Wikileaks (suite)

par Gérard Leclerc

vendredi 3 décembre 2010

La condamnation que je formulais hier à propos de l’« exploit » de Wikileaks ne semble pas faire l’unanimité, si j’en juge par quelques réactions d’auditeurs et d’internautes et par les débats contradictoires qui opposent les journalistes entre eux.

Comment pouvez-vous vous opposer, me dit-on, à une entreprise qui ne vise qu’à mettre les choses au grand jour ? Les soucis de la vérité ne doit-il pas prévaloir par rapport à toutes les précautions ? Et on va même plus loin en alléguant les principes de l’Évangile qui s’opposent à la dissimulation et au mensonge. Il m’est impossible d’entrer dans tout un exposé sur la Vérité dans l’Évangile. Mais attention de ne pas sombrer dans un fondamentalisme qui empêcherait toute forme de discernement. Il y a des vérités à proclamer parce qu’elles font vivre, des mensonges à dénoncer parce qu’ils sont mortels. Mais il est arrivé à Jésus de se taire en certaines circonstances, parce qu’il valait mieux renvoyer les interlocuteurs à leur conscience personnelle. Ainsi comprenaient-ils qu’ils étaient pêcheurs beaucoup mieux que si leurs forfaits leur avaient été envoyés à la figure.

En ce qui concerne le journalisme, il existe aussi des règles de discernement qui obligent parfois, et même souvent, à la discrétion. J’ai pu apprendre à certains moments de ma vie professionnelle des choses que j’ai gardées pour moi, parce que je ne voulais pas nuire à mon prochain. Il y a une prudence en matière historique et diplomatique qui exige qu’on laisse le temps au temps. Ou alors, il faut supprimer la diplomatie, fermer le quai d’Orsay et la secrétairerie d’État à Washington. Quant à la bonne information, elle ne passe pas nécessairement par des nouvelles tapageuses. Elle consiste à éclairer le jugement de ses interlocuteurs afin qu’ils comprennent mieux la marche du monde.

Chronique lue le 2 décembre sur Radio Notre-Dame

Messages

  • Je m’associe à ceux quivous critiquent.
    En effet , les états d’occident, et principalement les USA , mènent une oppression terrible contre les peuples qu’ils entendent asservir.Il suffit de regarder , si vous pouvez le faire sans complaisance ,ce qu’ils ont fait en amérique latine dans les années 70 , ailleurs dans le monde et maintenant en Europe par l’intermédiaire d’une Comission aux ordres.
    Publier une partie des informations que se communiquent les gens initiés et ligués contre la liberté des peuples est une très bonne chose pour la démocratie et la survie de leur liberté.
    Si vous aimez le peuple j’espère que vous me lirez avec un esprit critique et j’espère , au moins compatissant.Sinon tant pis pour vous .

  • parfaitement d’accord avec vous.

  • message de ’Jean-Claude’:c5b16
    tout en restant en parfaite fraternité avec vous, je dois dire que je suis trés choqué par certains termes et expressions de votre message qui montre un manque total de discernement et d’information réelle. Et je dois dire que je suis en total accord avec Gérard Leclerc.
    Il est toujours beaucoup plus facile de nuire
    au monde libre ; on prend beaucoup moins de risque !

  • Tout à fait d’accord avec Gérard Leclerc sur ce point.

  • Le problème avec toutes les deux interventions de Gérard Leclerc est qu’elles nous laissent à notre faim de la vérité.

    Car le scandale des publications récentes sur le site de Wikileaks est beaucoup plus symptomatique, profond, et nuisible que ne le suggère Gérard Leclerc

    En effet, les guerres anti-terroristes déclenchées par les Etats Unis unilatéralement (avec l’Europe les approuvant et les joignant seulement après le fait, pour d’abord sauver l’illusion de l’unité de l’Occident et pour ensuite faire face à la monté du terrorisme intérieur), sont caractérisées par un niveau de précipitation qui est injustifiable, inacceptable et périlleux pour les EUs même.

    Les guerres mal préparées, mal exécutées et, malgré toutes les proclamations de la "victoire tout proche" par les deux présidents américains, Bush et Obama, apparemment interminables. Les guerres dévastatrices pour les populations de pays d’Orient concernés, mais aussi pour le moral et pour les finances américaines.

