L’Église et la science

«  Une même recherche de la vérité  »

propos recueillis par Émilie Pourbaix

mercredi 20 octobre 2021

Les rapports entre l’Église et la science ont souvent été difficiles, voire conflictuels. Les deux sphères sont-elles irréconciliables ?

Science et foi sont-elles irrémédiablement séparées ?

Florian Laguens : Il a pu y avoir des tensions dans l’histoire entre science et foi mais il ne peut pas y avoir de divorce, car il ne peut pas y avoir de désunité dans la recherche de la vérité : elle est une, le réel est unique. Elles découvrent le monde par différents regards qui se complètent : la science va poser un regard par rapport au fonctionnement interne du monde, sous l’angle de la physique, de la biologie ou de la médecine ; la théologie va nous dire où va le monde, quelle est la finalité de l’univers, à savoir retourner à Dieu. Mais ces regards ne sont pas opposés : ils sont complémentaires.

Pour quelle raison y a-t-il des tensions entre l’Église et les scientifiques ?

Bien souvent, le problème de fond n’est pas dans la recherche scientifique elle-même, mais dans le discours philosophique qui présente cette recherche, et ce qu’il dit du monde. En effet, quand il s’agit d’expliquer et d’interpréter les découvertes, la science est toujours mêlée d’options philosophiques. C’est très difficile de produire des travaux purement scientifiques. Tous les savants plaquent leurs convictions et leur conception du monde sur leur travail scientifique. Ils ne se contentent pas d’aligner des faits ou des théories : ils les intègrent dans un tableau plus général, philosophique du monde. Et, pour l’Église, c’est ce soubassement philosophique qui pose question, et non les recherches elles-mêmes. Au contraire, elle s’est très tôt intéressée aux questions scientifiques, notamment avec Albert le Grand, au XIIIe siècle.

À quand remontent ces crispations ?

Au XVIe, à la Renaissance, les choses ont commencé à se tendre, en lien notamment avec la Réforme protestante. Ce contexte a sans doute exacerbé le souci de l’Église de contrôler l’activité des scientifiques et ce qui était mis à disposition des croyants, car la question de fond était de savoir si l’on pouvait aller seul à Dieu ou si l’on avait besoin des lumières de l’Église. L’inquiétude de cette dernière était que certaines positions scientifiques – par la vision du monde qu’elles proposaient, leur philosophie sous-jacente – puissent éloigner les hommes de leur salut.

Pourquoi Galilée a-t-il été condamné ?

L’affaire Galilée (1564-1642) est le lieu le plus emblématique des tensions entre l’Église et la science, qui projette encore son ombre entre elles aujourd’hui. Il faut comprendre qu’il a été condamné pour plusieurs motifs – qui ne sont pas encore tout à fait certains d’ailleurs – et non uniquement pour sa défense de la théorie copernicienne affirmant que la Terre tourne autour du Soleil. Ce qui est sûr, c’est qu’il était également défenseur d’une théorie philosophique matérialiste incompatible avec la doctrine de la présence réelle du Christ dans l’eucharistie.

En quoi cette théorie est-elle opposée à la foi ?

La pensée matérialiste – qui date de l’Antiquité – est radicalement opposée à la théorie d’Aristote, qui servait de base pour expliquer la doctrine de l’Eucharistie. Sans entrer dans les détails philosophiques, l’Église considérait que la pensée de Galilée risquait d’entraîner les fidèles à ne plus croire à la transsubstantiation [changement du pain en Corps du Christ et du vin en son Sang, NDLR]. Cela va donc bien au-delà de savoir si la Terre tourne autour du Soleil ou l’inverse. En réalité, on a monté en épingle le procès de Galilée, même s’il repose sur une crispation réelle de l’Église. Galilée a été condamné… à rester chez lui, et cela ne l’a pas empêché de publier encore un livre après sa condamnation ! Rappelons que, quoique partisan de cette pensée matérialiste, il était catholique et très ami du pape Urbain VIII.

Au XXe siècle, Jean-Paul II a fait ouvrir les archives du procès et a réhabilité Galilée, évoquant les torts des ecclésiastiques de l’époque et ceux du savant, comme une «  tragique incompréhension réciproque  ».

Retrouvez l’intégralité de l’entretien et de notre Grand Angle dans le magazine.

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