Unité nationale éphémère ?

par Gérard Leclerc

mardi 3 décembre 2019

Hommage national aux treize soldats tués (le 25 novembre) au Mali dans la cour des Invalides, 2 décembre.
© Elysee.fr

L’émouvante cérémonie qui a eu lieu, hier après-midi, dans la cour de l’hôtel des Invalides, a rassemblé toute la nation en un rare moment d’unanimité nationale. Comment pourrait-il en être autrement ? Qui pourrait ne pas participer à ce sentiment de gratitude collective à l’égard de treize jeunes hommes qui ont fait le sacrifice de leur vie pour la nation. Pourtant, nous assisterons bientôt à une grève nationale qui s’annonce de très grande ampleur et risque de rompre très vite cette impression d’unité du pays, d’autant que le mouvement pourrait se prolonger sans qu’on sache ce qui pourrait mettre fin à un mécontentement très partagé.

Il semble, par ailleurs, que les désaccords actuels mettent en cause la sociologie profonde du pays. L’excellent analyste qu’est Jérôme Sainte-Marie parle même de « bloc contre bloc » [1], pour caractériser le jeu politique dont Emmanuel Macron est le principal acteur. Il y a le bloc rassemblé autour du président de la République qui réunit la part la plus aisée du pays, et en face de lui un bloc d’opposition qui se constitue face aux intérêts et à la domination de l’élite. Sainte-Marie parle aussi de l’opposition frontale entre une France qui réussit et croit aux vertus de la mondialisation et une France périphérique en déshérence. En gros, celle qui s’est reconnue dans la révolte des Gilets jaunes.

Un tel fractionnement politico-social ne comporte-t-il pas des dangers dans le sens d’un affrontement direct bloc contre bloc, qui nous renvoie à la dialectique de la lutte des classes ? Mais il y a aussi une menace d’un autre genre, que Jacques Julliard traitait dans Le Figaro d’hier en désignant l’explosion des intolérances : islamisme, indigénisme, communautarisme sexuel. Avec tous ces extrémismes, le débat tourne au pugilat, l’intimidation tient lieu d’argument. Et de fait, les exemples d’intolérance ne manquent pas. Beaucoup dégénèrent même en affrontement physique. C’est un climat de guerre civile qui se développe alors, selon Julliard. Oui, nous sommes très loin de l’unanimité nationale qui régnait hier dans la cour des Invalides. Saurons-nous en faire une valeur suprême, au-delà de toutes les causes de division ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 3 décembre 2019.


[1Jérôme Sainte-Marie, Bloc contre bloc. La dynamique du macronisme, Les Éditions du Cerf.

Messages

  • la chienlit est de retour !
    Un commentaire quasi identique dans les médias, et les réseaux sociaux accentue l’impression de fin du monde entretenu par l’information comme un répétitif peu contesté par quiconque, car les prophètes de malheur ont la parole et le verbe.

    On n’est plus dans le discrédit mais dans l’infamie, la division sinon la rupture et l’affrontement comme une solution possible et souhaitable, pour trouver des solutions aux revendications du moment.

    Les institutions civiles sont concernées, l’école, le monde de l’entreprise, les associations nourrissent le gôût de revanche contre des ennemis du destin que l’on considèrent ligués ensemble contre le pays, la nation et même l’avenir !

    Curieuse vision du temps qui passe, même le climat, la saison et les avatars d’une rude saison d’automne sont montrés du doigt comme habités d’esprits maléfiques.

    On en voudrait à chacun dans sa quiétude personnelle, le monde serait si mal famé que rien ne résisterait à l’avalanche apocalyptique du mauvais sort.

    Ceux qui tiennent le pavé et les médias ne sont pas en reste, entretiennent le spleen des " burn - outers "du moment qui sont les plus malades du présent, d’un virus inqualifiable, insaisissable, et incurable..
    Comment répondre à ce climat ambiant, de CO2 psychologique répandu comme la plaie sur un corps malade, n’ont de réponse à cette épidémie courante.

    On ne se sent concerné que comme victime, jamais comme co acteur praticien de cette épreuve.
    A tous ces maux égrenés comme des chaînons d’un funeste destin à l’extrême, pas de solution, sinon des constats négatifs et insolubles.

    Les plus exposés de "la via publica" s’en défendent.
    Les quidam revendiquent,
    les auteurs de la division des esprits citent leurs penseurs préférés, ils sont les prophètes du malheur qui n’ont rien à envier à ces croyances passées de fin du monde.

    Millénaristes, apocalyptiques, écologistes des cultes macabres de fins de règne naturels, conduisent un discours morbide d’un convoi de cimetière sans espérance finale.

    On ne peut embrasser ainsi l’avenir de la sorte ; il faudra sortir de telles impasses, et refonder les lendemains qui déchantent, d’une vision future de l’humanité, ce pourrait être plus long que prévu !

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