Une nouvelle cathosphère

par Gérard Leclerc

lundi 19 juin 2017

La presse, ces derniers mois, a tenté de rendre compte d’un nouveau phénomène dont l’origine serait le réveil catholique dû à La Manif pour tous. À juste titre, on remarque que tout ne se résout pas à des manifestations géantes. Des initiatives en chaîne ne cessent d’alimenter la création de réseaux. Ainsi un article du Monde, la semaine dernière, inégalement inspiré, mettait l’accent sur « une nébuleuse de think tanks et autres plateformes, à l’image du Courant pour une écologie humaine, de Phœnix, l’Avant-Garde, Fonder demain et des Alternatives catholiques ». Ce foisonnement n’existerait pas sans une vraie liberté de l’esprit et sans ce qu’on appelait en 68 l’imagination au pouvoir.

C’est que nous avons changé d’époque et que les catholiques, nullement indifférents aux sollicitations de leur temps, réfléchissent à la façon de s’inscrire dans l’histoire pour servir leurs contemporains. Les sociologues et les historiens interrogés sur le sens de ce mouvement en cours marquent bien les mutations du catholicisme contemporain, sans toujours aller jusqu’au bout de leurs investigations. Ainsi les raisons du déclin et de la disparition rapide d’un certain catholicisme dit progressiste sont superficiellement analysées. Ce qui empêche de comprendre le rôle refondateur d’un Jean-Marie Lustiger, devenu archevêque de Paris, après le long apprentissage de ses années à l’aumônerie étudiante du centre Richelieu.

Jean-Luc Marion (Brève apologie pour un moment catholique, Grasset), qui fut un des proches du Cardinal, est particulièrement apte à faire comprendre le sens d’un engagement qui ne s’épuise pas dans l’ambiguïté d’une certaine ouverture au monde, dont pourtant l’évangéliste saint Jean avait par avance signalé les périls. « Faut-il, déclare le philosophe à Nicolas Weill, pour compter dans le débat politique se “laïciser” ? Je pense, moi, qu’on peut le discuter et que, plus on est fidèle à sa tradition, sachant où l’on est et où sont les autres, plus on peut contribuer au bien commun » (Le Monde, 9 juin). Telle est bien la différence significative qui pourrait éclairer l’action multiple de la « cathosphère ». Il pourrait moins s’agir d’une conquête de l’opinion et des pouvoirs selon la stratégie d’Antonio Gramsci, que d’un approfondissement des exigences évangéliques, sans négliger l’intelligibilité particulière que donne des événements l’étude de l’Écriture. Cette différence ne bride pas toute ambition raisonnable et ne saurait tarir les talents d’une jeunesse ardente. Elle modifie de l’intérieur, selon le mode de la kénose christique, toute ambition et tout talent, pour un plus grand et généreux service.

Messages

  • Propos lucide et courageux. J’apprécie toujours plus vos éditoriaux. Effectivement pour l’Eglise et, finalement, pour nos sociétés il est vital de faire toujours spirituellement ET politiquement un bilan de l’ère de "l’enfouissement" pour reprendre un poncif historiographique qui reste important, qui fut aussi comme l’ont souligné le Père de Lubac et notamment Serge Bonnet (jésuite et sociologue) celle de la mise à l’écart de la "religion populaire". Il faut pour cela une grande liberté de débat et une audace que ni l’épiscopat ni les media catholiques les plus puissants n’ont (bien au contraire) n’ont encouragé pendant les campagnes électorales que nous venons de vivre.

    Le quasi tabou ou l’occultation pure et simple restent de règle concernant le mouvement social inédit durable et fécondant de la Manif pour tous. Cela fait penser à feu le PCF des Trente glorieuses qui préférait étouffer une initiative qui n’émanait de plus que de s’y rallier.
    Certes sociologiquement c’est un mouvement de classes moyennes largo sensu, mais qui vient historiquement d’apprendre l’alliance du collectif et de la multitude. Certes les charismatiques émanent de catégories comparables et tout cela ne rattrape pas le peuple quasi perdu, mais il serait tragique de perdre aucune force à condition de refuser de chacune aucun exclusivisme.

    Pratiquement, " Il pourrait moins s’agir d’une conquête de l’opinion et des pouvoirs selon la stratégie d’Antonio Gramsci, que d’un approfondissement des exigences évangéliques, sans négliger l’intelligibilité particulière que donne des événements l’étude de l’Écriture." ; Tout est essentiel ici, et il serait mal venu d’abandonner même le premier terme (occuper sans complexe des positions "culturelles" permettant de repousser d’autres forces moins pudiques sur l’enjeu de l’hégémonie).
    La culture nihiliste et chosifiante de la mondialisation (souvent relayée par Bruxelles), est un danger mortel. Il faut l’affronter dans le réalisme et évidemment sous l’éclairage de l’évangile et de l’écriture, mais sans oublier que les hommes vivent dans l’Histoire et qu’il faut toujours aussi se situer par rapport à César, et éventuellement de l’infléchir autant qu’on le peut sans retomber dans le désastreux cléricalisme d’antan.

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