Variations sur l’espérance

par Gérard Leclerc

mardi 29 décembre 2020

Religion et espérance. Ange de la crypte de l’Institut Pasteur par A Guillebert-Martin
© Pascal Deloche / Godong

L’heure n’est pas encore à l’optimisme. Combien faudra-t-il encore de mois pour retrouver une vie normale avec la reprise complète de l’activité économique ? Il faudra donc faire preuve d’endurance. Mais que nous enseigne à ce propos la vertu d’espérance ?

L’heure n’est pas à l’optimisme. La fin de l’épreuve n’est pas en vue. On nous annonce même une probable troisième vague de la contagion. Il y a, il est vrai, l’espoir apporté par la vaccination de la population, qui a commencé dimanche. Mais il faudra attendre quelques mois pour qu’un effet global se fasse sentir, avec l’immunité collective enfin acquise. Il faudra donc encore s’armer de patience et de courage, ce qui signifie une véritable offensive d’ordre psychologique et moral. Ce qu’un chrétien ne peut manquer de traduire en termes spirituels, en la rapportant à la vertu surnaturelle d’espérance. On sait que Charles Péguy en a admirablement parlé, et on peut continuer à méditer son message, notamment lorsqu’il l’associe à l’humilité.

Mais cette espérance n’est pas vécue de façon identique selon les périodes. Il y a des périodes où il faut espérer contre toute espérance, la situation étant tellement désespérée. Il suffit de se replonger dans les récits historiques pour s’interroger sur la façon dont ceux qui nous ont précédés ont pu affronter l’horreur pure. Mais il ne faut pas croire que les périodes prospères sont plus accueillantes à la seconde vertu. Jacques Ellul, ce théologien protestant que j’aime bien au-delà de nos différences, a publié en 1972 un ouvrage intitulé L’espérance oubliée, alors même que l’on était encore dans le dynamisme des Trente glorieuses. Et bien, l’humanité de ce temps, en pleine maitrise des vecteurs du progrès était dans le doute de toute certitude existentielle.

Ce que nous avons à affronter aujourd’hui, c’est une perte de dynamisme qui pourrait nous casser les bras, ce qui nous oblige à une conversion d’un autre type. Chaque époque doit se réapproprier mystérieusement l’espérance.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 29 décembre 2020.

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