Une société de vigilance

par Gérard Leclerc

mercredi 9 octobre 2019

Caïn et Abel
© falco / Pixabay

Le discours qu’a prononcé le président de la République hier matin, dans la cour de la Préfecture de police de Paris, a forcément retenu l’attention du pays, tant les circonstances étaient graves et tant l’on attendait du chef de l’État une mise au point propre, sinon à rassurer l’opinion, du moins à lui indiquer quelle ligne de conduite serait la sienne. Dans ce discours, Emmanuel Macron n’a pas craint de désigner l’islamisme et même l’hydre islamiste : « Nous ne l’emporterons que si notre pays se lève pour lutter contre cet islamisme souterrain qui corrompt les enfants de France. » Deux remarques à propos de cette simple phrase. La première concerne cet emploi du mot islamisme. Longtemps, les politiques ont hésité à franchir cette sorte de barrière lexicale. Ainsi Barack Obama résistait-il à son opposition républicaine le pressant de condamner « l’islam radical ». C’était une marque de prudence à l’égard de la population musulmane et se prémunir de l’amalgame islam-islamisme. Mais aujourd’hui, les politiques n’ont plus les mêmes scrupules. Ils sont contraints de désigner le fléau par son nom, tout en voulant protéger les musulmans de toute imputation de complicité.

La seconde remarque se rapporte à ces enfants de France en danger d’être corrompus par le dévoiement d’une religion. Ce n’est pas une phrase prononcée au hasard. Elle vise des situations concrètes à propos desquelles les personnes les mieux renseignées ne cessent d’alerter les autorités. Oui, l’islamisme produit ce genre de ravages auprès des plus jeunes et l’on demeure stupéfait souvent de la rapidité d’un processus de radicalisation qui conduit un adolescent pacifique à se muer en militant fanatique. Face à pareil phénomène, on ne saurait demeurer dans le déni ou l’accablement. Aussi, le président a-t-il proposé d’établir « une société de vigilance » qui ne serait pas celle du soupçon.

Certes une telle expression peut être redoutable, en rappelant de fâcheux précédents comme la loi des suspects sous la Terreur. Mais comment échapper à la vigilance quand le cœur même du dispositif de sécurité de la nation est gangréné ? Peut-être une telle extrémité nous contraint-elle à revenir à des notions élémentaires. Dès le début de l’humanité, il y a danger de fratricide et nul ne peut échapper à cette vigilance qui nous constitue gardien de nos frères.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 9 octobre 2019.

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