Une liturgie amazonienne ?

par Gérard Leclerc

mercredi 30 octobre 2019

J’évoquais hier la question du célibat sacerdotal à propos du synode de l’Amazonie, parce qu’elle provoquait des discussions au-delà du synode lui-même. Il arrive que des éditorialistes s’en mêlent avec des avis catégoriques dont on se demande de quelle autorité ils émanent. En quoi une publication qui ne se réclame nullement du christianisme, de sa doctrine, de sa mystique, est-elle en droit d’intervenir dans une discussion qui ne relève pas de l’ordre temporel ? Mais il n’y a pas que la nature du sacerdoce qui soit en cause. Il est aussi beaucoup question du respect des cultures indigènes et même de la création d’une liturgie qui se rapporterait à la culture amazonienne. Là encore, on peut se montrer surpris de l’assurance de certains qui tranchent catégoriquement sur des problèmes extrêmement ardus et qui exigent une connaissance minimale du patrimoine théologique.

Une question ancienne

La relation du christianisme avec les cultures anciennes et leurs prolongements n’est pas une découverte récente, même si elle s’est posée dans des termes inédits au récent synode. On la trouve développée chez les Pères de l’Église, avec des raffinements qui nous surprennent. Car les Pères ont utilisé une pensée symbolique puisée dans l’antiquité païenne. Un grand théologien contemporain comme le père Louis Bouyer s’est profondément intéressé à cette thématique, qui avait été explorée aussi par son collègue allemand Hugo Rahner.

Purification et intégration

Donc, en un certains sens, les Pères du synode sur l’Amazonie n’ont nullement innové par rapport à la grande Tradition de l’Église. La polémique qui a suivi la mise en valeur de certains éléments de sacralité locale a souffert d’un manque de discernement. Car s’il est vrai que les missionnaires au XIXe siècle, par exemple, ont souvent été impitoyables dans l’éradication des symboles païens par souci d’évacuer toute idolâtrie, la théologie contemporaine a tenté, avec des bonheurs divers, d’intégrer les aspects les plus significatifs de la richesse anthropologique des différentes aires de civilisation. Le Père de Lubac écrivait que pour inventorier son propre trésor « toutes les races, tous les siècles, tous les foyers de culture ont à fournir leur part ». Cela ne va pas sans purification certes, mais non plus sans effort supérieur d’intégration.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 30 octobre 2019.

Messages

  • En terre basque, toute comparaison avec l’Amazonie étant exclue, nous eûmes la réforme liturgique basque, disons en basque, fondée sur la traduction de la liturgie en langue vernaculaire.

    De brillants auteurs comme le père Xavier Diharce, Père abbé de Belloc firent avec Pierre Narbaitz ancien vicaire général et bien d’autres ce riche labeur sur plusieurs décennies.

    De concert avec les pères franciscains d’Aranxaxu des deux côtés des Pyrénées.

    Il y eut une luxuriante profusion de cantiques, de mélodies, de compositions originales, mais la source tarit au fil du temps, en répétition continue de ce travail pour l’heure inachevé.

    Pour les uns il s’agissait renonçant à la liturgie tridentine d’innover en basque, sans prétendre instituer une liturgie basque proprement dite.

    Les auteurs issus de la tradition latine n’auraient imaginé un instant revisiter le patrimoine ancien d’un imaginaire inédit.

    On ne parlait d’instituer des ordres sacrés ou d’un clergé basque marié.

    On préféra réaliser cette traduction langagière et du texte sacré en langue locale.
    Quelques individualités en firent la requête mais elle fut refusée par l’évêque de Bayonne.

    Mais revers douloureux de l’histoire, les promoteurs de ce programme, certains anciens séminaristes ou prêtres revenus à un statut séculier, optèrent pour séparer le défi culturel du projet religieux et liturgique basque.

    Il est patent depuis ces dernières décennies que la référence chrétienne au basque soit supplantée parfois et à regret, par l’entreprise du basque sur le fait liturgique proprement dit.

    L’expérience passée des congrégations missionnaires en Asie, en Afrique, en Amazonie pourra-t-elle de l’intérieur, inspirer les méthodes les plus qualifiées pour assurer l’évangélisation des peuples in situ, de la plus judicieuse manière ?

    Jésuites, Dominicains, Franciscains, Capucins parmi tant d’autres ont sans doute une réponse appropriée de la question.

    Mais de toute évidence il ne s’agit pas que de traduction, mais bien d’adhésion à la foi des chrétiens qui ne se gagne seulement par la méthode employée et par bien d’autres critères en jeu pour ce faire !
    L’Amazonie est bien désormais chez nous.
    Ce qui semblera légitime chez eux ayant nécessairement des conséquences chez nous.

    LA QUESTION DEMEURE OUVERTE...

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