Vous avez dit : droite et gauche ?

par Gérard Leclerc

lundi 31 mars 2014

Un jour noir pour les socialistes, un vote sanction. Ce n’est pas seulement la droite qui affirmait cela hier, mais les dirigeants socialistes eux-mêmes. Impossible de se réfugier derrière les quelques places fortes emblématiques conservées et qui attestent d’ailleurs d’un phénomène sociologique et idéologique curieux. Ce sont les grandes villes les plus bourgeoises qui manifestent leur ancrage socialiste, alors que des villes à la population plus ouvrière ou plus modeste passent à droite. Cela fait déjà un certain temps que l’on s’attache à définir cette nouvelle catégorie inventée, me semble-t-il, par un sociologue américain astucieux : les bobos, les bourgeois bohèmes, qui tout en bénéficiant d’une situation assez confortable se reconnaissent dans des références libertaires. Il y aurait lieu d’ailleurs d’affiner les observations, car il est possible que dans un même milieu social un nouveau clivage s’installe, avec des groupes qui refusent la dérive idéologique et sociétale et se musclent dans une attitude de résistance.

Peut-être convient-il aussi d’admettre que les lignes bougent à tous égards et que même les vainqueurs ne sont pas forcément complètement à l’aise, ne serait-ce que pour imposer un programme alternatif sur le terrain économique et s’assurer d’une cohérence intellectuelle qui reste problématique. La gauche n’est plus vraiment la gauche, comme l’a montré un critique aussi avisé que le philosophe Jean-Claude Michéa et en regard, qu’est-ce que la droite ? Une droite divisée entre ceux qui se réclament d’un libéralisme orthodoxe et ceux qui se tournent vers l’électorat capté par le Front national.

Il y a aussi cette réalité fondamentale que le pays va mal, que le pouvoir en place se trouve encore plus fragilisé alors qu’il était déjà dramatiquement impopulaire. L’heure est donc à un réexamen global, auquel devraient se livrer ceux qui ont des convictions solides et un vrai sens du bien commun.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 31 mars 2014.

Messages

  • Je ne sais pas si j’ai été satisfait à l’énoncé des résultats. Oui, certainement, en voyant cette gauche arrogante et autiste prendre une pile monumentale et présenter des mines déconfites plus encore qu’au premier tour (le visage sinistre, crispé et décomposé de N. V-B., dimanche 22, en a vengé plus d’un...).

    Pour autant, y a-t-il vraiment lieu de se réjouir de ce retour de balancier qui ramène une droite dont les tropismes et les réflexes diffèrent assez peu de ceux de l’actuelle majorité socialiste ? En ce qui concerne l’Union européenne, par exemple, rien n’a changé depuis le fameux Congrès où le Parlement (à hauteur de 80 % si mes souvenirs sont exacts) avait permis à Sarkozy de passer outre le verdict d’un référendum. UMP et PS communient avec persévérance dans un même euro-atlantisme servile et désespérant.

    J’ai noté hier soir une certaine prudence des leaders de droite qui se sont gardés des cocoricos d’après scrutin habituels. Quelques éclairs de lucidité leur font justement pressentir que si retour aux affaires de leur part il y a (en perspective très probable), celui-ci risque d’être une pièce montée arrosée d’arsenic...

    La crise est enracinée et ne sera pas réduite en l’espace d’un quinquennat, quel qu’il soit, et encore moins d’un claquement de doigts.

    Le futur gouvernement (je veux dire celui de 2017) aura donc intérêt à se garder de ces effets d’annonce catastrophiques qui avaient plombé sans retour la crédibilité d’un Sarkozy. Il faudrait peut-être même que ses futurs membres commencent dès à présent une formation intensive au sein des forces spéciales tant ils risqueront d’avoir à affronter des turbulences contradictoires et naviguer au milieu des chausses-trappes (les actuels guignols de gauche ne leur feront aucun cadeau et ne manqueront pas de miner le terrain autant qu’ils le pourront).

    Les scores du Front national ont été minorés tant qu’ils ont pu par les ténors de droite et de gauche (on pouvait parfois constater l’amorce verbale touchante d’une Sainte Alliance entre les deux formations concurrentes !) invités à commenter les résultats. Cependant, force est de constater, si l’on ne dilue pas le nombre d’élus sur 36000 communes mais sur les seuls lieux où des listes FN étaient constituées, que ses pourcentages représentent une force sérieuse avec laquelle les états-majors devront composer, aux européennes en particulier, et aux présidentielles. Et ça risque de perturber le manège enchanté.

    Difficile de dire avec précision ce que pensent les abstentionnistes (desquels j’étais, cette fois-ci). Il est fort probable que se retrouvent en leur sein une nette majorité de gens provisoirement ou durablement écœurés par le système et ses trahisons quotidiennes. Il n’est pas sûr qu’une participation plus élevée, si elle se produit lors des prochains scrutins, ne soit pas ravageuse pour le système et son establishment pendulaire (et parfois triangulaire).

    En tout cas, pour ma part, je suis dans l’attente d’un grand coup de pied dans la fourmilière (et j’ai l’impression de ne pas être le seul) qui remettrait un peu la citoyenneté à l’avant-scène...

    Sauf que jusqu’à présent, ce n’est pas avec le ramassis de groles, pompes et godillots qui sévissent au Parlement (ou qui rêvent d’y entrer) que l’on peut s’attendre à un geste salutaire (ils ne sont pas prêts à s’auto-fustiger...).

  • Ces socialistes, d’anciens trotskystes au discours radical me font penser à ces prélats d’une église triomphante ayant oublié le Message, versant dans le libertinage le plus vulgaire, incollables sur le grand soir mais jaloux de privilèges usurpés.

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