Algérie : et si saint Augustin avait la solution ? - France Catholique
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Algérie : et si saint Augustin avait la solution ?

La pensée de saint Augustin est nécessaire pour sortir l’Algérie de la crise qu’elle traverse, selon le journaliste algérien Nabil Ziani.
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© Fred de Noyelle / Godong

Pendant le soulèvement du Hirak en 2019 [mouvement de protestation contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel, NDLR], la population algérienne cherchait une porte de sortie à la crise qu’elle traversait. Les millions de manifestants hebdomadaires savaient ce qu’ils ne voulaient plus, mais peinaient à définir un avenir commun et à tracer un chemin vers une vie décente et construire un projet garantissant une certaine prospérité.

Dans un article du quotidien La Cité de mars 2019, je posais cette question : « Et si saint Augustin avait la solution ? » Je me demandais si la pensée augustinienne pouvait servir de base de réflexion aux pouvoirs publics et aux intellectuels pour dessiner les contours d’une sortie de crise. L’arrivée de Bouteflika en 1999 avait bien commencé par l’organisation d’une grande conférence internationale sur « Augustin l’Africain ». Si, par saint Augustin, Bouteflika avait fait accepter son projet de Concorde civile [un projet d’amnistie, NDLR] après une décennie de guerre fratricide, serait-il possible que ce Père de l’Église puisse servir à trouver une solution à la crise ?

Jusqu’alors, peu d’Algériens connaissaient le fils de Thagaste. Ils ignoraient que leur terre avait donné naissance à un géant de la pensée, sans que personne dans le pays n’en parle. Ni dans les manuels scolaires, ni dans les cours universitaires, ni dans les journaux. Aucune école ne portait son nom et aucun édifice ou place publics ne rappelait le personnage. Puisqu’Augustin était chrétien, il devait donc être Romain, un Roumi, sans intérêt pour un pays musulman empêtré dans des crises à répétition, sans porte ni fenêtre de sortie.

Les descendants d’Aurelius Augustinus ont besoin de connaître Augustin et sa pensée, et en quoi elle pourrait servir pour définir un projet de société unissant tous les citoyens, ainsi que tous ceux qui aiment cette terre, son histoire et sa culture.

Patrimoine spirituel

Si le Maghreb ne se réapproprie pas son patrimoine spirituel constitué des Pères de l’Église (Minucius Félix, Tertullien, Cyprien de Carthage, Victorinus et Augustin d’Hippone), des écrivains de l’Antiquité (Apulée de Madaure, Julius Africanus, Fronton, Nonius Marcellus…), des philosophes, poètes et artistes (Corippus, Térence…) ayant irrigué le bassin méditerranéen à l’époque, puis une large partie du monde civilisé par la suite, il ne trouvera aucune planche de salut dans des pensées obscurantistes et violentes, tout juste capables d’ensanglanter le monde.

Parmi ces illustres personnages, trois ont été aux premières loges dans l’histoire de l’Église. Ils ont été évêques de Rome – c’est-à-dire Papes. Il s’agit de Victor Ier, Miltiade et Gélase Ier. Tous issus de l’Afrique du Nord. Le pape Gélase, en Berbère Aghilas qui veut dire « le lionceau », est célébré chaque année par la jeunesse, l’institution de la Saint-Valentin lui ayant été attribuée. Un de leurs descendants spirituels, Léon XIV, s’apprête justement à visiter l’Algérie et rendre un hommage à son père spirituel, saint Augustin.

Sur les réseaux sociaux, cette visite suscite beaucoup de commentaires, de questionnements et de critiques. L’Algérie traverse une crise morale et spirituelle que personne n’a su surmonter. Le socialisme, l’islamisme, le libéralisme, et le nationalisme ont tous échoué. Léon XIV réussira-t-il une percée dans l’état d’esprit de ce pays ? Pourra-t-il ouvrir une fenêtre dans sa pensée, et réussira-t-il à convaincre les autorités à lâcher du lest et cesser de persécuter les intellectuels, les artistes et les opposants pour redonner espoir à la jeunesse qui n’entrevoit de solution que dans l’aventure dite de la Harga, c’est-à-dire la traversée clandestine de la Méditerranée au risque de leur vie ?

Saint Augustin a vécu le sac de Rome en 410 où il a vu l’Empire s’effondrer sous les coups des barbares venus du nord de l’Europe. Cela l’avait poussé à publier un livre monumental, La Cité de Dieu. Sans doute Léon XIV voudrait-il apporter un goût de la Cité céleste dans ses bagages pour ranimer celui, plus modeste, d’Alger et d’Hippone, en se rappelant qu’Augustin appelait sa patrie terrestre le « jardin des délices pour le monde entier » (Lettre 228, correspondance pastorale avec l’évêque Honoratus).

Il avait vécu à Thagaste, sa ville natale devenue Souk-Ahras, « le marché aux lions ». Puis, la ville où il a fait ses études, Madaure, actuellement M’Daourech, avant de terminer à Carthage, dans l’actuelle Tunisie. Après une période en Italie où il est devenu chrétien, il retourna en Algérie pour terminer sa vie comme évêque d’Hippone, Annaba. C’est toute cette région qui était le jardin des délices pour le jeune Aurelius.

« Le Maître de l’Occident »

Aurelius était son nom en latin. Il vient du berbère Awragh (Aureg, en français). Awragh veut dire « le blond ». Loin des clichés de l’iconographie occidentale, Augustin n’était ni noir, ni même basané. Il était juste méditerranéen, avec un cœur couvrant tout le spectre lumineux concentré dans la luminosité de son esprit. Le fils de Thagaste était auguste. Il était également une lumière. Cette lumière a éclairé l’Occident et a permis le développement de la civilisation mondiale. L’historien français Lucien Jerphanion l’appelait « le Maître de l’Occident ».

Il existe des communautés augustiniennes partout dans le monde. Sauf dans son pays. Il y a près de 500 publications le concernant chaque année dans le monde, dans toutes les langues. Mais, rarement en arabe et certainement pas en tamazight, la langue de son peuple berbère.

Ce qui est attendu de cette initiative papale n’est pas une simple visite touristique ou protocolaire. Les chrétiens d’Algérie et la jeunesse de ce pays attendent avec beaucoup d’espoir la démonstration publique que Léon est un digne descendant spirituel d’Augustin dont il se réclame.