Philippe Barthelet sur Thibon

« Une simplicité et une liberté totales »

propos recueillis par Émilie Pourbaix

mercredi 8 juillet 2020

Évoquer Gustave Thibon, c’est entrer dans un univers aux multiples facettes. Celles d’un homme riche du manque qu’il portait – sa divine nostalgie –, de sa prodigieuse intelligence et de son désir d’aider ses frères humains à retrouver la porte du Ciel. Rencontre avec Philippe Barthelet, écrivain et ami de Gustave Thibon.

Qu’est-ce qui vous a marqué chez Gustave Thibon ?

Philippe Barthelet : C’est l’homme le plus libre que j’aie jamais rencontré. Il y avait chez lui une simplicité et une liberté totales. Cette liberté s’accompagnait d’une capacité intellectuelle et d’une envergure spirituelle hors du commun : libre, et souverain, voilà les deux adjectifs qui me viennent spontanément à l’esprit quand je pense à lui. Il était extraordinairement ordonné, hiérarchisé, étagé, nuancé. On l’a comparé à l’aigle : il avait en effet, comme Bossuet dit-on (qu’on surnommait l’aigle de Meaux), ce don de survoler en cercles et sans cesse les mêmes questions puis de fondre sur un détail précis, en ne perdant jamais de vue ni ce détail ni sa place dans l’ensemble, sans jamais séparer l’un de l’autre. L’œil de l’aigle.

Il me fait beaucoup penser à certains grands esprits encyclopédiques de la Renaissance, Pic de la Mirandole, par exemple ; ou, plus près de nous, ce colosse si méconnu qui s’appelle Joseph de Maistre. Le dernier article que Valéry a écrit portait sur la Libération, il a pour titre : «  Respirer  ». La liberté est en effet respiration, et Dieu sait si Gustave Thibon aide à respirer… Il y a aussi chez lui cette indépendance, cet anarchisme supérieur : je l’ai entendu un jour reprendre quelqu’un qui se flattait de le compter parmi «  nous autres  » : «  De ma vie je n’ai dit “nous”.  »

Il ne distinguait pas la vie de la pensée ; à cet égard c’était le contraire d’un érudit, la connaissance qu’il avait des êtres et des œuvres était charnelle, vivante ; sa culture qui était prodigieuse, était le contraire d’un bagage, elle ne se séparait pas de lui. Quand il citait Victor Hugo ou les innombrables poètes qui étaient ses compagnons de chaque jour, on avait l’impression qu’il sortait de chez eux, qu’il venait de les quitter. Une amie lui avait dit qu’il parlait de Marc Aurèle et des Romains comme s’ils avaient été ses petits camarades d’école…

Gustave Thibon, ou le contraire de l’homme enfermé dans ses certitudes, ses habitudes, ses réflexes. Il détestait ce qu’il appelait les «  jugements derniers  ». Par une discipline spontanée, dont il avait à peine conscience, il se plaçait toujours sur le plateau le plus léger de la balance.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien et de notre « Grand angle » sur Gustave Thibon dans le magazine.

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