Une polémique politico-religieuse ?

par Gérard Leclerc

mercredi 15 janvier 2020

La mort du philosophe britannique Roger Scruton a mis en lumière le retour à une pensée conservatrice, longtemps honnie chez nous.
CC by-sa : Elekes Andor

La polémique actuelle, dont Benoît XVI est en quelque sorte l’otage, et dans laquelle je me suis refusé d’entrer montre à sa façon combien il est difficile d’échapper à la logique des camps ennemis. Au plus loin que je remonte dans ma mémoire, je ne discerne guère de période de repos ou d’armistice. Dès après la guerre, progressistes et traditionalistes s’opposent avec virulence, aussi bien en raison de leurs opinions politiques que de leurs tendances religieuses. Et ça n’a jamais cessé depuis lors. Il est même possible que ça reprenne de plus belle en ce moment. Faut-il le déplorer ? Sans doute, mais il faut bien se persuader que c’est un peu la loi de la vie et des forces inhérentes au devenir historique qui impose ses joutes incessantes qui peuvent être cruelles.

En France, le monde catholique, à l’instar du monde politique, s’est trouvé dans la seconde partie du XXe siècle enclin à ce que le grand critique Albert Thibaudet appelait « le mouvement sinistrogyre ». La domination idéologique de la gauche faisait même que la droite répugnait à se reconnaître de droite. N’assisterait-on pas plutôt en ce moment à un mouvement inverse, dextrogyre, avec un renouveau intellectuel de la droite, étant entendu que la gauche inspire toujours et domine même une partie du monde universitaire ? La mort du philosophe britannique Roger Scruton a mis en lumière le retour à une pensée conservatrice, longtemps honnie chez nous.

Faut-il absolument transposer en religion les catégories de la politique ? On ne manque pas de le faire. Il est courant, aujourd’hui, de parler d’un camp conservateur auquel s’opposerait un camp progressiste, même si le concept de progressisme n’est plus le strict équivalent de ce qu’il était au lendemain de la Libération. Cette opposition est sans doute, pour partie, inévitable. Doit-on s’en satisfaire ? Je ne le crois pas personnellement, non seulement parce qu’elle est une menace continue à l’encontre de la communion ecclésiale. Le plus gros risque, c’est l’instrumentalisation des concepts théologiques auxquels il faudrait laisser leur pleine autonomie. Une autonomie qui permet d’affirmer la différence chrétienne par rapport à tous les durcissements et les glaciations idéologiques.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 15 janvier 2020.

Messages

  • Les difficultés sociétales sont identiques pour tous, les adeptes de la tradition, de la morale familiale et le camp des progressistes en quête de réponses à leurs propres difficultés.

    Mais les réponses divergent.

    Aux uns le désir de préserver, protéger des biens éthiques acquis au fil des siècles, aux autres la volonté de se dégager de la pesanteur des traditions et des conventions.

    Mais à terme plus lointain pour chacun les tribulations et les déconvenues des postures fixes, inamovibles et souveraines subissent l’émiettement des consciences qui ne pouvant plus tenir se révèlent dans des fragilités personnelles.

    Le temps présent et ses variables du politique des promesses et celui des possibilités de les tenir entretient le flou des esprits pour ceux qui ne sachant à quels saints se confier, endossent les facilités du possible, faute du vouloir s’y tenir dans le temps et la durée.

    Les controverses pleuvent.

    Les divorcés commentent les règles du mariage, dépassé, "has been", et démodées.

    Les libertaires s’exposent sans scrupule et sans ambition sinon de vivre sans trop espérer le faire autrement, que dans le modus vivendi du confort facile sans contrainte.

    Oui les plus récalcitrants résistent mais à quel prix ?
    Les plus dilettantes se faire aller, sans y croire.

    La période élective du moment, et son terrain de contestation tous horizons, toutes directions laisse choir le droit de penser autrement, librement selon la conscience.

    Le mot le plus biaisé du moment, tabou, de liberté d’excellence cherche sa voie parmi les convenances du moderne, de la modernité de parade et de la fantaisie.

    L’époque est difficile. Elle a ses codes exogènes, étrangers selon les origines, les éducations et le sens d’une éducation première souvent revue et corrigée par le temps et les générations suivantes.
    Ne cherchez pas, nous sommes tous dans ce bain natif, mature et exposé au regard des autres.

    La seule réponse est la nôtre, pour soi et pour les autres sans volonté de nuisance, de prosélytisme mais sans complexe cependant de se savoir jugé comme différent dès lors qu’il nous reste de penser que les traditions transmises par nos aînés avaient quelque sens, et pouvaient inspirer les nôtres, en germination, dans le doute parfois ou dans l’imprévisible du temps qui vient !

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