Vraiment de la morale ?

par Gérard Leclerc

mardi 4 avril 2017

Autres temps, autres mœurs, il semble qu’aujourd’hui l’intérêt pour la situation personnelle des hommes politiques, leur fortune, leur proximité avec nous-mêmes, soit devenu un des soucis permanent de l’époque. Il n’y a pas si longtemps, on a fait un véritable scandale public du fait que Jean-François Copé ignorait le prix d’un pain au chocolat. J’avoue que cela m’a rendu un peu pantois. Familier des magasins d’alimentation, j’aurais pu répondre à la question et peut-être mettre en difficulté les inquisiteurs sourcilleux, en leur montrant qu’il y avait une différence sensible entre le petit pain vendu chez le boulanger et celui vendu au supermarché. Mais est-ce bien la question à poser à un candidat à la présidence de la République ? J’attends de lui qu’il me fasse part de son expertise sur la situation de l’Europe, celle du Proche-Orient, celle du monde islamique, ou encore sur les éventuels changements de paradigmes de la civilisation du travail, avec ses effets sur l’emploi et les modes de vie.

On me répondra qu’on attend d’un président qu’il soit proche des soucis immédiats des Françaises et des Français. Mais il y a proximité et proximité. Le président est en charge du bien commun, et j’attends d’abord de lui qu’il ait la hauteur de vue nécessaire à l’évaluation des grands choix qui seront les siens. C’est pourquoi j’avoue mon agacement devant cette insistance impudique qui oblige à faire transparence de tout et à vouloir à toute fin s’introduire dans l’intimité des candidats. Cela finit par confiner au voyeurisme. Je me moque parfaitement de savoir pourquoi tel candidat ne parvient pas à mettre de l’argent de côté. Tout se passe souvent comme si l’on voulait susciter du côté des citoyens des sentiments de frustration, de jalousie ou d’envie.

Jacques Julliard écrivait hier dans Le Figaro que dans cette campagne la morale avait aboli la politique. Je ne suis pas sûr que ce soit la morale, car trop souvent sous couvert d’exigences éthiques, ce sont les passions troubles qui sont à l’œuvre ou que l’on excite à l’envie. Et là-dessus, je serais presque nietzschéen pour fustiger cette moraline qui joue sur le ressentiment.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 4 avril 2017.

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