètres ! Vertige absolu… Mais là encore, sous le poids de la pierre, la flèche s’effondre vite. « Ils savaient qu’ils flirtaient avec l’impossible. Je trouve que leur audace à bâtir des monuments qui dépassent la logique est magnifique ! », s’enthousiasme Alice Capron Valat. Heureuse conséquence de cet échec : la cathédrale carolingienne, du Xe siècle, n’a pas été rasée, comme c’est habituellement le cas ailleurs : Notre-Dame-de-la-Basse-Œuvre – c’est son nom – est toujours visible, toute petite, au pied de l’actuelle cathédrale.

Étape par étape, l’architecte en chef explique tous les détails du travail en cours. « Depuis la dépose de la toiture en plomb, le gros problème de cette partie du chantier est la pollution. » Pour passer d’une partie à l’autre, les visiteurs doivent plonger les pieds dans des bassins d’eau pour éviter la propagation du plomb. Devant la partie basse d’une poutre située à la jonction de deux pans de toiture, l’architecte des monuments historiques montre le bois pourri par l’humidité, en raison d’un défaut d’étanchéité. « Tout bouge, c’est mort. Nous ne savons pas encore si nous allons faire une greffe sur le bout de bois pourri ou changer toute la poutre. L’authenticité de la conservation nous pousse à restaurer en faisant des greffes pour garder le plus possible des bois d’origine. Mais ce n’est pas simple. »

De telles questions techniques se posent à chaque instant d’un tel chantier. « L’architecte ne doit pas être intimidé : il doit apporter une réponse à tous les problèmes ! » Malgré les immenses complexités, travailler sur une cathédrale, pour un architecte du patrimoine, « c’est le saint des saints : il n’y a pas de chantier plus extraordinaire ! » Parmi ces édifices religieux gothiques, certains ont « une aura particulière, en raison de l’émotion qu’ils dégagent, comme Beauvais avec ce chœur gothique exceptionnel… », confie Alice Capron Valat, qui travaille en parallèle sur les chantiers de Reims et de Châlons-en-Champagne.

Garder l’authenticité du monument

Un peu plus loin, le groupe s’arrête devant un moignon de gargouille. « On ne pensait pas qu’elle était si abîmée. Cela fait partie des nombreuses surprises du chantier. » De nouveau, la question du geste à poser se présente. « Nous n’avons pas le modèle de cette gargouille, donc nous allons en recréer une à partir du style de la cathédrale. La restauration d’un monument historique fonctionne toujours de la même manière : conserver de manière optimale, pour garder l’authenticité du monument. Mais il y a forcément une part de création. » Et d’imprévu. « Nous ne savons pas tout ce que nous allons découvrir au fur et à mesure comme problématiques. Nous faisons une simulation de budget au départ – ici autour de 10 millions d’euros – qui, par la force des choses, augmente toujours un peu à la fin… »

Au bout de la charpente, l’architecte désigne le pignon en brique sur lequel elle est accrochée. Lui aussi a besoin d’être rapidement restauré. « Nous sommes les docteurs des cathédrales. Nous parlons de pathologies, de maladies de la pierre, de greffes, de traitements… Ce n’est pas rien de savoir qu’une cathédrale compte sur moi ! »

Autre partie cruciale de ce chantier hors norme : l’installation d’un système anti-incendie exceptionnel pour les édifices de très grande hauteur, où les lances à incendie ne peuvent atteindre le toit. « C’est un projet dont nous parlons depuis sept ans et qui a inspiré le système mis en place dans la cathédrale de Paris », explique la maître d’œuvre. L’édifice sera équipé d’un brouillard d’eau et d’un plancher coupe-feu, recouvert d’une surface plastifiée pour récupérer l’eau, afin qu’elle ne s’infiltre pas dans le bois.

Après la charpente, direction le faîte du toit. Le groupe emprunte un escalier – plutôt une échelle ! – au-dessus du vide. Âmes sensibles au vertige s’abstenir… En haut, la vue extérieure est éblouissante. À l’intérieur aussi : la charpente est désormais embrassée d’en haut et les cloches se trouvent à portée de main. « Elles vont être nettoyées, restaurées et révisées. Certaines poutres du beffroi devront être changées, entièrement ou partiellement », explique l’architecte.

Tous les corps de métier réunis

En tant que maître d’œuvre, Alice Capron est le chef d’orchestre de tous les corps de métier qui œuvrent sur le chantier : restaurateurs de sculptures, de vitraux, de décors peints, maçons, électriciens, charpentiers-couvreurs, horloger, décorateurs, campanistes (artisans spécialistes des cloches)… « C’est le conservateur qui donne les orientations de la restauration et les architectes les exécutent, en expliquant comment faire les choses. »

À Beauvais, la fin des travaux n’est pas encore en vue. Ils se poursuivent doucement, en espérant que l’argent continue d’arriver. En effet, outre la prouesse technique, restaurer de tels bâtiments représente un défi de plus en plus un immense. « Ces chantiers sont un peu du bricolage car il y a très peu d’argent, les caisses de l’État sont vides… Il va falloir s’ouvrir à la philosophie du mécénat privé sur ces grands chantiers, sinon nous ne pourrons plus restaurer », s’inquiète la jeune femme.

À la fin de la visite, l’architecte se confie sur l’esprit de son métier. « Je ne suis pas une bâtisseuse : je suis une restauratrice. Je me mets dans les pas de mes prédécesseurs, les bâtisseurs. Je dois être la plus discrète et la plus invisible possible, pour redonner son éclat d’origine à la cathédrale. La star, c’est elle, pas nous ! Je suis uniquement là pour le rendre pérenne afin que les générations suivantes puissent admirer ces splendeurs. Nous sommes des passeurs entre les bâtisseurs et les prochaines générations… »