Une parole épiscopale

par Gérard Leclerc

jeudi 20 octobre 2016

Jusqu’à l’élection présidentielle de 2017, notre pays est engagé dans une joute politique intense, dont il est difficile de déterminer par avance ce qui peut résulter. Le problème n’est pas tellement de savoir qui accèdera à la responsabilité suprême. Il y aura bien sûr un élu, et un seul, en charge du sort général de la nation. Mais cet élu, quel qu’il soit, ne pourra vraiment agir qu’en fonction de l’équation complexe qui se sera dessinée tout au long des mois de la campagne électorale, singulièrement à travers les primaires de la droite et de la gauche et compte tenu des marges importantes soustraites à ces primaires. Marine Le Pen représente un potentiel de suffrages au moins égal à celui de la droite et Jean-Luc Mélenchon est actuellement en condition de battre le président de la République sortant. Si l’on ajoute encore à cela que la droite et la gauche institutionnelles sont elles-mêmes profondément divisées, force est d’admettre que notre carte politique est totalement reconfigurée et que le nouveau président sera confronté aux causes profondes de cet ébranlement.

Que l’épiscopat français veuille faire entendre sa voix dans une telle conjoncture ne saurait nous surprendre. En raison de sa responsabilité particulière, il ne pouvait procéder qu’en s’inscrivant résolument hors de la mêlée et en développant une analyse de la situation du pays, supérieure aux intérêts des différentes familles politiques et aux critères idéologiques. En proposant de retrouver «  le sens du politique  », il définit bien cet espace privilégié qui permet de mieux reconnaître «  la recherche du bien commun et de l’intérêt général qui doit trouver son fondement dans un véritable débat sur des valeurs et des orientations partagées  ». Il est vrai qu’en se situant à un niveau supérieur, il ne peut qu’esquisser les grandes directions sans apporter les solutions concrètes qui conviendraient. On devra toutefois reconnaître que des leçons de sagesse ressortent d’un tel point de vue. Ainsi quand le texte épiscopal recommande de rechercher un débouché au débat sur l’identité nationale : «  Plus que d’armure, c’est de charpente que nos contemporains ont besoin pour vivre dans le monde d’aujourd’hui.  » La charpente, c’est ce qui permet à la construction de tenir de l’intérieur. C’est aussi ce qui relève de la cohérence intellectuelle d’une communauté qui se prend en charge, dans la continuité de sa mémoire et la projection de ses ambitions. À la France divisée d’aujourd’hui il convient d’offrir des perspectives de reconstruction de soi-même, en ne craignant pas d’affronter les difficultés avec la liberté que confère (singulièrement pour les chrétiens) «  le courage de l’Esprit même  »

Messages

  • Est-on obligé lorsque l’on commente des paroles d’évêques d’user d’une eau tiède ou bénite ? Peut-on nous dire à quoi sert ce texte ? Il n’y a pas lieu de s’émerveiller de propos lénifiants et dans l’air du temps.
    C’est tellement vrai que Gérard Leclerc est obligé d’extraire quelques phrases "admirables" de la lettre : "Plus que d’armure, c’est de charpente que nos contemporains ont besoin pour vivre dans le monde d’aujourd’hui", " le sens du politique",  "la recherche du bien commun et de l’intérêt général qui doit trouver son fondement dans un véritable débat sur des valeurs et des orientations partagées  ».
    Tout le monde ne peut être que d’accord avec ces vœux pieux mais cela permet d’éviter de parler du fond du texte qui est navrant.

    Ce texte ne s’adresse pas aux catholiques, je sais, mais heureuse trouvaille aux "habitants de la France", on en est à ne plus s’adresser aux français catholiques ou non, "habitants" doit faire moins identitaire, je suppose. Mgr Pontier est inquiet, le mot est un peu faible vu l’état de délitement de notre malheureux pays.
    Le désespoir spirituel, le christianisme vacillant prêt à rendre les armes devraient susciter un cri de douleur et d’angoisse et expliquent peut-être l’écroulement du politique et des "habitants" ?

    Bref, cette lettre nous ramène à "l’identité heureuse" ou voudrait nous y mener, le "monde change"..il faut s’adapter au monde multiculturel...Et moi et d’autres qui vivons "dans la peur et le repli et endossons une armure" sont invités à faire confiance et suivre le mouvement. On tance les politiciens qui devraient faire attention.. On a envie de dire à Mgr Pontier : patience Juppé arrive, ne soyez pas si soucieux !!

    Mais à l’heure où l’on égorge un prêtre, où la France et le christianisme vacillent, les esprits "peureux" et "chagrins" comme moi préféreront lire dans cette période cruciale Bossuet, Pascal ou Bernanos toujours bénéfiques aux trouillards en sonnant le réveil.

    Mgr aurait dû juste citer Pascal : "Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde. Il ne faut pas dormir pendant ce temps‑là." Il pouvait aussi évoquer le Salut et pour des esprits moins religieux l’esprit de résistance.

    Laurelo

    • Cher Laurelo,

      Comme vous, je trouve dans Bossuet, Bernanos ou Thibon beaucoup plus de ressources pour discerner ce qui est à l’oeuvre aujourd’hui que dans ce document qui, malgré quelques éclaircies sémantiques - tiens, on évoque le "bien commun- et un peu de lucidité- tardive !- sur la classe politique ne va pas au fond des choses....Et ce fond, c’est bien la grande question de la modernité, de son refus de la transcendance.....avec toutes les conséquences qui en découlent.......

  • Bonjour,
    On dirait, en écoutant bien leur propos, mais en méditant aussi leur silence parfois, que les évêques sont maintenus dans une sorte de réflexion horizontale, politique en l’occurrence, comme s’ils étaient saisis par la crainte de contrarier l’esprit de ce monde. Tentés d’éviter de nous parler du vertical et de l’absolu, de Dieu, de l’amour, de la croix et du salut des âmes ; de la famille décomposée, la vieillesse ignorée, la mort (qui parle de la mort ?), la quête de toute-puissance, la consommation des biens et des personnes qui sacrifie le plus faible et consacre l’argent roi, l’amour qui se refroidit, la dureté des comportements, y compris entre catholiques, la pardon, le combat spirituel, le manque d’espérance qui ne s’avoue pas, la pauvreté de cœur, la Miséricorde ; l’eschatologie, la prière.

    L’heure est grave, et bien-sûr la foi est inopérante sans les œuvres, mais des œuvres qui s’appuieraient sur des paroles telles que "le monde change" ou "cela ne tombera pas du ciel" risquent bien de demeurer stériles autant que fatigantes.
    Nos évêques, qui sont nos bergers, ce qui est grand, ne comprennent-ils pas que nous avons besoin d’entendre les paroles de la vie éternelle, de telle manière que notre cœur devienne tout brûlant au-dedans de nous  ? N’est-ce pas là la "charpente dont nos contemporains ont besoin" ?
    Que peut-il advenir de fécond, quel bonheur est-il possible si nous ne sommes pas d’abord (et toujours) renouvelés dans l’Esprit ?

    Ce qui donnera même d’oser évangéliser sans honte ni trouble au visage, la politique, le politique, les politiques.

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