Artemis 2 : objectif Lune - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Artemis 2 : objectif Lune

Avec la mission lunaire habitée Artemis 2, les Américains ont repris le fil d’une aventure spatiale prodigieuse, interrompue voici plus de 50 ans. Derrière la prouesse technologique se dessinent des enjeux symboliques et philosophiques majeurs.
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Lancement de la mission Artemis II.

Jeudi 2 avril à 00 h 35 – heure de Paris – la fusée SLS (Space Launch System) a décollé du centre spatial Kennedy en Floride. Au sommet de ce lanceur immense, haut de 98 mètres, se situe le vaisseau Orion doté d’un minuscule habitacle de 9 mètres carrés où s’est logé un équipage de quatre personnes. À l’heure où ces lignes étaient écrites [le 2 avril], Orion s’était séparé sans difficulté du SLS, entamant une immense odyssée qui devait l’amener le 6 avril à survoler la face cachée de la Lune, 54 ans après la fin du programme Apollo.

Le cas échéant, les trois hommes et la femme qui composent l’équipage – Reid Wiseman, Victor Glover, Jeremy Hansen et Christina Koch – seront devenus les êtres humains qui se seront le plus éloignés de la Terre au cours de l’histoire, repoussant ainsi la « Nouvelle Frontière » définie par le président Kennedy en juillet 1960. En renvoyant des hommes autour de l’astre sélène – sans s’y poser –, les États-Unis visent une victoire symbolique en s’imposant de nouveau comme les pionniers incontestables de l’espace, damant le pion aux Chinois, en attendant peut-être une implantation durable sur le sol lunaire puis martien au cours des toutes prochaines décennies. Précision intéressante : l’indispensable module de service d’Orion – qui gère l’énergie, l’oxygène et l’eau du module – est de conception européenne, ce qui nuance (un peu) l’hégémonie technologique de la NASA dans ce projet.

Comme aux temps reaganiens de la « guerre des Étoiles » – l’Initiative de défense stratégique (IDS) dans le vocabulaire officiel –, cette relance des vols habités vers l’inconnu spatial vise peut-être à épuiser les concurrents dans une course technologique incessante, alors que les États-Unis voient leur leadership terrestre se fendiller en de multiples endroits. On ne saurait exclure non plus que ce programme, soutenu avec vigueur par Donald Trump, résulte aussi des visions transhumanistes poussées par des figures aussi influentes qu’Elon Musk, persuadé que l’obsolescence annoncée de la planète bleue et de ses habitants justifie la conquête de nouveaux espaces par des individus « augmentés ». Comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort.

Une vision qui pose des questions essentielles

Cette vision prométhéenne, presque démiurgique, pose des questions métaphysiques essentielles, à commencer par celle de la place de l’homme dans l’univers, seul face aux « silences éternels de ces espaces infinis » qui effrayaient tant Blaise Pascal. « Les fusées symbolisent la condition humaine, qui est de se trouver seule face au vide sidéral, sans réponse sur sa destinée, avec pour seul recours la puissance verticale de l’arrachement vers le ciel. Elles rappellent les flèches de cathédrales gothiques du XIIIe siècle, qui magnifient la grandeur divine autant qu’elles la défient. La fusée nous invite à regarder de nouveau vers le ciel que l’on avait oublié », écrit la philosophe Catherine Van Offelen dans Le Figaro (01/04).

Alors certes, les missions spatiales habitées posent de très légitimes questions sur leur justification scientifique, sur leurs coûts démesurés, sur leur impact environnemental. Il n’en demeure pas moins qu’elles sont un reflet incomparable du génie conféré à l’homme par le Créateur, et qu’elles témoignent aussi, peut-être, d’une nostalgie du Ciel inscrite au fond des âmes. Deux raisons qui justifient sans doute la poursuite de cette aventure qui semble parfois s’affranchir de la rationalité.