C’est une première en France : une quarantaine de chefs-d’œuvre de maîtres espagnols des XVIe et XVIIe siècles sont exposés au grand public. Le Greco, Diego Velázquez, Francisco de Zurbarán, Bartolomé Murillo… Une rare concentration plongeant le visiteur au cœur d’une période d’effervescence artistique sans précédent en Europe. Pour ce savoureux dialogue entre les figures majeures de la peinture baroque hispanique, le musée Jacquemart-André a puisé dans la manne de la Hispanic Society of America. Fondée en 1904 par le mécène américain Archer Milton Huntington, elle est l’une des principales et des plus anciennes institutions consacrées à la diffusion de l’art hispanique et lusophone.
Au temps de la Contre-Réforme
En 1492, la prise de Grenade marque la fin de la Reconquista, et l’unification politique et religieuse de l’Espagne. Alors que l’État peine à retrouver sa stabilité, l’Église assure la continuité de l’art. Les cours royales s’offrent les plus grands noms artistiques de l’époque. La Contre-Réforme prend peu à peu le pied sur l’hérésie protestante, et le renouveau de la peinture espagnole se nourrit d’artistes venus d’Italie, des Flandres, et même des colonies d’Amérique du Sud. Ils insufflent spiritualité et innovations à leurs œuvres.
Dès lors, les sujets religieux sont prédominants. Alors que les rois catholiques affirment leur pouvoir, le portrait de cour émerge. Le baroque se reconnaît par son goût prononcé pour l’exaltation des formes, son ton dramatique et méditatif, ainsi que sa spiritualité profonde. En même temps se développe une peinture plus intimiste, où scènes de genre et natures mortes sont propices à la prière personnelle.
Les inspirations vénitiennes du Greco
Ainsi, l’œuvre du Greco (1541-1614), dont l’exposition reprend un rare dessin et cinq peintures, dont La Pietà, réalisée vers 1580, s’associe aisément à l’Espagne religieuse, mystique et seigneuriale. Ses corps démesurément allongés, ses visages ascétiques et ses étonnantes harmonies métalliques traduisent ses inspirations vénitiennes : formé à l’école du Titien et du Tintoret, le peintre au style singulier préfère la couleur au dessin, les scènes mouvementées aux impressions figées.
Maître des scènes religieuses contemplatives, Zurbarán (1598-1664) représente les deux martyres sainte Émérentienne et sainte Lucie somptueusement vêtues, riches de leurs vertus. « Peintre des moines », il travaillait à l’ombre des monastères, emplissant ses œuvres de méditation.
Avec son « style de cour », ses portraits de militaires et de rois, dont celui de la reine Isabelle de Bourbon, présenté dans l’exposition, tout comme ses scènes de genre, Velázquez (1599-1660) dépeint toute une civilisation. Son Portrait de jeune fille est le clou du spectacle. D’un réalisme saisissant, cette œuvre, réalisée entre 1638 et 1642, est l’un de ses rares portraits d’enfants ne représentant pas un membre de la famille royale.
Quant à Murillo (1617-1682), peintre d’une Vierge à l’Enfant, il est l’artiste de la lumière, et le virtuose de la couleur dans ses chauds éclats. Trois salles de l’exposition sont dédiées aux Amériques, où circulèrent artistes, œuvres et techniques, mêlant influences européennes et inspirations locales. Des cultures très peu connues en France.
Splendeurs du baroque, de Greco à Velázquez
Jusqu’au 2 août 2026, musée Jacquemart-André, 75008 Paris
