VII - Une mort bien réelle

par le Père François de Vorges

vendredi 15 avril 2011

Il nous est rarement donné de méditer sur la mort du Christ en elle-même. Pour préparer le prochain Vendredi saint, celui que nous vivrons le 22 avril prochain, voici quelques pistes de contemplation.

Avec le soldat qui fit son triste devoir, donner le coup de grâce sous la forme du coup de lance, nous ne pouvons que constater la dure réalité : Jésus est bien mort. Pourquoi insister la dessus ? À cause de cette vieille légende, qui traîne encore ça et là, que la mort du Christ n’aurait été qu’apparente. Pour le Coran, son respect de Jésus, qu’il nomme Issa, est tel qu’il n’a pu mourir : « Ils ne l’ont pas tué, ils ne l’ont pas crucifié, cela leur est seulement apparu ainsi. » (Sourate 4, v. 157) Pour les scientistes du 19° siècle, la mort n’était qu’apparente. C’est le froid du tombeau qui l’aurait réanimé.

Cette mort corporelle est une mort infamante, le supplice des esclaves, au vu et au su de tous, aux portes de la ville. Mais le supplice de la croix porte un symbolisme encore plus grand. Non seulement ses bras étendus signifient la volonté du Christ d’étreindre dans son amour rédempteur tous les hommes, mais il est le signe d’un écartèlement entre sa fidélité au Père, le bras vertical de la croix, et son amour pour nous les hommes. À nous qui avons tant de mal à jumeler notre amour de Dieu et l’amour de nos frères, il nous est donné de voir que cela n’est possible que dans l’écartèlement de la croix.

L’une des dernières paroles du Christ en croix est celle de sa remise à son Père. Jésus se sait toujours dépendant de son Père. Il l’a affirmé à maintes reprises. Mais, avec sa mort, survient le moment où cette réalité devient l’immense abandon entre ses mains. Jésus, Fils éternel, ne tient son être divin que de l’amour du Père. Jésus-homme va vivre cette remise à son Père de manière totale et dramatique par la réalité de sa mort corporelle. Quand viendra l’heure de notre mort, puissions-nous avoir une aussi grande confiance en Dieu ! Puissions nous nous en remettre aussi totalement que le Christ à l’amour ressuscitant du Père !

Peut-on parler d’une mort spirituelle ? Le terrible cri de déréliction nous met dans cette perspective délicate. Jésus ne perçoit plus cette présence vivifiante de son Père. Sa sensibilité défaillante lui fait crier cet abandon avec le début du psaume 21. Peut-on aller jusqu’à penser, comme le cardinal Balthasar, qu’à ce moment, Jésus a connu cette séparation de Dieu qui est la mort de l’âme ? Doit-on dire, comme il le sous-entend, que Jésus est allé rejoindre en enfer ceux qui sont éloignés de Dieu et ainsi les attirer vers le Père qui continue à les aimer ? La théologie est encore divisée sur ce sujet délicat. Mais nous pouvons retenir de ce cri que l’éloignement du Père, sensible ou substantiel, montre jusqu’où le Christ a été pour nous rejoindre et nous assurer de l’amour rédempteur du Père. Comme le dit une invocation de la Liturgie des heures : « Pour ceux qui sont tenté par la désespérance, souviens-toi, ô Jésus, notre sauveur, de ton cri sur la Croix. »
Père de VORGES

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