Vraie et fausse réforme dans l’Église

par Gérard Leclerc

mercredi 8 juillet 2020

Place Saint Pierre, Vatican, Rome.
© Antoine Mekary / Godong

En 1950, paraissait un ouvrage fondamental du futur cardinal Yves Congar : Vraie et fausse réforme dans l’Église. Rétrospectivement, on conçoit l’importance du sujet, puisque c’est bien cette réforme qui justifiera largement la décision du pape saint Jean XXIII de réunir le second concile œcuménique du Vatican. Il s’agissait, pour le théologien, de clarifier avant tout ce concept de réforme, en tenant compte de l’identité d’une Église, qui est forcément en mouvement dans l’histoire, mais toujours en fidélité vivante à l’intention divine qui l’a créée.

Une réforme des structures ?

La grande rupture du XVIe siècle est significative de la difficulté propre à une institution qui est toujours à réformer, mais jamais hors de son organicité propre. C’est pourquoi il n’est pas possible de l’envisager en termes de purs changements structurels. Tout d’abord, parce que ce qu’il y a de contingent dans sa structure ne saurait se séparer de ce qui est constitutif d’elle-même. Yves Congar abordait donc la question en se référant à un approfondissement théologique, sans lequel toute tentative d’adaptation aurait été vaine ou ruineuse.

Jean XXIII se situait dans la même perspective, lorsqu’il expliquait que Vatican II aurait à déployer, au regard des contemporains, toute la richesse de la Révélation. L’originalité du concile tient, en effet, à un ressourcement de l’Église dans la profondeur de l’Écriture et de la Tradition. Tenter de comprendre Vatican II, en dehors de cette donnée première, c’est forcément se méprendre. La thématique de l’ouverture au monde, qui a souvent été reprise, n’a de signification adéquate que dans la perspective, non pas d’un alignement, mais d’un surcroît d’intelligence du contenu de la foi, de telle façon que le monde perçoive mieux ce qu’il en va du Salut apporté par le Christ. C’est pourquoi, avant même d’envisager les mises au point en ce qui concerne les grands problèmes du monde contemporain, de la liberté religieuse et du rapport avec les autres religions, ce sont les constitutions dogmatiques qu’il faut étudier en premier lieu. Le cardinal de Lubac insistait sur Dei Verbum qu’il qualifiait de chef-d’œuvre du labeur conciliaire, parce que c’est le message même du christianisme qui y était rapporté dans son origine et sa transmission.

Ressourcement spirituel

Ce qui manque cruellement dans les divers projets qui circulent en ce moment sur «  l’Église de demain  » c’est ce ressourcement doctrinal et spirituel qui conditionne tout et sans lequel toute tentative de réformer des structures s’avère superficielle. Dans l’histoire de l’Église, il n’y a aucune réforme véritable qui ait eu lieu sans un approfondissement doctrinal et sans expansion d’une spiritualité forte. Il en va aussi pour aujourd’hui et pour demain. La vraie réforme si elle se dessine nous restituera mieux encore la lumière du mystère chrétien.

Messages

  • Le chroniqueur de cet article revisite le passé des années 60, quelque peu daté pour les générations présentes promptes à qualifier le jeu des pro et anti concile avec les yeux du présent.

    A la fin de la guerre et les années au cours desquelles nombre de pays se sont autonomisés dans le paysage des empires français, britanniques du moment, les Eglises émergentes ont elles aussi affirmé leur identité nationale, voulant exister comme telles.

    Congar, Daniélou, Chenu, et d’autres "pères de l’Eglise" ont imprimé une théologie propre de l’Institution devenue de plus en plus universelle et particulière au fil de l’histoire.

    Structures et Spiritualité ont quitté le navire occidental pour des rives orientales, amérindiennes, africaines d’un clergé autonome, de plus en plus sensitif dans leurs rapports avec le Siège de l’Universelle catholicité des origines.

    Que signifient les structures d’un tel Empire catholique, qui survit et heurte les sensibilités d’une jeunesse éprise de son identité chrétienne nationale ?

    Une pensée théologique resituée dans un tel contexte devient nécessaire.
    Congar II, Daniélou II, Chenu II sont-ils entendus par les nouvelles générations ?

    Existent-ils ou font-ils partie d’un souhait incantatoire du futur qui se cherche et se désire comme une nécessité vitale de l’Eglise de demain ?

    Sans spiritualité forte, ancrée et enracinée dans les formations ecclésiales, peu ou prou de place pour nourrir une foi commune et comprise par tous.
    Pour mémoire je fus témoin à Loiola d’un anniversaire des provinciaux jésuites du monde qui célébraient Inigo et Francisco Javier au cours d’un symposium important.
    La génération nouvelle jésuite parlait un autre langage que celui de leurs aînés, ils étaient de leur temps, de leur continent, de leurs origines.

    Sujet passionnant, que celui de percevoir ce que leur histoire porte de singulier et de vital pour l’Eglise d’aujourd’hui.

    Les structures ne suffisant plus, la spiritualité commune se cherchant encore, à l’infini de la foi, l’enjeu de l’identification chrétienne dans un monde bousculé d’aujourd’hui par les nations et les églises émergentes, posent à frais nouveaux, le défi majeur de cette existence.

    La résistance des contre-réformistes, des anti conciliaires, prouvent à loisir combien le sujet est profond, sensible et vital pour le futur.
    Vaste sujet !

    Objet de prochaines chroniques ?

    Après un pape polonais, un pape argentin, qui pourrait être celui qui embrassera de tels défis du moment.
    Irrévérencieux de le penser, impropre de le dire, indécent d’en parler !
    Mais somme toute conséquent et nécessaire aujourd’hui.

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