    En quelque sort, le scandale de Wikileaks est une caricature, à la fois monstrueuse et fidèle, du scandale d’une superpuissance qui ne contrôle plus vraiment ni ce qu’elle fait, ni ce qu’elle dit, ni ce qu’elle est.

    Ainsi, les personnalités — au moins qu’on peur dire : troublées — de jeune Bradley Manning, qui a volé les secrets du Pentagone, et de Julian Assange, qui a assuré leurs publications, ne sont que des images miroitées des soldats américains qui torturent des prisonniers ou qui tuent des civiles iraqiens dans leurs jeux de guerre.

  • Je partage totalement l’avis de Gerard Leclerc. Wikileaks s’attaque lachement au nom de la liberté, exclusivement aux pays libres pratiquant une liberté d’expression.

  • Un autre aspect grave des révélations Wikileaks concerne la compétence de la politique américaine qui gère et qui définit aujourd’hui, souvent tout seule, la vision occidentale de plusieurs états peut démocratiques dont l’impact sur le présent et l’avenir de l’Europe est d’une grande importance.

    Ainsi, beaucoup des commentateurs objectifs arabes sont choqués de découvrir que l’Arabie Saoudite reste la ressource principale du financement clandestin de l’Al-Qaeda — et comme nous le savons en France, l’inspiration principale de l’Islam à la fois savant et fanatique. Et que tous les pays riches du Golf, très peu préoccupés par des problèmes de la misère des populations arabes, cherchaient activement à persuader les EUs d’attaquer Iran.

    Encore plus grave, les EUs aide le pouvoir russe de cacher aujourd’hui ses crimes contre son propre peuple, pour simplifier leurs manipulations stratégiques dans la région, les manipulations mal informées, souvent maladroites et pleinement stupides.

    Ce serait une grave erreur de notre part de mélanger nos soucis légitimes pour savoir LA VÉRITÉ sur des agissements de pouvoirs publics dans le monde, le pouvoir américain inclus, avec les soucis de diplomaties mondiales, aussi légitimes, de préserver leurs échanges de révélations du type Wikileaks.
    Il est évident que c’est justement des mélanges pareils de la part du pouvoir américain (comme, par exemple, la justification de la deuxième guerre en Iraq par des armes nucléaires et chimiques de Saddam qui on n’a jamais trouvé — le regret de Bush aujourd’hui) qui ont largement "mutilé" les efforts militaires des EUs et qui ont créé l’instabilité la plus large et terrifiante dans toute l’histoire moderne dans l’Orient.

    Voir en ligne : Below Surface, U.S. Has Dim View of Putin and Russia

  • Entre nous, Theodore Jean-Claude, vous y croyez sérieusement, vous à Wikileaks dernier rempart de la démocratie occidentale ?

    Pour ce qui est du rôle néfaste des USA en Amérique latine ou ailleurs, ça fait bien longtemps qu’on en connaît tous les détails. Pas besoin de révélations wikileakiennes pour le savoir ou alors ça concerne les enfants nés au courant de la décennie écoulée qui eux ne lisaient pas la presse en dehors de Mickey Magazine et de Pif le chien.

    Par ailleurs, cette profusion colossale d’informations qui soudainement arrive, qui, parmi les internautes, va être capable de la trier avec le discernement nécessaire, capable d’en faire une analyse critique objective ?

    Il faudrait peut-être sortir enfin de cette posture de croyant crédule qui, pour la seule raison que ça vient du ouaibe, gobe pour argent comptant n’importe quelle information.

    Je ne dis pas qu’Internet n’est que mensonge mais il est très loin de n’être que vérité objective. Les manipulations et caviardages d’information ont été légion (certains services tels le KGB en ont usé et abusé... la CIA n’étant pas en reste non plus). Il faut donc toujours conserver une distance prudente à l’égard des informations sensationnelles, ou présentées comme telles, qui tombent du ciel.

    Néanmoins, et je suis parfaitement en accord avec Gérard Leclerc, la mise au vu et au su de tout le monde de certains types d’informations concernant des actions diplomatiques non achevées peut se révéler bien plus nuisible qu’utile.

