Unité dans le pays et dans l’Église

par Gérard Leclerc

lundi 15 avril 2019

Ce soir, toute la France – ou tout au moins une grande partie d’elle-même – sera mobilisée devant le petit écran pour voir et entendre le président de la République. Incontestablement, un grand moment. Là-dessus, tous les politologues semblent d’accord. Le sort ultime du quinquennat est en jeu, avec la réponse qu’Emmanuel Macron apportera aux attentes d’un pays divisé. Après des mois d’une contestation intense, avec des accès de violence, on retient sa respiration. La veille même, on était bien en peine d’anticiper sur le discours de ce soir. L’intéressé lui-même avait-il décidé de tous ses choix ? Les plus proches en doutaient.

Ce qui est sûr, c’est qu’un raté serait une catastrophe. Si l’on ne sent pas une détermination ferme, une perspective programmatique, et même un tournant, le président non seulement ne sera pas parvenu à désarmer la formidable opposition qui s’est dressée contre lui, il démobilisera son propre camp, la frange qui lui est restée fidèle. Les élections européennes peuvent être perdues, alors que le pouvoir attend aussi cette échéance pour rebondir. Je serais assez d’accord avec Jean-Pierre Denis qui, dans son éditorial de La Vie insiste sur la nécessité de recoller une France en morceaux. Les solutions techniques pour indispensables qu’elles soient, ne suffiront pas. Est-il possible de réconcilier les différentes îles de l’archipel français ? Y a-t-il « un commun » sur lequel il est possible de refonder une unité ?

Que cette échéance se déroule en pleine semaine sainte ne nous est pas indifférent à nous chrétiens. D’autant que la question de notre unité ecclésiale se pose également. Les désaccords qui sont nés en ces dernières semaines, ont en effet, été attisés par la publication d’un texte très important du pape émérite Benoît XVI sur les origines de la crise dans l’Église. Il a remis le feu aux poudres. Je ne puis en quelques mots résumer un document aussi dense, qui, personnellement, m’a passionné. J’admets, par ailleurs, qu’il ne saurait répondre de façon exhaustive à toutes les questions posées. Mais il paraît difficile de le rejeter unilatéralement, et même violemment, comme c’est le cas. Peut-on espérer que la Semaine sainte et la célébration joyeuse de Pâques produiront une trêve ? Une trêve, non pas pour éluder un éclaircissement nécessaire, mais pour créer un autre climat. Celui qui permet de répondre aux interrogations décisives dans le grand dénouement du drame du Salut.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 15 avril 2019.

Messages

  • Hier soir, Cher Gérard Leclerc, Paris, la France, l’Occident, l’Orient, étaient mobilisés dans la rue et par petit écran interposé pour voir et entendre les flammes et leur crépitement s’acharner sur une église : Notre Dame de Paris...

    Hier soir était offert au monde entier et gratis un spectacle son et lumière inédit où des flammes rouge sang provoquaient des cris de stupeur, des commentaires d’architectes et de bavardages de spécialistes ; hier soir, Notre Dame arrachait aussi des larmes aux yeux de beaucoup de Français et aussi des prières dans le coeur et sur les lèvres de
    milliers de croyants.

    Des responsables politiques européens étaient présents dans des messages de soutien, même Donald Trump a twitté un appel pour le survol de Notre-Dame par des canadairs. Mais d’une part, un édifice aussi précieux n’est pas un maquis sur lequel de lourdes quantités d’eau peuvent être larguées sans, peut-être, causer des dommages irréversibles, et d’autre part, apparemment aucune offre d’aide n’a été enregistrée pour la maîtrise de l’incendie..

    Ce matin, Notre-Dame est - encore - debout et la profonde et entière gratitude du peuple de France va à ses soldats du feu
    qui, au bout de quelque 8 ou 9 heures de dévouement et dans un silence quasi religieux, ont pu maîtriser la situation.