    Seuls les imbéciles n’ont aucune retenue verbale (qu’on aille faire un tour dans le livre des Proverbes, il y a là quelques sentences édifiantes sur les comportements nauséeux de bien de nos contemporains). Croire que l’on peut "tout dire" est d’un infantilisme confondant - hélas très répandu aujourd’hui - et s’assimile plus à la non maîtrise de ses sphincters buccaux ou sourisso-claviétiques qu’à une hardiesses communicatoire digne d’éloges.

  • Sans compter que "Mickey" et "Pif le chien" ne sont pas dénués de fond politique assez clair et que les éditions de Mickey en Amérique du Sud au moment des dictatures militaires étaient même beaucoup plus engagées au service du capitalisme que ce que nous avons pu connaître dans les versions françaises !

    Edouard

  • La question "pour ou contre" le phénomène Wikileaks et ses dernières révélations, parfaitement étudiée par Gérard Leclerc et par beaucoup des autres, et répondue à façon absolument convaincant par "contre", ne peut que camoufler le questionnement beaucoup plus inquiétant :

    Comment les EUs ont devenus aussi vulnérables aux agissements de quelques individus fripouilles dont les statuts officiels et l’importance publique ne sont que négligeables ?

    La réponse est que les aventures militaires et des actions géopolitiques des EUs sont guidées par des concepts musclés du début du dernier siècle et sont privées d’une véritable connaissance — à la fois de la réalité militaire, certe informatisée, mais plus en plus cruelle pour sa propre armée surchargée et des peuples dont "le bonheur démocratique" ils cherchent à établir par la force.

    Le mot russe dit : "Sila est uma ne nado" — "Avec la force, on ne pas besoin d’intelligence".

    En effet, le seul domaine où les efforts nationaux américains sont caractérisés par un vrai succès, c’est la machinerie de tuer : par des drones, par des lasers, bientôt par des robots.

    Par contre, toute intelligence des relations humaines les commence à manquer, comme le montre d’un côté leur échecs cuisants avec des "talibans qui cherchent la paix" ou avec "les informateurs jordaniens" qui ne cherchent que tuer le plus grand nombre des agents CIA, et d’un autre côté, la profilération des fripouilles dans leur armée, politique et business.

  • Seuls les imbéciles n’ont aucune retenue verbale (qu’on aille faire un tour dans le livre des Proverbes, il y a là quelques sentences édifiantes sur les comportements nauséeux de bien de nos contemporains). Croire que l’on peut "tout dire" est d’un infantilisme confondant - hélas très répandu aujourd’hui - et s’assimile plus à la non maîtrise de ses sphincters buccaux ou sourisso-claviétiques qu’à une hardiesses communicatoire digne d’éloges.

    je partage complètement cette analyse . Des news susceptiblesd’être jetées sans contrôle en pâture ne me paraît pas du tout un gage de crédibilité

  • Permettez-moi de vous interrompre par un sourire américain — qui va dans le sens de mes commentaires, bien sûr.

    Voir en ligne : Wikileaks

  • En tout cas le fondateur de Wikileaks n’a manifestement violé personne, ou alors les mots n’ont plus aucun sens. Ce naïf semble au contraire avoir été "violé" par ces deux charmantes jeunes femmes qui l’ont mis dans la situation de se retrouver en prison et peut-être extradé vers les Etats-Unis... Etaient-elles en service commandé comme dans un vieux James Bond ?

    Charles

  • COMMUNIQUE DE LA SALLE-DE-PRESSE

    CITE DU VATICAN, 11 DEC 2010 (VIS). "Sans parler de l’extrême gravité de la divulgation de documents diplomatiques confidentiels, ni de ses conséquences, La Salle-de-Presse du Saint-Siège note que qu’une partie de la documentation rendus publics par Wikileaks regarde des rapports de l’Ambassade des Etats-Unis près le Saint-Siège au Département d’Etat. Si ces rapports reflètent les opinions de leurs rédacteurs, on ne saurait les considérer comme positions du Saint-Siège ni comme citations précises de ses officials. Par conséquent, leur valeur doit être évaluée avec prudence et circonspection, en tenant compte de leur contexte".

    OP/ VIS 20101213 (100)

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