    Il est maintenant à espérer qu’aucune récupération d’aucune sorte ne viendra tirer profit de la situation et aussi qu’aucune désignation de supposés incendiaires ne se faufilera dans les rangs des citoyens pour semer la discorde. La priorité est de laisser l’enquête suivre son cours.

    Les enfants de France et du monde entier se sont retrouvés, hier soir, réunis dans un élan de solidarité spontanée. Ce sera à Notre Dame, et à Elle seule, que sera due la reconnaissance de voir réussi le pari d’une vraie fraternité.

  • L’habile bonimenteur a retourné, une fois encore, la situation à son profit. Il a été privé (très provisoirement) de compte-rendu de "grand débat" mais il est tout de même apparu sur les écrans en bâtisseur de cathédrales.
    Malheureusement pour lui, il est piètre acteur et l’acte grandiloquent qu’il a interprété ce soir derrière son bureau a réussi à mettre mal à l’aise quelques-uns des commentateurs pourtant parmi les plus zélés dans l’art de la courbette médiatique.

    Je ne suis pas devin mais je pourrais mettre sur le papier l’essentiel des mesures que notre prestidigitateur national va nous annoncer, ou tout au moins celles qu’il compte ne surtout pas mettre en œuvre ni proposer. Lui-même a été clair sur sa volonté de rester imperturbablement sur sa trajectoire.

    Il ne reviendra donc pas sur l’ISF, ne fera rien pour faire rendre gorge aux très gros "évadés fiscaux", ne reviendra pas non plus sur la désindexation des retraites, il ne touchera pas au SMIC, se gardera d’introduire la proportionnelle (ou alors à dose µ-homéopathique) aux législatives, il évitera toute idée de référendum (ou alors avec un verrouillage en rendant toute demande illusoire) et se gardera d’aborder toute remise en cause de l’adhésion à l’U.E. (subordination à la Commission européenne, prééminence des traités imposés par l’U.E., force coercitive et quasi-exécutoire des GOPE, soumission aux décisions de l’Otan,...) et de la perte de souveraineté (et de démocratie) qui en résulte.

    Pourtant, c’est bien de tout cela dont il s’agit quotidiennement dans les discussions entre gilets-jaunes et dans leurs revendications ! Mais bien au-delà de ceux qui endossent à un moment ou un autre le gilet coloré, une multitude de Français s’accordent sur ces demandes.

    Le "grand débat", contrairement aux annonces tonitruantes et mirobolantes du gouvernement et de médias complaisants, n’a concerné qu’une petite minorité d’individus distincts. De surcroît, les questionnaires officiels balisaient soigneusement le chemin des réponses vers les thématiques sélectionnées par les organisateurs.
    Les interminables monologues-marathons de Macron - prétendus "grands débats" - devant des groupes captifs et soigneusement triés, n’étaient en réalité qu’un avant-goût précurseur de la campagne pour les européennes et en rien une consultation de la nation et de ses attentes.

    Il ne sortira donc rien d’inattendu (ni même rien du tout !) de ce qui a été conçu dès le départ comme une manœuvre de diversion et de retardement face à la contestation profonde et forte des Français, totalement imprévue par une oligarchie qui, après avoir capté le pouvoir, croyait pouvoir foncer tranquillement pied au plancher sur l’auto-route de l’injustice et des réformes ultra-libérales.

    Nos gouvernants devraient se remémorer urgemment la tectonique des plaques. Des forces compressées et contenues aboutissent inéluctablement à des tremblements et des secousses. D’autant plus dévastateurs que la contention aura été sévère et aura duré longtemps...

    La politique uniquement répressive de MM. Macron et Philippe (instrumentée par C. Castaner et tous les autres relais de la Macronie) tend dangereusement le ressort social vers un point de rupture et d’explosion.
    Attention, il est des incendies qui, une fois allumés, ne s’éteignent pas aussi aisément que celui d’une cathédrale millénaire... Les pyromanes irresponsables au pouvoir devraient y songer.

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